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Mohammed Al Qudwa nous explique 3 saisons et 1 corps

par La redaction
30.04.2026

Dans le cadre du festival Latitudes Contemporaines, Mohammed Al Qudwa présente son spectacle 3 saisons et 1 corps au cinéma de la Gare Saint Sauveur. Artiste palestinien originaire de Gaza, 3 saisons et 1 corps, sa première pièce, raconte une enfance qui connait déjà le bruit des bombes, et un parcours de jeune adulte forcé de tout laisser derrière lui.

Comment « préparez-vous » votre corps avant un spectacle pour accéder à vos souvenirs de Gaza et de votre arrivée en France ?

 

Je n’essaie pas de « faire remonter » le souvenir, je laisse le corps me ramener vers lui. Avant une représentation, je réduis tout à l’essentiel : la respiration, le poids, le pouls. Le corps n’a pas besoin de se souvenir, il sait déjà. Il a vécu ce que l’esprit tente souvent d’organiser ou de refouler. Mon rôle consiste simplement à faire taire le bruit, afin que ce qui est déjà là puisse remonter à la surface, physiquement, sans le forcer à se traduire en mots.

 

Le titre mentionne trois saisons. Où est la quatrième ?

 

La quatrième saison existe — mais pas ici.

C’est peut-être ce qui a été perdu, ce qui n’a pas encore été vécu, ou ce qui reste ailleurs.
Je ne présente pas un cycle complet, car mon expérience elle-même n’est pas complète en ce sens. Les trois saisons sont ce que je peux porter sur scène. La quatrième reste ouverte, non résolue, absente, ou à venir.

Le mouvement vous permet-il d’être plus honnête que le langage ?

 

Le langage est intelligent, il sait comment encadrer, adoucir et parfois dissimuler. Le corps ne fonctionne pas ainsi. Quand il bouge, il révèle, même involontairement. Il y a des moments où le mouvement exprime ce que je ne peux ou ne veux pas articuler. Ce n’est pas nécessairement « plus honnête », mais c’est moins protégé.

 

En quoi votre rapport à la sécurité physique a-t-il façonné votre présence sur scène ?

 

À Gaza, le corps est toujours en alerte, même dans l’immobilité. En Europe, on part du principe que le corps est en sécurité. C’est une hypothèse à laquelle je ne peux pas adhérer pleinement.
Sur scène, je travaille au cœur de cette tension : un corps conditionné par une menace constante, placé dans un espace qui revendique la stabilité.
Je ne mets pas en scène la sécurité. J’en teste les limites.

 

Que souhaitez-vous que le public ressente dans son propre corps après avoir vu votre spectacle ?

 

Je ne cherche pas à ce que le public comprenne mon histoire. Ce qui m’importe, c’est qu’ils prennent conscience de leur propre corps, de sa respiration, de son poids, de sa présence. S’il y a quelque chose à retenir, c’est peut-être une question : Que porte mon corps, à mon insu ?

 

Existe-t-il à Gaza des collaborations artistiques avec des artistes israéliens en faveur de la paix ?

 

Quelle paix ? De quelle paix peut-on parler sous les armes, les bombardements et la mort quotidienne ? Ce n’est pas un espace artistique partagé. C’est une réalité où un camp détient le pouvoir et les armes, et où l’autre est censé survivre. Quand un artiste peut devenir soldat, déposant ses outils artistiques pour prendre les armes, ce n’est plus un dialogue entre artistes.
Comme l’a dit un jour Ghassan Kanafani : Ce n’est pas un dialogue — C’est un dialogue entre l’épée et le cou.

Visuel : ©Raphael Rodrigues

3 saisons et 1 corps le 6 juin 2026 au cinéma de la Gare Saint Sauveur à Lille