Plus de 80 ans après la destruction du ghetto de Varsovie, ses vestiges sont exceptionnellement rendus accessibles au public jusqu’en octobre 2026. Dans un quartier reconstruit après-guerre, de nouvelles traces, caves, murs et objets du quotidien, émergent peu à peu et offrent une nouvelle manière de raconter l’histoire de ses habitants.
Durant l’été 2022, le Musée du ghetto de Varsovie lance des recherches archéologiques afin de retrouver et documenter les traces matérielles de l’ancien ghetto. Alors que le quartier de Miła–Dubois–Niska–Karmelicka avait été rasé puis reconstruit après la guerre, le Musée cherche désormais à compléter les archives et les témoignages par une approche plus concrète ; il aspire à raconter l’histoire à partir de traces matérielles.
En février 2025, la ministre polonaise de la culture nomme l’historienne Katarzyna Person-Wooddin en tant que directrice du Musée du ghetto de Varsovie. La nouvelle direction du musée marque un tournant pour le site. Katarzyna Person souhaite développer les activités du Musée du ghetto de Varsovie avant même son ouverture (prévue en 2027) et se concentrer sur les derniers vestiges matériels du ghetto afin de développer des activités éducatives autour de ces vestiges.
La décision de rendre accessible le site au public relève d’abord du musée, qui organise les visites et le programme de médiation.
Le lieu avait déjà été ouvert au visiteurs en 2025, mais aujourd’hui le musée souhaite en faire un véritable lieu de médiation et de mémoire.
Effectivement, cette ouverture intervient après plusieurs années de fouilles qui ont fait émerger un nouveau lieu de mémoire. Ces dernières mettent au jour des abris, des caves et des espaces souterrains qui témoignent des conditions de vie et de survie des juifs.ves enfermés dans quelque kilomètres carrés. Certains effets personnels (vaisselles, lunettes, objets religieux…) ont également été découverts. Cela rappelle que derrière les chiffres de la Shoah se trouvaient des individus, avec leurs habitudes, leurs objets et leur vie quotidienne.
Les visiteurs témoignent de leur émotion sur le site. Pour eux, la matérialité des vestiges change le rapport au passé. Ce ne sont pas uniquement des objets, c’est aussi le fait d’être physiquement présent sur le lieu où l’histoire s’est déroulée. Susan, une Américaine de confession juive, s’est rendue en Pologne pour découvrir cette histoire au plus près et affirme que « connaître l’histoire » et « se tenir sur le lieu même où se trouvait le ghetto, voir ses murs et le vivre de ses propres yeux, cela n’a rien à voir ». Halina, dont la mère vivait à Varsovie avant la guerre, explique quant à elle être venue chercher sa “propre vérité” en visitant cet endroit.
Pour le musée, l’intérêt de l’ouverture est justement de pouvoir raconter cette histoire à partir de ses traces. La responsable des collections du musée du Ghetto de Varsovie, Magdalena Kruszewska-Polak, affirme qu’ouvrir ces vestiges au grand public est «une occasion unique de raconter l’histoire de cette résistance civile » et des juifs.ves « qui, en réalité, n’avaient d’autre choix que de se cacher pour survivre ».
Le site archéologique, qualifié de fascinant par la directrice du musée, avait été reconstruit après la guerre ce qui rend la préservation de ses quelques vestiges aussi exceptionnelle. Effectivement, ses traces se font très rares et beaucoup de questions se trouvent sans réponse. Pour certaines familles, ces fouilles dépassent le cadre d’une simple opération scientifique. Elles peuvent mettre en lumière une histoire familiale dont la fin reste inconnue. C’est notamment le cas de Hanna Gutowska, habitante de Varsovie, qui ignore dans quelles circonstances elle y a perdu plusieurs membres de sa famille.
Cette ouverture constitue surtout une étape vers une volonté plus grande, celle du Musée du ghetto de Varsovie, dont l’ouverture est prévue en septembre 2027. Il sera situé dans un des rares bâtiments encore existants et directement lié à la vie du ghetto, l’ancien hôpital pédiatrique Bersohn et Bauman.
Le projet représente plusieurs centaines de millions (323,9 millions) de zlotys, dont une partie est financée par des fonds européens. Il se développe de manière dynamique et retient de plus en plus de soutien international, notamment celui de l’Imperial War Museum. Bien que ce dernier soit encore en chantier, l’ouverture des vestiges du ghetto de Varsovie lui permet déjà d’exister dans l’espace public.
Ce libre accès au public témoigne ainsi d’une évolution dans la manière de raconter l’histoire du ghetto à Varsovie. Alors que ses traces matérielles se font de plus en plus rares, le musée choisit de les utiliser comme des témoins à part entière et l’histoire ne se trouve plus seulement dans les archives.
Visuel : ©creatives commons