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Anthony Paliotti « Le grand vertige »

par La redaction
31.08.2026

Nous avons deux minutes de retard au rendez-vous, il est déjà là, décontracté, installé en terrasse de la belle brasserie montmartroise « La Mascotte ». La canicule bat son plein, un verre de bulles désaltérantes arrive sur table au moment où nous installons en face de lui.

Par Julia Palombe

Son regard joueur nous saute au visage, son charme est immédiat, saisissant et naturel. La dernière fois que nous avons vu l’acteur, c’était sur la scène des Bouffes du Nord pour la pièce à succès « I will survive », récompensée aux Molières, signée du metteur en scène génial Jean-Christophe Meurisse et de sa collaboratrice Amélie Philippe. Sur scène Anthony est époustouflant, passant du taulard au flic, du prêtre au magistrat diabolique avec une dextérité jouissive. Le public ne s’y trompe pas et ses 50 printemps riment avec une fraîche popularité. Dans la rue, on l’interpelle « L’hygiène, c’est la base! » (phrase clé de sa dernière performance au sein de la troupe des Chiens de Navarre) Est-ce que ça lui plait? « La popularité fait partie du métier d’acteur » lâche-t-il dans un sourire.

 

S’il reconnait le luxe de faire ce qu’il a envie de faire, il se livre d’emblée sur sa capacité de travail et sa volonté acharnée à déployer la meilleure des partitions possible dès le rideau levé. Anthony est un acteur physique, perfusé au cœur émotionnel de ses rôles « Je cherche toujours le moteur de mes personnages ». Avec les Chiens, il se marre « C’est un théâtre exigeant, créatif et salvateur ».

 

Anthony le combattant n’est pas tombé dans la marmite dès l’enfance. Née à Rouen, fils d’une mère secrétaire et d’un père professeur de dessin, il a traversé sa scolarité avec un goût amer en bouche: les violences psychologiques et physiques de cet univers lui font dire aujourd’hui « l’école fût un chemin de croix ». Alors qu’il s’emmerdait ferme à l’université, c’est sa maman qui a eu l’idée de lui faire prendre des cours de théâtre, « ça va te décoincer » lui avait-elle glissé. Merci Maman! Nous aussi, ça nous décoince de regarder votre fils faire exploser les digues trop
étroites des convenances.

 

C’est par la voie royale qu’Anthony est ainsi entré dans le métier, le Conservatoire National de Paris. Un évidence pour l’acteur, et pour ses pairs. Il ne s’agit pas d’apprendre un métier, il s’agit « d’inventer sa propre façon de travailler » et c’est ça qui lui plait. Soudain son émotivité va être canalisée au service de Molière. Sa première pièce de théâtre? avec Chéreau. Son premier film? avec Chattilez. Il peaufine, il blinde, il ne lâche rien Antho. Il me parle de son expérience dans
Festen, Vu du pont, des ses aventures cinématographiques avec « All quiet in the western front » ou « Les pistolets en plastique » entre autres. Toujours avec ce désir de poser des questions, de repousser les limites. Sans prétention, il me confie « J’aime bien les choses que je ne comprends pas ».

 

Si dépasser ses propres limites est un leitmotiv depuis toujours, sa rencontre avec Les Chiens de Navarre marque une évolution dans sa carrière. « De la possibilité de l’imprévisibilité, voilà ce qui est nouveau pour moi. Le grand vertige! ». En d’autres termes: l’art de l’improvisation, l’équilibre dans le déséquilibre. Et comme le disait un autre acteur, Simon Abkarian « Pas de cage, pas de tigre ». Il faut des contraintes pour les dépasser, que les bases soient solides pour pouvoir aller
chercher la liberté, les variantes, la fulgurance. « Plus je maitrise mon texte, plus j’avance sur les chemins de l’Ailleurs. » dit-il, animé par ce besoin vital de créer.

 

De trains en trains, de port en port, quand il n’est pas en tournage pour le cinéma ou sur les planches de théâtre, Anthony est le patron de sa propre « bulle artistique ». De la muscu à la nutrition, en passant par les légos avec son fils de 7 ans Emile, ou la culture des plantes vertes dans son appartement où il vit avec sa compagne la comédienne Hélène Viviès, l’acteur ne lésine pas sur l’intensité de son engagement. Anthony est un obsessionnel. Dans le sens le plus noble du terme, c’est-à-dire qu’il est dévoué à plus haut que lui. Homme de valeurs, il ne se laisse néanmoins pas duper par l’étrangeté de l’être, et quand je l’interroge sur les sciences quantiques, il nous cite l’échange croustillant entre le grand physicien Einstein et Niels Bohr: « Dieu ne joue pas aux dés » a dit Albert, « Arrêtez de dire à Dieu ce qu’il doit faire » aurait répondu l’autre. Éloge du doute dans toute sa splendeur.

 

Entre deux scènes, il s’empare de son appareil photo, et comme il travaillait ses couleurs sur la toile étant enfant, il façonne les colorimétries digitales. « La création sauve la vie » lâche-t-il. Et on pense au mythe de Promethée, lorsque les Dieux distribuèrent aux vivants leurs qualités et que Prométhée inquiète de voir les Hommes sans griffes ni crocs, vola les « technaï »(les arts) pour en doter l’humanité afin qu’elle puisse survivre.

 

Bien sûr Anthony. We will survive.

 

 

 

En quelques dates:
1997 – Conservatoire National supérieur d’Art Dramatique de Paris
2001 – 1er film « Tanguy » E. Chatiliez
2017 – « Festen » ms Cyril Test
2018 – Naissance du fiston Émile Paliotti-Viviès
2022 – « La vie est une fête » ms Les Chiens de Navarre

 

 

 

Prochainement, il faudra le guetter au cinéma dans le nouveau film « Claude » de Clément Michel, et dans « La fête est finie » de Jean-Christophe Meurisse.
Au théâtre, il sera en tournée avec les Chiens de Navarre dans « I will survive » et « La vie est une fête » (Paris, Théâtre de l’Atelier du 27.11.2026 au 3.01.2027) .

Photo © Chloé Rebibo – Joseph Miekuz