Présenté au Festival du Film Francophone à Angoulême ( FFA), Les jours d’après, de Stéphanie Pillonca, est de ces films dont la douceur apparente dissimule une profondeur qui se révèle peu à peu. Un film sur le temps qui passe, mais peut-être davantage encore sur ce moment étrange où, il faut accepter de regarder autrement ce qui n’est plus.
Louise revient dans sa maison natale pour la vider après la mort de son père. Il y a les objets à trier, les souvenirs qui remontent, les traces d’une existence désormais achevée. Mais il y a aussi la beauté de la nature, les retrouvailles, et Marc, son amour de jeunesse, avec lequel renaît une complicité que le temps n’a pas tout à fait effacée. Au milieu de ce qui pourrait n’être qu’un retour vers le passé se dessine alors, presque imperceptiblement, un nouvel élan.
Stéphanie Pillonca trouve surtout une très belle idée pour donner une forme au travail du deuil. Louise photographie des objets qu’elle assemble sans logique apparente. De ces compositions naissent de petites scènes surréalistes, parfois absurdes, parfois drôles, parfois émouvantes. Elle brouille ainsi le réel et l’abstrait, et abolit peu à peu la frontière entre le présent et le passé. En remuant les détails minuscules d’une existence autrefois partagée, les objets cessent d’être seulement des reliques. Déplacés, associés, détournés de leur fonction, ils deviennent la matière d’un autre récit. Et c’est peut-être là que Les jours d’après touche le plus juste.
Dans ces clichés incongrus, la futilité même de l’existence devient soudain saisissable. Tout ce que l’on conserve, et ce à quoi l’on s’attache, tout ce que l’on croit chargé d’une importance définitive peut être recomposé, presque rendu à sa légèreté. Et les vrais souvenirs, paradoxalement, deviennent alors moins douloureux. Le temps se dissout dans le temps. Louise avance sans véritablement savoir si elle est en train de revenir en arrière ou, au contraire, de s’en détacher. Valérie Donzelli joue très justement de ce léger grain de fantaisie qui la caractérise. Suffisamment solide pour avancer et pourtant encore hésitante à tourner certaines pages. Car être bien dans ses pompes n’empêche ni les regrets ni la mélancolie.
Face à elle, Jalil Lespert trouve un très beau rôle, magnifiquement écrit. On a rarement vu l’acteur dans un registre avec une telle sensibilité. Sa fragilité affleure sans jamais être appuyée et donne à Marc une présence singulière, presque suspendue. Il semble parfois se tenir à la frontière des vivants, et Jalil Lespert habite cet endroit incertain avec grâce. Sous ses dehors de chronique intime, Les jours d’après raconte ainsi quelque chose de plus ample : la possibilité de se réinventer sans renier ce que l’on a été, sans même chercher à le retenir.