Du 5 au 11 septembre 2026, Off-Courts Trouville fête sa 27e édition. Née dans un bar à vin de la station normande, la manifestation est devenue le rendez-vous de rentrée du court métrage entre la France et le Québec. Au programme cette année : 103 courts métrages, deux premiers longs, 44 films en compétition, un Marché international du film court qui souffle sa 20e bougie du 7 au 11 septembre, des laboratoires de création, des concerts défricheurs et des ateliers d’éducation à l’image. Alors que la conférence de presse a eu lieu ce 28 août, son fondateur, Samuel Pratt, nous parle de la programmation pléthorique d’un festival ouvert à toutes et tous et où la gratuité est la règle.
Le festival est né dans un bar à vin, avec une salle de douze places. Depuis, nous avons occupé plus de dix lieux : la salle des congrès devenue l’hôtel des Cures Marines, un Crédit Lyonnais désaffecté aujourd’hui redevenu la bibliothèque municipale, des poissonneries temporaires, des parkings, la place du Casino avant sa réfection, la plage entière en 2021, et l’école de musique ces trois dernières années.
La piscine, elle, a été vidée pendant le Covid et n’a jamais rouvert, à cause d’un problème de bassin. Cela faisait deux ou trois ans que nous proposions cette option. Nous nous installons donc dans le bassin extérieur et sur le parking, et nous revenons à nos vieilles amours : aménager un espace en transition et l’agrandir avec des modules bungalow sur plusieurs étages. Dans le bassin intérieur, nous créons une salle de spectacle.
Nous évoluons dans un réseau du court métrage, qui n’est pas riche. Et par ailleurs nous avons toujours voulu nous intéresser à l’émergence. Notre métier, c’est d’aller chercher cela, et nous allons partout. Nous avons programmé les premiers concerts de Tony Allen, d’Alice Russell, de Random Recipe et le deuxième ou troisième concert d’Abd al Malik, au moment de la sortie de son album Gibraltar (2006).
Cette année, l’ouverture se fait avec un label normand, L’Étourneur, qui amène samedi pour l’ouverture deux groupes, l’un normand, l’autre du Mans : Bi Adab à 22 h, Plagiat à 23 h. Le dimanche à 22 h, Édouard Pons. Le mercredi, soirée karaoké. Et puis il y a Yesteban, le chanteur des Naive New Beaters, que nous avions programmés sur la plage en 2016. Son projet solo sort début 2027 : nous en proposons une preview avec un set qui n’existera qu’une seule fois.
En 2003, un jeune homme reçoit le prix du public avec Dies Irae : c’est le pilote de Kaamelott, et il s’appelle Alexandre Astier. Il est arrivé avec ses cassettes sous le bras, deux ans avant le décollage. Plus récemment, Avril Besson a été primée chez nous en 2023 avec Queen Size : nous avons été les premiers à la sélectionner. Ancienne élève de la Fémis en montage, passée par le documentaire et la télévision, elle a depuis présenté au Festival de Cannes son premier long métrage, Les Matins merveilleux, sorti en 2026. L’an dernier, nous avons programmé le court et le long autour de Partir un jour, d’Amélie Bonnin, premier prix, avec un prix d’interprétation pour Bastien Bouillon. Nous ne sommes pas forcément les premiers à les découvrir, mais souvent les premiers à les sélectionner.
Les 2 500 films sont tous inscrits au catalogue du marché. La sélection, elle, se fait sur un peu moins de 2 000 films français et québécois. Nous regardons des films parce qu’ils sont coproduits ou portés par un réalisateur ou une réalisatrice de ces territoires. Mais la réalité de 2026, c’est qu’il y a beaucoup de coproductions et qu’il n’est pas rare qu’un film français soit tourné en Ukraine ou en espagnol. Nous dégrossissons, puis nous discutons âprement pour savoir qui entre en compétition France, Québec ou en documentaire. Au bout du compte, il y a 44 films en compétition et 103 courts métrages à voir, cette année.
Nous sommes une dizaine à regarder, dont quatre ou cinq qui en voient beaucoup plus que les autres, et le comité n’est jamais le même d’une année sur l’autre. Nous savons que nous devrons composer les compétitions et cinq programmes thématiques. Certains sont récurrents, même si rien n’est fait pour la vie : un programme politique, un programme Normandie pour valoriser le cinéma de là où nous sommes, et selon les années, la famille, le fait d’être bien ou mal dans sa peau, les chiennes de vie. À un moment, quelque chose se décroche, et à partir de ce qui nous frappe et qu’on aime bien, nous cherchons les cinq ou six films qui vont venir s’y raccrocher.
En 1999, quand nous montons le bar où va naître le festival, il naît au même moment à Montréal un mouvement appelé Kino, porté par deux personnes qui veulent faire bien avec rien, faire avec peu, et le faire maintenant. Leur programme, c’était : un film par mois jusqu’à l’an 2000 et la fin des temps. Christian Laurence, l’un des deux fondateurs de Kino est venu en Normandie et c’est avec lui que nous avons mis en place les laboratoires, où les gens se rencontrent et mettent leur matériel en commun. L’objectif, c’est faire un film en 3 jours ! Ceux qui réussissent l’exercice ont plutôt une idée qu’ils adaptent au réel. Deux sessions sont au programme : le Kabaret, ouvert aux projets spontanés, pour une séance aux allures de défi festif, avec des films de trois minutes maximum ; et Kino World, réservée aux invité·es, aux groupes étudiants et aux projets spéciaux, avec des films de cinq minutes. Pour que tout cela tienne, nous montons chaque année une ligne de production que nous n’aurions pas les moyens d’avoir à l’année : caméras haute technologie, matériel son, ordinateurs et licences prêtés par nos partenaires, costumiers et maquilleurs professionnels, bons monteurs et bons chefs opérateurs, formations à la musique et à l’image. Les labos ont aussi un parrain et cette année, c’est Hugo Becker, comédien, producteur et réalisateur, qui travaille actuellement sur Carnets d’Ukraine, un seul en scène écrit par Michel Hazanavicius, ainsi que sur son premier long métrage.
Les étudiant·es du lycée Marie-Joseph de Trouville prennent part à l’aventure : une douzaine d’entre elles et eux seront encadré·es par des professeurs de l’école Méliès pour créer des courts métrages. Et depuis 2007 ou 2008, nous faisons un film avec des retraités actifs qui n’ont jamais touché à une caméra. Cette année, ce groupe tournera en cinq jours sous le bon œil d’Alban Van Wassenhove, en collaboration avec l’ARA, pour une projection lors de la soirée de remise des prix. Nos aînés proposent souvent les scénarios les moins politiquement corrects : baston, drogue, sexe. Ils se lâchent, et comme ils ont 75 ou 80 ans, tout le monde le prend avec le sourire.
En semaine, nous organisons des ateliers dans les écoles. Le week-end, nous prévoyons une initiation au maquillage, des ateliers autour de l’image animée et de la sérigraphie avec, cette année, « Alors on danse ! » avec Camille Tardieu et « Maquillage FX » avec Omaya Salman. Nous organisons aussi des rencontres autour de la photographie de plateau, pour comprendre les enjeux du cinéma, comment se fabriquent les images de demain, apprendre à décrypter ce qu’on regarde. Les projections et ateliers dédiés aux scolaires concernent 1 200 jeunes.
Le marché, qui se tient du 7 au 11 septembre, permet aux films de vivre, de circuler et de se vendre. La vidéothèque est là pour que ceux qui cherchent du contenu comme les télévisions, plateformes et diffuseurs, en trouvent. S’y ajoutent des rencontres professionnelles et des masterclasses. Cela permet aux professionnels de se retrouver au même endroit, et aux plus jeunes de se familiariser avec le milieu.
L’unique intérêt de la vie, c’est la qualité du rapport humain. Tout ce que nous faisons, nous le faisons pour qu’Off-Courts soit un lieu d’échange, de savoir, de culture, un lieu où les gens s’amusent, se rencontrent et s’engueulent aussi . Nous invitons des gens d’un peu partout sur la planète, nous mélangeons des professionnels aguerris, des étudiants et des néophytes. Comment fait-on ? Je ne sais pas, mais on fait et ça marche : nous créons un espace ouvert à tous et gratuit, pensé pour que les gens puissent regarder faire et apprendre !
Off-Courts Trouville, 27e édition, du 5 au 11 septembre 2026, à Trouville-sur-Mer. Marché international du film court du 7 au 11 septembre.
visuels : Off-courts