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Drag Race France saison 4 : on a assisté au sacre de Lana Cotta, dans une finale qui a divisé le public

par Melodie Braka
28.08.2026
Finale Drag Race France Saison 4

Nous étions au Grand Rex pour la finale de la quatrième saison de Drag Race France, qui réunissait Lana Cotta, Daisy Superbitch, Azemylia et Sublyme. Entre lip-syncs, retrouvailles avec les reines éliminées et public parfois plus enthousiaste pour les absentes que pour les finalistes, la soirée a condensé les tensions qui ont traversé toute la saison. Au terme de la compétition, Lana Cotta, 22 ans, remporte la couronne.

« La Harpie ! La Harpie ! » Son nom descend des balcons et remonte de l’orchestre du Grand Rex à plusieurs reprises. La Harpie n’est pourtant plus en compétition. Éliminée en demi-finale, elle regarde quatre autres reines se disputer la couronne de Drag Race France. Mais dans la salle, son absence se fait bruyamment entendre.

 

 

La quatrième saison doit encore départager Lana Cotta, Daisy Superbitch, Azemylia et Sublyme. Sur le papier, la soirée leur appartient. Dans les fauteuils rouges du Grand Rex, les préférences du public dessinent pourtant une autre finale. La Harpie est scandée, Fluffy Bidule et Margarette sont accueillies par des ovations qui dépassent parfois celles réservées aux candidates encore en lice. Difficile de ne pas y voir le prolongement de cette saison singulière, durant laquelle les discussions autour des éliminations, des alliances et de la nouvelle baguette d’or ont parfois pris autant de place que les performances elles-mêmes.

 
Casting Drag Race France saison 4 - © Sandra Roussel - FTV ; © Nathalie Guyon - FTV ; © Jean Ranobrac - Endemol - FTV
 

Quatre solos pour décrocher deux places

Pour départager les quatre finalistes, chacune doit d’abord défendre un lip-sync en solo. Sublyme ouvre le bal sur « Sur un air latino » de Lorie, dans un numéro chaloupé, léger et rythmé. Nicky Doll revient ensuite avec elle sur un parcours durant lequel la queen parisienne a laissé apparaître une vulnérabilité inattendue derrière les plumes, les strass et l’expérience.

 

Son Snatch Game en Franck Ribéry, franchement hilarant, avait notamment montré une candidate capable de sortir de son registre habituel. Arrive ensuite le traditionnel face-à-face avec une photographie de soi plus jeune. Sublyme s’adresse à Clément, lui rappelle le chemin parcouru et lui dit sa fierté d’être arrivé jusque-là. Depuis le début de la saison, plusieurs candidates ont raconté combien l’émission les avait obligées à déplacer leurs propres limites. Chez Sublyme, cette introspection aura régulièrement accompagné la performance.

 

 

Azemylia change immédiatement de registre. Celle qui s’est elle-même présentée comme la meilleure danseuse passée par Drag Race France entend visiblement défendre le titre jusqu’au bout. Sur « Champagne » de Suzane, elle multiplie les grands écarts, les pliés, les portés et les acrobaties. Une barre tenue par les danseurs devient agrès improvisé, autour duquel elle déploie une performance physique d’une précision impressionnante.

 

 

À ce moment de la soirée, difficile de l’imaginer hors du dernier duel.

 

Les éliminées reprennent la lumière

Entre les performances des finalistes, les reines sorties au fil des semaines remontent sur scène. L’idée est plutôt réjouissante : leur permettre de présenter une partie de ce qu’elles n’ont pas eu l’occasion de défendre pendant la compétition.

 

 

Creatine Price, première éliminée de la saison, que nous avions rencontrée après son passage dans l’émission, retrouve ainsi son terrain de jeu naturel. Face à un miroir, la chanteuse lyrique se répond à elle-même et laisse enfin entendre pleinement cette voix qui constitue une part essentielle de son drag. Malawitte reprend de son côté le couplet qu’elle aurait souhaité défendre lors du challenge de girls band, tandis que Margarette dévoile quelques lignes de Daddy Tuche, le personnage incarné par Pierre Lottin dans la franchise à succès Les Tuche, qu’elle aurait aimé présenter lors du Snatch Game.

 

Le Grand Rex ne demande qu’à les retrouver.

 

La salle est d’ailleurs elle-même devenue un petit condensé de la galaxie Drag Race France. Dans les rangs, les fans côtoient de nombreuses anciennes participantes : Paloma, la première reine de France, Perseo, Kitty Space, Kam Hugh ou encore Ginger Bitch, drag mother d’Azemylia, ont fait le déplacement. On reconnaît également Misty Phoenix en Lolo Ferrari, personnage avec lequel elle nous avait fait mourir de rire lors du Snatch Game, tandis que Magnetica apparaît toujours aussi aboutie dans son maquillage et dans un look aux couleurs d’Inferno.

 

Ruby On The Nail, que nous avions retrouvée dans les coulisses de Topcoat, se prête elle aussi au jeu des questions sur le tapis rose avant de réapparaître quelques minutes plus tard sur scène. Nicky Doll appelle Isabelle Adjani. Ruby surgit alors avec cette moue qui avait fait le sel de son incarnation de l’actrice lors du Snatch Game de la saison 3. La salle comprend immédiatement et éclate de rire.

 

 

Puis Isabelle Adjani arrive réellement.

 

Le gag prend soudain une autre dimension : la fausse et la vraie Isabelle Adjani se retrouvent côte à côte pour un improbable face-à-face, sous les applaudissements d’un Grand Rex ravi de voir l’une des meilleures incarnations de l’histoire du programme rencontrer son modèle.

 

Daisy Superbitch choisit l’émotion, Lana Cotta l’explosion

Daisy Superbitch revient au concours avec « Amour censure » de Hoshi. Son solo emprunte moins au spectaculaire qu’à l’émotion, dans un univers construit autour de cette super-héroïne qu’elle a fait vivre tout au long de la saison. Là où Azemylia a misé sur la virtuosité physique, Daisy cherche davantage l’incarnation.

 

La conversation qui suit prolonge ce registre. Face à une photographie de Pierre enfant, elle lui promet que les choses finiront par aller mieux et lui rappelle la famille qui l’entoure. Pendant la saison, Daisy a régulièrement parlé de son manque de confiance, de son anxiété et de périodes beaucoup plus sombres de sa vie. Derrière une personnalité volontiers frontale et une exigence parfois poussée jusqu’à l’épuisement, elle a aussi laissé voir combien chaque challenge pouvait devenir une lutte contre ses propres doutes.

 

Sa mère a fait le déplacement. Dans la salle, elle retrouve également Lily Extrabitch, sa sœur drag du makeover réalisé avec la Fondation Le Refuge. Les deux tombent dans les bras l’une de l’autre.

 

 

Puis Lana Cotta arrive.

 

À 22 ans, la plus jeune des finalistes termine cette première manche comme elle a traversé une bonne partie de la compétition : à toute vitesse. Pour son solo, elle performe sur « Beaucoup » de Bilal Hassani, phénomène TikTok devenu l’un des tubes de l’été. Le chanteur est d’ailleurs lui aussi présent dans la salle. Lana enchaîne portés, acrobaties et mouvements avec une énergie débordante et une maîtrise parfaite du morceau.

 

La candidate s’est révélée au fil des épisodes beaucoup plus complète que ne pouvait le laisser présager son seul profil de performeuse burlesque. Danse, acting, comédie, looks, incarnation : son parcours lui a permis de multiplier les registres et d’affirmer un tempérament particulièrement frontal.

 

 

Son roast en demi-finale en offre l’une des démonstrations les plus nettes. Lana Cotta construit d’abord un numéro franchement comique autour d’un mariage avec Loïc Prigent, puis fait brusquement basculer la scène vers quelque chose de beaucoup plus émotionnel, au point de presque faire oublier le gag. Et au moment où l’on croit le numéro terminé, elle se tourne vers Thomas Jolly, invité du jury, et lui glisse :

« Si jamais tu penses à moi pour un rôle, n’hésite pas. »

Une dernière pique qui résume assez bien son drag : capable de passer du rire à l’émotion, puis de revenir à cette insolence qui aura marqué tout son parcours.

 

Le Grand Rex est conquis.

 

La baguette d’or a changé la température de la saison

Pourtant, quelque chose résiste pendant toute la soirée.

 

Cette finale ressemble étrangement aux semaines qui l’ont précédée. Les quatre candidates encore en lice sont célébrées, mais certaines éliminées déclenchent une ferveur plus immédiate. La Harpie est réclamée à plusieurs reprises. Fluffy Bidule et Margarette soulèvent la salle. Les réactions sont suffisamment fortes pour créer un léger décalage avec la mécanique habituelle d’une finale, normalement construite comme l’aboutissement du parcours de ses dernières concurrentes.

 

 

Nicky Doll elle-même plaisante sur le caractère particulièrement « shady » des queens cette année : « On vous a bien vues », leur lance-t-elle en substance.

 

La saison 4 aura effectivement fait des alliances une composante beaucoup plus visible du récit. D’un côté se sont rapprochées Sublyme, Azemylia et Holly White. De l’autre, Lana Cotta, La Harpie et Fluffy Bidule. Daisy Superbitch s’est retrouvée plus isolée, position qu’elle a elle-même exprimée à plusieurs reprises.

 

La baguette d’or n’y est évidemment pas étrangère. Introduite cette année, elle permettait à une candidate désignée par une queen éliminée de sauver, lors de l’épisode suivant, l’une des trois reines placées en bas du classement, elle-même comprise. En intervenant directement sur le choix des candidates envoyées au lip-sync, cette nouvelle règle a naturellement encouragé les rapprochements et les calculs.

 

Drag Race France n’a jamais été dépourvu de stratégie. La saison 4 l’a simplement rendue beaucoup plus lisible.

 

Les fils de la mécanique se sont alors davantage vus, au risque de déplacer l’attention. Certaines relations ont pu paraître moins spontanées, les discussions autour des groupes et des loyautés se sont installées dans le récit, tandis que plusieurs éliminations ont provoqué une forte incompréhension chez une partie des spectateurs. Celles de Fluffy Bidule et surtout de La Harpie ont particulièrement marqué la fin de saison, deux candidates qui avaient par ailleurs imposé certains des univers visuels les plus aboutis de cette édition.

 

 

Le contraste est d’autant plus frappant que Drag Race France a bâti une part de son identité sur la vulnérabilité de ses candidates. Cette année encore, les moments intimes ont existé. Fluffy Bidule a notamment raconté les violences et le dénigrement qui ont accompagné une partie de son parcours, tandis que Daisy a plusieurs fois mis des mots sur sa santé mentale et son manque de confiance.

 

Mais la température générale était différente.

 

Au bout de quatre saisons et d’une édition All Stars, les queens qui entrent dans l’atelier connaissent désormais parfaitement la grammaire de Drag Race. Elles savent ce qu’est un Snatch Game, ce que peut provoquer un mauvais runway, comment se raconte une trajectoire dans l’émission et combien une alliance peut devenir un élément du montage. La fraîcheur presque expérimentale de la première saison, lorsque personne ne savait vraiment ce que deviendrait la franchise française, appartient forcément au passé.

 

Cette évolution n’enlève rien à la nécessité du programme. Nicky Doll le rappelle pendant l’enregistrement avec une formule très directe :

« Drag Race France est la seule émission queer du service public. »

Une place suffisamment rare pour mériter d’être célébrée, même lorsque la saison divise davantage son propre public.

 

Elle explique peut-être en revanche une partie de l’étrange sentiment qui traverse cette finale : le public aime toujours passionnément Drag Race France, mais il ne semble pas toujours avoir suivi les choix de la compétition.

 

Daisy Superbitch et Lana Cotta, à la surprise d’une partie de la salle

Reste à choisir les deux dernières reines.

 

Au regard des solos, Azemylia semble avoir sérieusement pris une option sur la finale. Sa performance était l’une des plus impressionnantes de la soirée et sa qualification paraît presque évidente. Pourtant, Nicky Doll appelle Daisy Superbitch et Lana Cotta.

 

La surprise se lit dans la salle. Elle semble également se lire sur le visage d’Azemylia, manifestement déçue par l’issue, quand Sublyme accueille son élimination avec davantage de recul. Deux réactions différentes, à l’image de deux tempéraments qui l’ont été tout au long de la saison.

 

Daisy et Lana se retrouvent alors face à face sur « Hung Up » de Madonna.

 

Les reveals s’enchaînent, comme le veut la tradition des grandes finales de la franchise, mais les deux queens abordent le morceau avec des énergies radicalement différentes. Lana attaque la scène par le mouvement, les sauts et les grands écarts. Daisy occupe l’espace avec davantage de force, de théâtralité et de démonstration. Elles avancent toutes les deux vers le bord de scène, se croisent, se dépassent, se disputent presque physiquement le même territoire et font craindre, quelques secondes, la collision.

 

La couronne se joue là.

 

Lana Cotta, 22 ans et une couronne

Nicky Doll prononce finalement son nom : Lana Cotta remporte la quatrième saison de Drag Race France.

 

À 22 ans, elle devient la plus jeune gagnante de la franchise française et fait entrer au palmarès un profil assez différent de Paloma, Keiona, Le Filip ou Mami Watta, couronnée lors de l’édition All Stars.

 

Sa victoire récompense d’abord une pugnacité. Son âge a été rappelé tout au long de la saison, précisément parce qu’il contrastait avec l’assurance, parfois féroce, avec laquelle elle s’est imposée face à des artistes beaucoup plus expérimentées. Lana Cotta aura été piquante, physique, volontiers provocatrice, mais surtout capable d’élargir constamment son registre, du burlesque à la danse, de l’acting à la comédie, jusqu’à cette capacité à faire surgir l’émotion là où on ne l’attend pas.

 

 

Cette couronne marque aussi un déplacement dans la galerie des gagnantes françaises. Paloma, Keiona, Le Filip puis Mami Watta avaient chacune imposé une signature esthétique et culturelle extrêmement identifiable. Lana Cotta arrive par une autre porte, plus frontale, plus burlesque, plus rock, portée par un culot et une pugnacité qui auront accompagné toute sa saison.

 

 

Sa victoire referme une édition où la stratégie et les alliances auront pris une place inhabituelle dans le récit, au point de créer par moments un décalage sensible entre les décisions de la compétition et les élans de la salle.

 

Ce jeudi soir, Lana Cotta a gagné Drag Race France. Dans le Grand Rex, le public avait, lui, déjà distribué plusieurs couronnes.

Crédits photographiques : Photo de couverture © Mélodie Braka. Photos du casting de Drag Race France saison 4 : © Sandra Roussel – FTV ; © Nathalie Guyon – FTV ; © Jean Ranobrac – Endemol – FTV. Tous droits réservés.