Après A Classic Horror Story (2021) et Flowing (2022), Paolo Strippoli est de retour avec The Holy Boy, son troisième long métrage.
Avec son dernier-né The Holy Boy, qui rappelle de prime abord la trame de The Wicker Man (2006) de Neil LaBute, le réalisateur italien Paolo Strippoli confirme son attrait certain pour les récits mettant en lumière la part sombre de l’espèce humaine. Dès les premières minutes, le film plonge le spectateur dans le malaise et la sidération par le biais d’une séquence d’ouverture dont on ne spoilera rien tant elle est glaçante, suivie d’une séquence en voiture dans laquelle un homme au volant arrive, en pleurs, dans le petit village de Remis, aka « La Vallée des Sourires ». Ambiance.
Cet homme en larmes, c’est Sergio (Michele Riondino), un enseignant et ancien champion de judo hanté par son passé. Sa mutation à Remis, réputé comme étant le village montagneux le plus heureux d’Italie, tombe donc à pic pour espérer un nouveau départ. Mais très vite, Sergio sent que quelque chose cloche derrière les sourires Colgate et l’apparente quiétude des habitants. Quelque chose, ou plutôt quelqu’un : Matteo (Giulio Feltri), surnommé « L’ange de Remis », jeune homme taiseux autour duquel les villageois se rassemblent régulièrement puisqu’il serait capable d’absorber la douleur des autres.
Par le biais d’une mise en scène aux teintes grises, Paolo Strippoli distille tout au long du film une atmosphère froide et terne, à l’unisson des états d’âme de Matteo. En effet, le jeune homme doit gérer son passage à l’âge adulte tout en étant un véritable réceptacle humain de toutes les peines du village. Un rôle qu’il exerce contre son gré, obligé par son père (Paolo Pierobon) et le prêtre du village (Roberto Citran) d’être étreint par quiconque en ressent le besoin contre de l’argent. Les questions qui nous taraudent bien vite sont finalement posées par Sergio : Est-il véritablement un ange ? Et que fait Matteo de toute cette souffrance emmagasinée ?
Déroulant une intrigue captivante sur les failles de l’identité et la volonté d’appartenir à un groupe quoiqu’il en coûte, le troisième long métrage de Paolo Strippoli dissèque par ailleurs crûment la figure paternelle. Une figure – biologique ou non -, tour à tour protectrice et destructrice. Le père de Matteo n’hésite en effet pas à faire de son rejeton une véritable relique vivante, un freak show local déguisé, sans jamais se soucier du bonheur de son fils. A travers ce conte cruel, terrifiant et bouleversant, The Holy Boy rappelle froidement la nécessité de se confronter à la douleur, au chagrin et à la souffrance. Dans nos sociétés largement anesthésiées où l’amour, l’empathie et la sensibilité sont trop souvent considérés à tort comme des faiblesses, la piqûre de rappel est plus que bienvenue.
The Holy Boy de Paolo Strippoli. Avec Michele Riondino, Giulio Feltri, Romana Maggiora Vergano… Italie, Slovénie. 02h02. Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement. Sortie le 2 Septembre 2026.
Visuel : © Grindhouse Paradise Pictures