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La première sélection au prix Goncourt 2026 est dévoilée

par Aline Fevre
02.09.2026
Prix Goncourt 2023 : les 16 romans de la première sélection

Seize auteurs sont aujourd’hui en lice pour succéder à Laurent Mauvignier, couronné du prix Goncourt en 2025 pour La Maison vide, paru aux éditions de Minuit. La liste se resserrera une première fois le mardi 6 octobre avec l’annonce de la deuxième sélection, avant de ne laisser place, le 27 octobre, qu’aux quatre finalistes. Il faudra ensuite attendre le 3 novembre pour connaître le nom de celle ou celui qui remportera le Goncourt 2026.

Comme le veut la tradition depuis 1914, c’est au restaurant Drouant que se tiendra la prestigieuse délibération du prix Goncourt. Réduit à neuf membres après la disparition, en août dernier, de Didier Decoin, le jury aura la lourde tâche de départager les seize romans de la première sélection. Le prix Goncourt, présidé cette année par Philippe Claudel, reste le plus convoité des prix littéraires francophones. Il donne chaque année le ton de la saison des récompenses et met cette année à l’honneur la diversité, par les thèmes et les candidats retenus.

 

Une diversité collective à l’honneur

 

Après une édition 2025 volontiers marquée par les trajectoires intimes, le cru 2026 semble déplacer le regard du je vers le nous, de l’individuel au collectif en peignant un brûlant besoin d’émancipation. Les sept autrices et neuf auteurs composent des récits où famille et héritage, exil et émancipation interrogent la transmission et l’histoire collective.

 

Les romanciers explorent les liens qui nous unissent les uns aux autres. Anne Godard dans Nous aussi interroge l’identité qui se forme et se déforme à travers un on inévitable ; Emma Marsantes les liens entre drame et histoire familiale dans N’efface pas mes cercles. Pour Louise Chennevière l’enfance et l’emprise maternelle sont explorées dans Faire la peau où l’écriture devient un instrument de rupture. Boris Bergmann transforme l’intime en matière mythologique avec Minotaure. Lilia Hassaine revisite dans Je la figure de la captive de Jane Eyre, sous les traits d’une héroïne créole pour interroger les silences et les violences du patriarcat.

 

Les liens du nous sont explorés à travers le thème de la transmission, notamment dans le roman de Yannick Haenel La solitude des professeurs est infinie. Ils passent également par une réflexion sur les objets comme instrument de mémoire, ce que propose Sonia Devillers dans Le fabuleux piano, qui fait ressurgir à travers un objet familial les traces de l’histoire juive pendant la Seconde Guerre mondiale. Clémentine Mélois écoute ce que les objets disent des étapes de la vie dans Choses que je croyais perdues. La mémoire est interrogée sous la forme de l’écriture d’un fait divers chez Philippe Jaenada et son Inconnue du Quai de Javel, d’un procès pour Patrice Trigano et sa Bataille au procès ou encore celle des conflits et des peuples chez Olivier Rolin dans La Guerre éternelle. Une forêt de Jean-Yves Jouannais nous fait entendre une affaire hors du commun des oiseaux de Brême ayant appris à chanter des hymnes nazis, montrant ce que le monde animal peut dire de l’histoire humaine.

 

La cartographie du nous s’élargit à travers l’histoire d’une île Maurice traversée par l’histoire de l’esclavage, un récit qui s’étend sur quatre générations proposé par Ananda Devi dans Chronique d’un royaume perdu. Thélyson Orélien avec C’était ça ou mourir, en cours de traduction dans une vingtaine de langue, présente un personnage qui traverse le monde et explore une « langue d’exil ». Olivier Grondeau, ancien otage détenu en Iran durant 3 ans, explore la puissance de la connaissance contre l’enfermement physique dans l’univers carcéral avec Joseph dans la nuit. Sylvain Prudhomme confronte quant à lui l’homme à l’immensité des espaces naturels dans un roman aux accents de thriller, De l’autre côté du lac.

 

Sous des formes et registres différents, les romans de cette première sélection semblent réunis par un même mouvement, celui qui conduit de l’histoire personnelle à une histoire commune. Que reste-t-il de ce nous dans ce que nous recevons, quittons et transmettons ? Reste désormais à savoir lequel de ces récits saura franchir les dernières étapes de la sélection pour trouver, le 3 novembre, son chemin vers Drouant.

Visuel : ©ActuaLitté / Académie Goncourt