Publié au Québec aux éditions du Boréal, le livre phénoménal de l’écrivain québécois d’origine haïtienne Thélyson Orélien, « C’était ça ou mourir », arrive en cette Rentrée littéraire 2026 en France via les éditions Grasset. Un roman rude et plein de vie sur la traversée terrible d’un Haïtien qui quitte son pays pour survivre.
Une nouvelle salve de violence dans le quartier de Carrefour-Feuilles, à Port-au-Prince, où habite Jonas Dorléon. C’en est trop pour le jeune-homme, trop de familiarité avec la violence et la mort, trop d’absurde. Il décide de partir, avec dans son sac en plastique une photo de sa mère, un carnet de poèmes et à peine de l’argent. Il prend un bus en sens contraire de la plupart des gens qui fuient. Un vieux bus interceptés par des voyous qui assassinent quiconque ne les fait pas rire. Jonas parvient en République dominicaine, de l’autre côté de l’île. Il y passe quelque nuits chez une tante avant de trouver son sac en plastique devant la porte. Le voyage se poursuit, de travail précaire en ballottement, de vol de passeurs, en moments d’aide humaine tout de même et de camp de réfugié en vexation frontalière …
Ce voyage, qui le mène au Canada, où on l’accepte finalement, dans un cadre un peu sécurisé et pour une vie un peu digne, Jonas le fait en 3 langues (Français, Espagnol, Portugais) en devant cacher son créole natif et en devant souvent s’excuser de sa couleur de peau. C’est cette langue qui vibre, vrombit, jaillit, enfin libérée dans le récit qui vient à la fois clore et faire revivre les faits. C’est dans un français sublimement « créolisé » et métissé de toutes ces autres langues que le roman nous saisit pour ne pas nous lâcher. De péripétie en coup du sort, d’humiliation en blessure, la vitalité s’assortit à une étrange patience, une patience inoxydable, qui nous fait suivre sans trop de désespoir mais dans une attente totalement horrifié, le sort qui est réservé à un personnage tout à fait théâtral, même au plus profond de la misère.
« C’était ça ou mourir » est un livre puissant, un roman nécessaire, où le quotidien insupportable et inimaginable d’un homme en fuite et en recherche d’un peu de terre ferme se transforme en épopée. A a fois sans héros et obsédé par son talent de conteur, ce texte mets des mots brûlants et grouillants sur une expérience très difficile à transmettre et à écouter. Un des grands livres de cette rentrée littéraire 2026, dont vous entendrez parler.
« Il n’y en avait pas, de pause.
Quatorze heures sans arrêt. Sans pipi. Sans souffle. Sans issue.
Et moi, assis sur mon tabouret maudit, j’ai commencé à négocier avec mon propre corps. « Tiens bon. » « Juste deux heures de plus. » « Ne lâche pas ici, ce serait la honte de la nation, la honte des Dorléon ! » Et ma vessie disait : « M’pa kapab ankò, frè. Mwen plen. Mwen bouke. » (Je n’en peux plus, frère. Je suis pleine. Je suis fatiguée.) Mais je tenais. Je serrais les dents. Je serrais les jambes. Je serrais mon sac.
Ici, dans ce bus de damnés, l’humiliation pouvait survenir à tout moment. Il suffisait d’un geste, d’une fuite, d’une larme, et tout le monde verrait que je n’étais plus un homme, juste un récipient fissuré. Alors je me suis retenu. Jusqu’au bout.
La nuit est tombée quelque part entre deux virages, et on a vu la lumière du Guatemala au loin. Le chauffeur a ralenti. Le bus s’est arrêté et on est descendus, un par un, comme les survivants d’un naufrage.
Quand mes pieds ont touché la terre ferme – enfin, ferme est un mot généreux, disons : la boue compacte d’une station-service oubliée par Dieu et les cartels. » p. 70
Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir, Grasset, 292 pages, sortie le 19/08/2026, 21,50 euros
Visuel : couverture du livre
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