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Dargaud lance une nouvelle collection de titres courts, “Intermezzo”

par Julien Coquet
01.09.2026

Au rythme de quatre titres par an, Dargaud publiera dans sa nouvelle collection “Intermezzo” des récits courts, fictionnels et inspirés de 32 pages. Retour sur cette première fournée parue en août 2026.  

Les Oranges amères de Javi Rey : stabilité ou liberté 

Platon l’a écrit dans Le Banquet : nous sommes des êtres incomplets. Seul l’amour, la recherche de notre moitié, peut nous procurer bonheur et épanouissement. Elena, jeune étudiante en fac de lettres, en a bien conscience, elle qui a été élevée par deux parents profondément amoureux (“Ils souriaient même quand l’agitation et les obligations du quotidien s’évertuaient à rompre la magie.”). Elena est elle-même en couple avec Mario, avec qui elle est fiancée. Mais cette injonction à l’amour n’est-elle pas trop pesante ? Alors que faut-il choisir entre le traditionnel film du vendredi en famille et une soirée qu’un camarade de promo lui propose ? Les Oranges amères questionne la soif de liberté que l’on peut éprouver face à une existence trop rangée. Un quotidien balisé, presque terne, ne procure plus à Elena qu’une lassitude, “une paix ennuyeuse”. Les couleurs chaudes de Javi Rey éclairent intelligemment cette histoire d’émancipation. 

 

Figures imposées de Marzena Sowa et Cristina Bueno : sois belle et tais-toi  

Marilou ne supporte plus son taff de baby-sitter. Devenir hôtesse d’accueil lui semble un super plan. Apprêtée, maquillée, perchée sur de hauts talons, Marilou n’a pas grand-chose à faire, si ce n’est sourire. Pour fêter les 250 ans de la maison de champagne La Veuve Rousseau, l’alcool coule à flot. Marilou et ses collègues encaissent les remarques sexistes et les compliments des hommes éméchés. La lectrice de Simone de Beauvoir, Virginia Woolf et Virginie Despentes se révolte, et ne comprend pas ses collègues impassibles. Et ce qui était du sexisme ordinaire se transforme vite en drame : une collègue de Marilou est violée par un commercial de La Veuve Rousseau. Le scénario de Marzena Sowa est intelligent : il distille par petites touches le machisme ambiant de notre société patriarcale. Le métier hautement sexiste d’hôtesse d’accueil se voit disséqué. Pour perdurer, il faut “jouer leur jeu et fermer [sa] gueule”. Entre les exigences du client et ses convictions féministes, Marilou saura-t-elle trouver sa voie ? 

 

Pensionnaires de Pierre-Henry Gomont : quatre garçons dans le vent 

A l’internat, quatre silhouettes s’agitent dans un dortoir ensommeillé. Il s’agit de se faire la malle pour aller “voir les greluches à Sainte-Catherine ». Joie de la liberté retrouvée, et perspective de fumer. Mais Da Costa et ses potes tombent sur un obstacle de taille. Gaillard, un pion alcoolisé, “un homme d’allure massive, au cous épais et muni de membres courtauds”, sort son fusil et tire en direction des jeunes hommes. L’auteur acclamé de Pereira prétend et de la trilogie Slava adopte un ton autobiographique puisque lui-même fut pensionnaire. Avec une voix narrative très littéraire, Pensionnaires rend fidèlement compte des questionnements adolescents et des exactions qui peuvent se passer dans ses lieux coupés du monde extérieur. 

 

Jane dans les nuages de Jordi Lafebre : y a-t-il un pilote dans la montgolfière ? 

Dans la campagne anglaise de l’ère industrielle se prépare un drôle de voyage. L’intrépide et folle Jane s’apprête à quitter sa maison natale en montgolfière, accompagnée de son meilleur ami Timothy. Objectif : rejoindre Londres. Mais deux obstacles de taille viennent perturber le doux voyage… D’un part, une météo capricieuse, d’autre part, un épisode narcoleptique qui voit Jane s’endormir, alors qu’elle est la seule à savoir piloter la montgolfière. Les couleurs lumineuses et les traits précis de Jordi Lafebre (Je suis un ange perdu) nous font tout de suite pénétrer dans cette campagne idyllique et cette amitié bien particulière. Malheureusement, le scénario reste bien simple. Les albums de Jordi Lafebre étant plutôt longs, il semblerait que le format court ait été une contrainte plutôt qu’une opportunité. 

Les Oranges amères, Javi REY, Dargaud, Intermezzo, 32 pages, 10 € 

Figures imposées, Marzena SOWA (scénario) et Cristina BUENO (dessin), Dargaud, Intermezzo, 32 pages, 10 € 

Pensionnaires, Pierre-Henry GOMOT, Dargaud, Intermezzo, 32 pages, 10 € 

Jane dans les nuages, Jordi LAFEBRE, Dargaud, Intermezzo, 32 pages, 10 € 

Visuel : (C) Couverture des quatre albums