Alors que les traitements permettent aujourd’hui aux personnes vivant avec le VIH de contrôler le virus, deux militants ont entamé une grève de la faim pour dénoncer les discriminations. Ils réclament une évolution de la loi pour mieux reconnaître et sanctionner la sérophobie.
Depuis le 24 août 2026, Christophe Paco et Nicolas Aragona ont entamé une grève de la faim. Devant les grilles du palais de justice de Reims, les militants poursuivent leur combat jusqu’à obtenir un engagement politique sur une « loi d’urgence » contre la sérophobie.
« Je perdrai mes kilos tant que nous n’obtiendrons pas de projet de loi », a assuré Christophe Paco à l’AFP. Il affirme être « prêt à aller en dessous » des 50 kg que son médecin lui a conseillé de ne pas dépasser ; alors même qu’il doit manger pour prendre son traitement contre le VIH.
Depuis les premières années de l’épidémie, la prise en charge du VIH a profondément changé. Aujourd’hui, le virus peut être contrôlé grâce aux traitements antirétroviraux, qui empêchent sa multiplication et permettent de préserver le système immunitaire. Avec un traitement efficace, une personne vivant avec le VIH peut avoir une espérance de vie proche de celle de la population générale.
Les chiffres français témoignent de ces progrès. En 2023, 96 % des personnes diagnostiquées étaient sous traitement, et 97 % d’entre elles avaient une charge virale indétectable. Lorsqu’une personne maintient une charge virale indétectable grâce à son traitement, elle ne transmet pas le VIH par voie sexuelle.
La prévention continue elle aussi d’évoluer. Depuis février 2026, la France dispose d’une PrEP injectable à longue durée d’action, une nouvelle option de prévention du VIH désormais autorisée et entièrement remboursée.
Pourtant, ces avancées médicales ne semblent pas avoir fait disparaître les représentations associées aux premières décennies de l’épidémie. C’est justement ce qu’a exprimé Raphaëlle Primet, conseillère de Paris (PCF) : « On a parfois l’impression d’être revenus au début de l’épidémie ». Elle affirme également que « la sérophobie a des conséquences concrètes : certaines personnes n’osent plus aller se faire dépister ou parler de leur séropositivité à leurs partenaires ».
Raphaëlle Primet a révélé sa séropositivité lors de sa prise de parole publique ce mardi 1er septembre et a exprimé son soutien aux deux militants. Elle évoque des réactions très haineuses, notamment sur les réseaux sociaux.
Nicolas Aragona, influenceur connu sous le pseudonyme « Supersero », explique subir du harcèlement et des menaces de mort en raison de sa séropositivité. Sur les réseaux sociaux, alors qu’il sensibilise au VIH, il dit avoir reçu des appels au meurtre ou au suicide ainsi que du doxing (divulgation d’informations personnelles).
La sérophobie ne se résume donc pas aux insultes. Elle concerne les violences et les menaces en ligne, les discriminations dans la vie quotidienne, la peur de révéler sa séropositivité ou encore du harcèlement de voisinage. Christophe Paco affirme avoir déposé plusieurs plaintes contre un voisin qu’il accuse de le harceler en raison de sa séropositivité, toutes classées sans suite.
Pour Raphaëlle Primet, ces discriminations peuvent également devenir un problème de santé publique. La sérophobie « peut avoir des conséquences sanitaires ». Certaines personnes n’osent pas aller se faire dépister ou en parler à leurs partenaires. Ce phénomène pourrait compliquer l’accès aux soins et à la prévention.
Christophe Paco et Nicolas Aragona ont une revendication : obtenir une « loi d’urgence » ou une modification législative permettant de mieux reconnaître et sanctionner les discriminations liées au VIH. Raphaëlle Primet soutient notamment une modification de la loi du 27 mai 2008 relative à la lutte contre les discriminations, afin que la sérophobie y soit explicitement mentionnée.
Mais le droit français interdit déjà les discriminations fondées sur « l’état de santé ». La loi de 2008 prévoit notamment cette protection dans plusieurs domaines, parmi lesquels la protection sociale, la santé, l’éducation et l’accès aux biens et services.
La revendication des militants ne consiste donc pas simplement à créer une protection juridique qui n’existerait pas. Elle vise plutôt à mentionner explicitement le terme de « sérophobie » afin qu’elle soit reconnue comme une forme spécifique de discrimination.
Mais qu’est-ce qu’une telle modification changerait concrètement ? Une reconnaissance explicite du terme dans la loi pourrait renforcer la visibilité du phénomène dans les politiques publiques et dans la lutte contre les discriminations. Une telle reconnaissance pourrait également permettre de mieux documenter les situations de sérophobie et, selon les modalités retenues, de renforcer les recours des victimes.
Cette nouvelle mention législative devrait pouvoir répondre à cette question : qu’est-ce qu’elle permettra de faire que le droit actuel ne permet déjà pas ? C’est justement ce que devront préciser les pouvoirs publics après la rencontre entre les deux militants et le gouvernement.
Ce mercredi 2 septembre, les deux militants ont été reçus au ministère par Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de la lutte contre les discriminations. La réunion s’est tenue en présence de la DILCRAH, du Défenseur des droits et du ministère de la Santé. Cette rencontre avait été annoncée dès le 25 août, mais Christophe Paco et Nicolas Aragona avaient décidé de poursuivre leur grève de la faim malgré l’obtention de ce rendez-vous.
Au-delà de la reconnaissance juridique de la sérophobie, ils demandent désormais à l’Etat des engagements concrets : une campagne nationale de sensibilisation, un calendrier de travail, un dispositif d’accompagnement des victimes… Leur objectif est de transformer le rendez-vous avec le gouvernement en mesures concrètes.
Visuel : Compte Instagram de @Supersero