Presque 30 ans jour pour jour après le meurtre de Tupac, figure légendaire du rap de la West Coast, une condamnation est prononcée. Duane « Keefe D » Davis est reconnu coupable du meurtre au premier degré. En moins de 3 heures, un jury du Nevada a rendu le verdict. La « Justice for Tupac » est accomplie. Mais cette condamnation ne met pas fin à cette affaire, devenue un véritable mythe moderne.
Le 7 septembre 1996, Tupac Shakur assiste à un combat de boxe au MGM Grand à Las Vegas. Dans la foule, il aperçoit Orlando Anderson, neveu de Duane Davis et membre des South Side Compton Crips, un gang de Los Angeles. Une altercation les avait opposée des semaines plus tôt. Tupac et son entourage agressent Orlando, sous l’oeil des caméras de surveillance. Quelques heures plus tard, Tupac quitte le MGM Grand en voiture avec Marion « Suge » Knight, alors directeur de Death Row Records. Alors qu’ils sont arrêtés à un feu rouge, une Cadillac blanche s’approche du véhicule. Plusieurs coups de feu sont tirés à travers la voiture, Tupac est touché à quatre reprises. Transporté à l’hôpital, il y mourra six jours plus tard, le 13 septembre 1996. Pendant des années, pas d’arrestation, pas d’arme du crime retrouvée et surtout aucune preuve permettant d’établir clairement l’identité du tireur. Le meurtre reste un mystère pendant près de trois décennies.
Au terme du procès, Duane « Keefe D » Davis est reconnu coupable de meurtre au premier degré avec usage d’une arme mortelle. Une précision est toutefois essentielle. Le verdict ne signifie pas que Davis est identifié comme étant le tireur. L’accusation soutenait qu’il avait participé à l’orchestration du meurtre et qu’il était responsable d’avoir fourni l’arme utilisée pour la fusillade. Le prononcé de la peine est prévu le 13 octobre prochain, il encourt une peine pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle.
L’affaire Tupac repose sur un mélange assez explosif, une vendetta entre gangs et des témoignages fragmentaires. Au cours du procès, un paradoxe retient l’attention. En 2008, lors d’une audition, Duane Davis reconnait devant des enquêteurs qu’il se trouvait dans la Cadillac blanche le soir du crime. Pourtant, il ne pourra pas être tenu compte de ses confidences devant la justice, un accord préalable stipulant que ses propos ne pourraient pas être retenus contre lui lors d’un éventuel procès. En 2019, il publie des mémoires dans lesquels il raconte s’être trouvé sur le siège passager et avoir fait passer le pistolet au tireur. Quant à ces propos, son avocat plaidera la fiction. Au cours du procès, le procureur s’indigne, affirmant que Duane Davis a dit au monde entier qu’il était responsable du meurtre, et demande aux jurés de l’entendre. Un jeu macabre et périlleux entre silence et parole. Mais ce 31 août, c’est la parole -la libération conditionnelle- de Duane Davis qui est mise à mal.
Le meurtre de Tupac est l’une des cold cases les plus célèbres des États-Unis qui contribue à ériger la figure du rappeur en légende. Le silence de 30 ans sur l’identité du coupable a alimenté une multitude de théories du complot, certaines allant jusqu’à interroger sa mort elle-même. L’image mystifiée du chanteur survit à sa disparition physique. Mort brutalement à seulement 25 ans, il a continué à vivre à travers ses paroles, ses albums, en influençant des générations entières. Il est une voix importante contre les inégalités et l’injustice, militant de l’égalitarisme racial. Tupac laisse à sa mort des centaines de morceaux enregistrés et a vendu plus de 75 millions d’albums et de disques : une postérité rentable, mais surtout, un artiste devenu immortel. Son entrée en 2017 au Rock and Roll Hall of Fame témoigne de son inscription dans l’histoire de la musique américaine. Il est un élément de culture indéniable. Et le procès du chanteur fonctionne en lui-même comme commémoration. En effet, le lieu est symbolique, le coupable est jugé à Las Vegas, à quelques kilomètres seulement de l’endroit où Tupac a été abattu et encore plus proche de l’hôpital où il meurt 6 jours plus tard. La famille de Tupac est présente au procès ainsi qu’une quantité de fans et de journalistes, une manière de rendre hommage au chanteur. Si la justice peut rendre un verdict et apaiser, peut-elle réellement mettre fin aux récits de meurtre de figures légendaires ? Ce qui ne changera pas, c’est que la voix de Tupac continuera à se faire entendre.
Visuel : © Interscope Records / Universal Music Group