Cet automne, plusieurs institutions proposent de regarder le vêtement autrement : comme un matériau, un savoir-faire, un marqueur social, un objet de croyance ou un support artistique. Du musée des Arts décoratifs au Palais Galliera, du musée Fourvière à la Maison Européenne de la Photographie en passant par l’Institut suédois, les expositions retenues retracent les vies progressives de l’étoffe au vêtement : lorsqu’il est fabriqué, porté, détourné, photographié, exposé et conservé comme un objet de patrimoine. Une manière de rappeler que la mode est bien plus que le règne de l’éphémère : elle participe à l’histoire des Hommes, et révèle autant qu’elle bouleverse les normes auxquelles nous adhérons ou décidons d’échapper. Les expositions montrent la manière dont la mode tisse l’Histoire, d’hier à demain.
Les expositions célèbrent la richesse de la matière et de ses créations. C’est le cas de Sublimer l’étoffe. Artistes et créateurs de mode face au sacré au musée d’Art religieux de Fourvière, à Lyon, du 17 septembre 2026 au 3 janvier 2027. Entre étoffes imprimées, carrés de soie, vêtements liturgiques et parures, le parcours interroge les liens entre artisanat, création et spiritualité. Le tissu y apparaît dans toute sa richesse : comme une matière travaillée à la main mais aussi comme support de croyance. Le caractère protéiforme du textile se retrouve dans Look ! 40 ans de mode au musée, aux Arts décoratifs du 30 septembre 2026 au 4 avril 2027, qui célèbre les quatre décennies du musée de la mode à travers 40 silhouettes emblématiques. Et l’exposition ne présente pas seulement le vêtement comme une oeuvre achevée, elle remonte le fil de sa création et dévoile patrons, échantillons, broderies. Des ateliers de couture aux coulisses des collections, elle présente ce qui précède et suit le moment où le vêtement entre au musée. Le vêtement est tout autant sacralisé qu’il est désacralisé. Sacralisé par son temps au musée qui le transforme en patrimoine, désacralisé par ce qu’on découvre derrière la silhouette devenue iconique. De Christian Dior à Elsa Schiaparelli, l’objet de mode se présente comme le produit d’une chaîne de création. Et l’histoire de la mode ne s’arrête pas à la porte d’un musée, elle est conçue tout autant pour être portée, conservée, restaurée, et exposée. Un sac Louis Vuitton ou une robe Dior peut passer du quotidien aux collections. Le musée, plutôt que de mettre la mode à distance, en prolonge la circulation.
Avant d’être conservé, le vêtement est d’abord porté. Et les vêtements composent une manière d’être au monde. Car la mode fabrique des normes autant qu’elle donne des moyens de s’en affranchir, ce qu’explore l’exposition Un vestiaire à soi. Féminités dissidentes au XIXe siècle du 26 septembre 2026 au 14 février 2027 au Palais Galliera. À travers quelque 500 oeuvres, dont la garde-robe de Rosa Bonheur, elle montre comment l’adoption de codes vestimentaires masculins au XIXe siècle se mêle à une volonté de transformation de la place des femmes dans la société. Le vestiaire devient alors un espace de liberté. Décider de sa silhouette, réinventer ce qui est masculin ou féminin, le vêtement porte en lui un fort potentiel d’émancipation. Et cette question de la norme se retrouve sous une autre forme dans Tout est en ordre, à l’Institut suédois, du 2 septembre au 4 octobre 2026. L’exposition s’intéresse à l’ordre apparent qui se dégage du vestiaire suédois et le met à l’épreuve en dévoilant de légères dissonances. Une manière s’interroger sur les conventions qui organisent notre manière de nous présenter au monde. La mode est un espace à explorer, une matière profondément vivante. Et nos vestiaires contemporains sont profondément mobiles : seconde main, pièces spectaculaires, mélange des styles, des genres, des époques, le vêtement se célèbre comme l’un des outils les plus immédiats de l’autodéfinition. Ce qui s’offre à voir au musée est aussi ce qui se vit dehors, dans les rues et les vestiaires, où les codes se recomposent.
L’exposition Penn & Fashion présentée du 30 septembre 2026 au 17 janvier 2027 à la Maison Européenne de la Photographie revient sur plus de soixante ans de photographie de mode à l’esthétique épurée par le grand photographe Irving Penn. La mode se prête à la composition et devient matière d’une autre œuvre d’art, la vie de la matière se prolonge par un autre langage artistique. L’étoffe continue ainsi son chemin, de l’atelier à la vitrine, du sacré au quotidien, du corps à l’image.
Les expositions mode qui s’ouvrent cet automne montrent combien la mode est active dans notre société. Elle conserve les traces du passé, bouscule les conventions et nourrit d’autres formes de création, d’autres manières de créer une identité.
Visuel : © The Irving Penn Foundation
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