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La Mode en majesté : la garde-robe royale thaïlandaise s’installe au Musée des Arts Décoratifs

par Fatoumata Traoré
18.08.2026

Le musée des Arts décoratifs consacre pour la première fois une exposition à la mode de la cour thaïlandaise. « La Mode en majesté. Haute couture et tradition à la cour de Thaïlande » réunit plus d’une centaine de tenues et d’accessoires issus de la collection royale, jusqu’au 1er novembre 2026. Cette exposition s’inscrit dans le cadre du 170e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Thaïlande et retrace l’évolution du vêtement à la cour thaïlandaise des années 1960 à nos jours.



Un vêtement pensé comme diplomatie

Le parcours s’ouvre sur un diaporama défilant, composé de photographies de presse people et de couvertures de magazines, Vogue en tête, où la reine Sirikit apparaît en icône de style dès les années 1960. Cette entrée en images pose d’emblée le cadre : cette exposition de mode raconte comment une reine est devenue une référence esthétique internationale, photographiée par les plus grands (Horst P. Horst notamment), au même titre que les icônes occidentales de son époque.

Le point de départ du parcours est donc autour de la reine Sirikit, qui a conçu plusieurs formats de costumes traditionnels avec des créateurs thaïlandais, aujourd’hui reconnus comme la garde-robe nationale du royaume thaïlandais.

La création des pièces ne s’est pas limitée à un cadre national. Une collaboration de plus de trente ans entre la reine Sirikit et Pierre Balmain a marqué ce dialogue culturel et artistique, prolongée ensuite par les maisons Balmain et Lesage. Le parcours donne à voir ce va-et-vient : d’un côté les huit tenues officielles, ancrées dans le tissage et la broderie locale, pensées par et pour l’environnement  thaïlandais  (climat, respect des codes de la cour); de l’autre, leur relecture par une maison parisienne qui en garde les lignes tout en y apportant ses propres techniques de coupe et de broderie. Résultat : une mode hybride, construite à plusieurs mains sur des décennies.

 

 

 

Sept salles, trois générations

Le parcours se déploie en sept salles thématiques. La première revient sur les 170 ans de relations franco-thaïlandaises et présente le vêtement comme un pont culturel et diplomatique. Une autre salle est consacrée aux huit styles officiels, aujourd’hui reconnus comme les tenues nationales du royaume, portées aussi bien par la reine Sirikit que par la reine Suthida ou la princesse Sirivannavari. Trois générations réunies dans les mêmes vitrines, le costume codifié dans les années 1960 continue de circuler et de s’adapter à travers les époques. Certaines salles sont dotées d’accessoires : bijoux, éventails, sacs et porcelaines, d’autres de vidéos et de photos projetant le processus de création des tenues notamment à travers le tissage et la broderie. La focale sur les métiers d’art thaïlandais permet un élargissement du propos allant au-delà de l’habillement de l’élite thaïlandaise. L’exposition joue sur une diversité de médiums, à la fois accessibles, interactifs et pédagogiques, qui en fait tout le dynamisme.

La scénographie mise sur la couleur : un jaune, un rose et un bleu reviennent d’une salle à l’autre et servent de simple fil conducteur visuel. Sur les cimaises, des planches de tendances montrent des croquis Balmain adaptés pour la reine, à côté d’échantillons de broderie Lesage, la coulisse du dialogue franco-thaïlandais rendue visible.

La transmission comme fil rouge

Le sous-texte de l’exposition, davantage que la question de l’apparat, c’est celle de la transmission. En 1976, la reine Sirikit fonde la Fondation SUPPORT pour sauvegarder des techniques comme le mat mii, un procédé de teinture et de tissage par réserve, et les brocarts traditionnels. Cette fondation est aujourd’hui soutenue par la reine Suthida, tandis que la princesse Sirivannavari encourage de son côté la création de haute couture thaïlandaise, en intégrant les tissus traditionnels à des collections contemporaines.

La dernière salle du parcours prolonge cette logique : elle s’ouvre sur des créateurs thaïlandais contemporains qui réinterprètent les codes du costume royal dans des propositions actuelles. Le parcours se referme ainsi non pas sur une pièce de collection figée dans le temps, mais sur une génération qui continue de s’en servir comme matière de travail, une manière de rappeler que l’histoire racontée par l’exposition n’est pas close. Cette question résonne d’ailleurs en France, où la collaboration entre la reine Sirikit et Balmain dans les années 1960 avait déjà posé les bases de ce dialogue entre savoir-faire thaïlandais et haute couture française. « La Mode en majesté » au MAD en prolonge aujourd’hui le fil.



Visuels : Fatoumata Traore