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30.09.2026 → 17.01.2027

Penn & Fashion : la mode et le monde à travers l’objectif d’Irving Penn

par Aline Fevre
30.09.2026
Irving Penn, Fashion Photograph (Jean Patchett), New York, 1949 Nicola Erni Collection, Zug © The Irving Penn Foundation

À la Maison Européenne de la Photographie, il faut être prêt à entrer dans l’exposition Penn & Fashion comme on entrerait dans un studio de mode. À l’occasion du Bicentenaire de la Photographie et des 30 ans de la MEP, l’exposition, nous invite à plonger dans l’œuvre du légendaire photographe Irving Penn.

Franchir la porte du studio d’Irving Penn

L’exposition, en collaboration avec The Irving Penn Foundation et la Nicola Erni Collection, suit chronologiquement les pas d’Irving Penn. Elle ne se présente pas tant comme une rétrospective que comme une invitation à partager le regard du plus grand photographe de mode. Déployée sur deux étages, elle retrace une vie prolifique en images, en tirages et en lumières. Le visiteur est invité à jouer le jeu de l’élégance. Et plus encore, à s’immerger dans l’atelier d’Irving Penn.

Le parcours s’ouvre sur l’emblématique photographie des Douze Modèles, réalisée à New York en 1947. Les visages sont flous. La composition, parfaite. Une attention particulière est portée aux mannequins autant qu’aux vêtements : comme une grille de lecture de l’exposition.

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Irving Penn, 12 Models Moving Their Heads, New York, 1947 Nicola Erni Collection, Zug © The Irving Penn Foundation

 

Et très vite, l’œil se resserre. La force de l’exposition est de capter notre attention par les sujets singuliers qui ont traversé l’objectif d’Irving Penn, dans une forme de pureté du sujet photographié. Car c’est bien dans un studio qu’Irving Penn créé le mieux, là où il maîtrise l’espace, la lumière, le fond, et donc, le regard.

 

Une rencontre déterminante, présentée dès la première salle, permet de comprendre cette approche : le voyage à Cuzco d’Irving Penn. Il y loue un studio pour photographier notamment les populations quechuas. Lumière naturelle, fond neutre. Un espace hors du temps. Une technique épurée. Et l’exposition se fait ainsi studio. L’image est d’une pureté esthétique sensationnelle : elle nous offre un face à face : le visiteur se trouve devant les photographies comme Irving Penn derrière son objectif. C’est d’ailleurs toute la richesse de la photographie : un rapport intime, parce qu’on regarde, dans le musée, comme Penn à travers sa caméra.

Penn & Fashion : la mode et le monde à travers l’objectif d’Irving Penn

Irving Penn, Standing Woman with Braids, Cuzco, 1948 Collection The Irving Penn Foundation, New York © The Irving Penn Foundation

 

Photographe de la mode et du monde

À l’étage, l’exposition élargit le champ. Il y a les portraits du monde de la mode, bien sûr, mais aussi ceux des personnalités photographiées à la demande d’Alexander Liberman, directeur artistique de Vogue. De nombreux artiste européens installés à New York dans l’après-guerre passent alors devant l’objectif de Penn. Il y a aussi son intérêt pour les hippies. Dans les années 1970, Penn propose au magazine Look de réaliser à San Francisco une série de portraits en studio. Même dépouillement, même regard attentif, même fond neutre. Que le sujet soit une personnalité de la mode ou une figure de la contre-culture, Penn semble chercher cette même authenticité dans le sujet. L’exposition se fait vraiment le mélange explosivement élégant de Penn et de son regard sur la mode, mais aussi sur le monde.

 

Chez Irving Penn, le vêtement se fait matière, il devient volume. Le parcours de l’exposition se fait alors déambulation à travers les grandes créations : Dior, Lagerfeld, Balenciagga… Et à regarder certaines images, on a presque l’impression de pouvoir toucher les étoffes tant la photographie est saisissante. Chez Penn, il s’agit d’habiller la photographie autant que de photographier le vêtement.

 

Irving Penn, respecter et transformer le vêtement

Dès la fin des années 1940, il s’impose comme l’un des photographes vedettes de Vogue. Son regard accompagne l’évolution de la recherche esthétique dans la photographie de mode. Et cette liberté apparaît avec force dans sa collaboration avec le créateur japonais Issey Miyake. Une salle entière montre le dialogue exceptionnel entre les deux artistes, qui durera 13 ans. Miyake lui envoie ses créations, Irving Penn lui envoie les photos. Et Miyake a l’impression de les redécouvrir. La photographie de Penn est d’une telle exigence de composition qu’elle finit par révéler le vêtement. Un court métrage d’animation est proposé à la fin de la visite pour prolonger le dialogue entre ces deux artistes.

 

Un photographe entre élégance et expérimentalité

Il y a quelque chose de l’ordre de Funny Face dans cette déambulation : une élégance graphique, une lumière blanche, des couleurs qui explosent, et cette impression que le studio se fait scène.

Dans la dernière pièce de l’exposition, les couleurs surgissent, pop, saisissantes, presque électriques. Alexander Liberman les qualifiera de stoppers : des images capables d’empêcher le lecteur de tourner la page. Et dans l’exposition, elles arrêtent également le pas du spectateur. Dans les pages de Vogue, ses photos occupent toujours une page pleine, avec le texte en face. On y voit alors l’œil profondément novateur d’Irving Penn : il construit, interprète, fait œuvre d’art. Les photos sont plus expérimentales, on y voit une composition extrêmement colorée et surprenante qu’il faut presque lire. Pour illustrer, par exemple, une page consacrée aux ravages des produits cosmétiques sur les visages féminins, Penn compose une photographie sur lequel ballon de football américain couvre le visage de son modèle. Une composition qui surprend et questionne. Les masques sont d’ailleurs partout chez Irving Penn, ils traversent l’exposition sous différentes formes.

 

Et pourtant, à mesure que l’on avance dans l’exposition, quelque chose de sincèrement intime se dessine. L’immense richesse visuelle de l’exposition, et cette impression qu’on a de se trouver réellement dans l’espace de Penn, nous permettent de comprendre son regard. Après avoir regardé ses sujets, ses vêtements, ses couleurs et ses masques, nous rentrons dans l’œil de cet immense créateur. Alors, bas les masques, cher Irving Penn !

Visuel : Irving Penn, Fashion Photograph (Jean Patchett), New York, 1949 Nicola Erni Collection, Zug © The Irving Penn Foundation