Au Train Bleu, pour la modique somme de 15 000 euros le créneau les jours impairs, Jeanne Lazar et Timothée Lerolle se racontent dans un jeu de miroirs avec Tim et Philippe. Deux couples qui s’aiment à leur façon, la plus merveilleuse qui soit, c’est-à-dire la leur.
Nous sommes accueilli·es par un grand texte qui pose le contexte. L’idée est actuelle et permet, d’entrée de jeu, de s’éviter une longue introduction laborieuse. On apprend que Jeanne et Timothée s’aiment depuis huit ans et qu’iels ont passé quelques jours dans le chalet de leurs amis Tim et Philippe, amoureux depuis vingt-huit ans.
Le spectacle prend la forme d’une presque interview, presque d’un documentaire. Mais avant cela, on découvre le jeune couple enlacé, couché, torse nu, nous chantant les iconiques paroles de Cher. Et vous alors : Do You Believe in Life After Love?
Timothée prend dans sa voix la vie de Tim. Dans sa voix et dans son corps de trentenaire, il raconte tout ce qu’il n’a pas vécu. Dans son précédent spectacle, Jeanne Lazar s’intéressait à Guillaume Dustan, ce qui l’a plongée dans les années sida et le Paris pédé des Tuileries et du Queen.
Tim raconte les dragues infinies, les mecs qui baisent avec insouciance, beaucoup, et tous ceux qui meurent, dont Rolf, son grand amour. Tim est malade aussi, mais, par chance, il tient bon, assez longtemps pour arriver jusqu’à l’apparition des trithérapies et être toujours en vie aujourd’hui.
Le récit permet de réaliser, ou de rappeler, que l’on ne meurt pas du sida mais de toutes les maladies que le virus provoque. Elles sont toutes citées.
Garçon fièvre redonne vie à ces jeunes hommes qui n’ont toujours pas l’âge d’être morts. Jeanne aussi devient Tim et puis, parfois, par touches, Timothée et Jeanne sont juste eux-mêmes, en train de voir ce qui leur convient : avoir un chat et des amants, ou pas. Garçon fièvre est un merveilleux spectacle qui nous rappelle que l’amour et le désir sont des moteurs de vie inégalés. La forme de la pièce, qui flirte avec la fiction, nous donne la sensation d’être, nous aussi, avec eux, à discuter dans ce chalet du Jura, bien loin de la moiteur avignonnaise.