Le nom de Solène Wachter est associé aux grands noms de la danse pour lesquels elle a travaillé, Anne Teresa De Keersmaeker qui l’a formée chez P.A.R.T.S. et Boris Charmatz. Puis, à partir de 2023, nous l’avons vue écrire pour elle dans la petite bombe digne d’un concert de Madonna ou de Michael Jackson : For You / Not For You, et en 2025 à Avignon aux côtés de Bryana Fritz pour un Sujet à vif lui aussi très fangirl des grandes icônes de la chanson pour raconter l’histoire des papes à Avignon. C’est donc la première fois que nous découvrons Solène en chorégraphe pure et dure. Elle réunit un quintet auquel elle donne tout l’espace de briller, composé de Maureen Bator, Synne Elve Enoksen, Chandra Grangean, Johanna Lemke et Mien Heyvaert à la musique.
Elve Enoksen entre seule en scène, toute de noir vêtue, avec un protège-genou aux allures de super-héroïne. Elle déplie ses bras dans une écriture très keersmaekerienne. L’écriture est brute, sans fioriture, c’est de la danse contemporaine dans la plus pure acception du terme. Le souffle accompagne les relâchements des muscles, elle se replie, se déplie, tourne sur ce plateau vide à lumière nue. Puis Johanna Lemke arrive en trombe et commence à donner des indications précises : lumières, arrivée de crocodiles, fumée au kilo. Nous sommes dans un film à très très gros budget et peu intellectuel. Les filles sont désormais au complet, la danse est arrivée, elle esquive, elle met de l’espace entre soi et le buste, elle cogne, elle frappe. Bref, c’est la bagarre.
En chorégraphe, Solène Wachter marque des points. Elle sait visiblement écrire de la danse, ce qui n’est pas si simple. On adore ces pieds attaquant le sol avec lourdeur en seconde position bien large, dans un cadre dramaturgique plutôt précis. La progression est parfaite entre la première image dépouillée et l’une des dernières (elle s’amuse à multiplier les fins possibles à son film) ultra-chargée, n’en disons pas plus. Écrivons juste que nous avons décelé dans La machine à spectacles des gestes jamais vus, comme ce lancer de corps sur un matelas retenu par une corde qui le fait voler, ou bien cette idée démente de mettre en danse les doublures de ces cascadeuses. La pièce va encore grandir et se resserrer, nous en sommes persuadées ; cette sortie de création était des plus prometteuses et des plus rafraîchissantes dans le domaine de la création chorégraphique.
Les excentriques, jusqu’au 9 octobre à la Briqueterie. Metro Porte de Choisy et T9 arrêt Briqueterie
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Visuel :© César Vayssié