Le Théâtre de L’Onde à Vélizy-Villacoublay ancre son festival dans un programme implacable de grandes figures de la danse et de chefs d’œuvres qui ont traversé le temps. A l’image des soirées qui suivront, l’ouverture d’Immersion Danse a réservé comme il se devait sa grande scène au mémorable What the body does not remember de Wim Vandekeybus, et offert, en préambule, une pépite aux spectateurs signée Josef Nadj.
Lui aussi a traversé l’histoire de la danse contemporaine dès les années 80, et lui aussi, à l’instar des Wim Vandekeybus et Anne Teresa de Keersmaeker de la programmation, a marqué profondément le paysage chorégraphique. Josef Nadj a laissé une empreinte vive, une signature à nulle autre pareille. C’était une merveille de le retrouver à l’endroit d’une forme qui magnifie son rapport au corps, aux cultures, à l’étrange, dans un projet autant plastique que chorégraphique et ce après deux grandes pièces, Omma et Full Moon, qui l’avaient emmené vers des territoires moins convaincants. Dialogue dans le rêve est un duo qui porte fort justement son nom. Josef Nadj et Ivan Fatjo portent les costumes neutres de personnages énigmatiques, masqués de blanc. Ils évoluent dans un petit théâtre en forme de boîte noire dont la porte du fond se dérobe au fil de leurs apparitions et disparitions, telle une porte vers l’inconscient. Avant leur arrivée, elle servait de surface de projection à un film où le fourmillement d’insectes volants menait à un ballet féérique, quand des milliers d’éphémères formaient des ronds dans l’eau telles des libellules aux formes et aux couleurs étonnantes.
Le reste se verra en noir et blanc. Il n’y a que leurs pieds et leurs mains qui dépassent de l’austérité de leur costume et c’est avec une grande délicatesse que les poignets prennent vie. Tout un récit tient dans ces simples gestes, dans cette chorégraphie minimaliste mais à l’unisson, qui va juste dans la précision rythmée d’une inclinaison de main. Les corps sont face à nous, et leurs visages de cire aux petits yeux perçants plantés dans le public ne font que renforcer le sentiment d’étrange inquiétude qui ressort de ce pas de deux. Les cages thoraciques hésitent entre affaissement et redressement, et l’on perçoit leurs souffles comme deux accordéons. Des gestes ramassés, presque sémaphoriques, composent la chorégraphie de ces deux pantins qui accueillent, façon dada, les influences japonaises, celles d’Europe centrale, mâtinées d’images semblant venir d’un mime Marceau ou d’un Mickael Jackson. La porte offre de jolis intermèdes dessinés. Les objets s’invitent pour former d’autres paysages, d’autres rêves, et leurs valises semblent pleines de ressources pour habiter l’espace. De drôles de gestes sacerdotaux prennent le relais de la chorégraphie, tout comme ces autres masques aux yeux hallucinés et plein d’humour. Dès lors, la nuit peut continuer, sous le regard de la pleine lune qui se lève pour nous.
Festival Immersion Danse, du 3 au 21 novembre.
L’Onde, Théâtre Centre d’Art
8 bis, avenue Louis Breguet
78140 Vélizy-Villacoublay
01 78 74 38 60
labilletterie@londe.fr
Visuel : Atelier 3 + 1