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« Frissure », le déplie sur soi de Myriam Gourfink à l’Odéon

par Amélie Blaustein
03.11.2026
Myriam Gourfink -Frissure

La chorégraphe de la lenteur occupe l’Odéon avec trois pièces au sol : Frissure (du 3 au 7 novembre), Arche (du 10 au 21 novembre) et Almasty (du 25 novembre au 10 décembre),à découvrir à 18 h avant d’être embarqué dans les limbes faustiennes de Castellucci à 20 h.

L’infiniment petit au cœur du grand théâtre

Frissure donc, pour ouvrir cette carte blanche à cette artiste si singulière dont la danse a traversé les plus grands plateaux, tel celui du Centre Pompidou, comme les lieux les plus patrimoniaux, le Panthéon par exemple, rien que ça, en ouverture du Festival d’Automne 2024 avec le sensuel Rêche. Là, dans le tout petit salon qui donne sur le bar de l’Odéon, nous la retrouvons, elle et elle seule, repliée sur elle-même. Les indices du mouvement à venir sont posés là, devant nos yeux : de dos, les genoux relevés à la perpendiculaire du bassin, la nuque est posée sur un bras dont la main flirte avec le haut du dos, l’autre main frôle le sol de trois doigts.

Sculpter l’air et le temps

Dans ses pièces, la chorégraphe Myriam Gourfink n’a qu’une ligne de conduite, qui prend différentes formes. Elle explore les contractions possibles du corps face à la pression de l’air qui l’entoure. Son écriture est très spécifique et rigoureusement unique, où la lenteur devient un axe de mouvement et de beauté. Il faut y ajouter les pratiques somatiques, dont le yoga, qui est à la racine de pas mal de postures dans Frissure.
La pièce tourne autour du visage et du regard. Myriam se terre, elle se prend la tête à tous les sens du terme, tente de crier mais rien ne sort à part un rond parfait. Elle fait évoluer son image de départ en la transformant comme un satellite au ralenti. Une jambe sort, elle prend appui, se tourne de quelques millimètres et, sans trop savoir comment, la voilà qui nous fait face.

Le bruit du monde et la noise douce

Comme depuis toujours, elle est accompagnée au son par Kasper T. Toeplitz, qui se tient derrière sa table. Il s’apprête à manipuler une basse électrique. Il accompagne le travail de Myriam Gourfink depuis les premiers jours. Sa musique est de la noise douce. Pour commencer, il nous entraîne par jour de grand vent, la tornade gronde pas loin (pour de vrai, à quelques mètres de là, vers le Panthéon, des étudiant.e.s sont nassé.e.s en masse par des CRS chauffés à blanc) ; Myriam, elle, continue sa traversée. On ne sait jamais trop comment, mais elle traverse, oui, d’un bout à l’autre sans avoir eu l’air de bouger.

L’onde de choc somatique

Nous l’avons souvent écrit, dans ses pièces, Gourfink n’a qu’une ligne de conduite qui prend différentes formes. Elle étudie les contractions possibles du corps rencontrant la pression de l’air qui l’entoure. Comme dans Structure Souffle (2021), Gris (2016) ou Amas (2015), l’espace de la danse est restreint. Minuscule ici, à peine une bande d’un mètre entre nous, assis.e.s sur des coussins ou des chaises, dans une immense proximité. Cela permet, encore plus que d’habitude, d’agir sur nos corps. On sort d’un spectacle de Myriam Gourfink dans le même état qu’après un cours de Pilates ou de yoga : détendu et revitalisé. Sa danse, qui expatrie et déploie chaque zone de son corps, agit directement sur nos tensions.

La verticale refusée

Spoiler alert : dans Frissure, la verticale est relative. La position debout ne vient jamais. À chaque tentative de dos droit, la voilà qui doucement se rappelle à l’ordre et s’affaisse en elle-même, petit à petit. Les orteils grapillent quelques centimètres afin de la faire tourner, et voilà qu’elle avance pour de vrai, féline, les épaules engagées. En étant entre deux eaux, le sol et la demi-hauteur, la chorégraphie insiste lourdement sur les cuisses.
Techniquement, la pièce est d’une précision fine. Voir Gourfink danser elle-même ce qu’elle a créé et tant transmis est tout bonnement fascinant.

Fondre, la carte blanche de Myriam Gourfink se déroule du 03 novembre au 10 décembre 2026 à 18 h au Petit Odéon. Suivant les jours, des séances de yoga sont organisées avant la représentation.

Informations et réservations

Visuel ©Laurent Paillier