Cet automne, le Théâtre de la Ville propose un Focus Ben Duke, permettant à chacun de découvrir ou de redécouvrir les théâtres dansés du dramaturge britannique. Cette semaine, c’est Juliet&Roméo qui est à l’honneur. Une pièce créée en 2018 qui pose les bases de l’identité Ben Duke : un classique littéraire mondial actualisé, sans en dénaturer la lecture. Bravo !
Et si Roméo et Juliette étaient des personnages lambdas ? Un couple comme les autres qui se confie un peu trop quand il a bu, et qui se serait confié à Shakespeare ! Mais alors dans la vraie vie, qui seraient-ils ? Et bien des individus classiques, qui se rencontrent en soirée et se retrouvent plus tard en thérapie de couple. Nous sommes les thérapeutes. Pour guérir, ils vont nous remémorer leurs souvenirs.
La particularité de cette pièce est qu’elle rationalise cette tragédie mondiale en une relation normale. Roméo et Juliette ne sont plus des héros dramatiques, ils sont nos voisins de palier. Procédé récurrent au théâtre, cette transposition ne tombe pas dans la caricature ou le trait lourd. Au contraire. C’est toujours drôle et bien pensé.
Ici, quelques grivoiseries ancrent l’humanité de nos héros sans tomber dans le tout-much. Ben Duke raconte juste que dans la vraie vie, tout ce qu’on fait n’est pas toujours héroïco-dramatique. Les maladresses remplacent les gestes lyriques sans tomber dans une caricature. On découvre d’autres choses : la pièce initiale étant rythmée de quiproquos, Ben Duke rigole de la situation : et si ça ne s’était pas passé comme ça ?
Créée au Battersea Arts Centre et The Place à Londres le 14 février 2018, la pièce raconte une histoire d’amour avec deux personnages dont les auteurs classiques ont influencé la perception. Lui sera dans le retrait, il a dû mal parfois à se livrer. Elle insistera, il soufflera. Mais finalement, n’a-t-elle pas raison de pousser la vérité ? Ces dualités amoureuses qu’on apprend en lisant ces littératures classiques sont toujours actuelles. La pièce nous montre avec finesse, sans qu’on ne s’en aperçoive, que ces dichotomies du comportement ont bien traversé les siècles.
Cet angle sera développé quatre ans plus tard dans Ruination : The Truth Story of Medea, créée en 2022. Médée est l’hystérique qui pleure dans ses larmes de femme. Jason a raison car il est dans la raison. Dans la mesure. Il ne faiblit pas d’émotion comme Médée, qui s’écroule, dévastée. Il est héroïque car il déploie une force stoïque. Mais si l’émotivité qu’on avait attribuée à Médée ne servait pas, en la desservant, à valoriser le personnage masculin par contraste ?
Juliet&Roméo posait déjà les bases de ces questionnements avec le rapport aux émotions, mais aussi et simplement dans le titre. Le titre original est Roméo et Juliette. Or la lettre « J » arrive avant le « R » dans l’alphabet.
En somme, un focus à suivre car on aime l’emploi de ces pièces majeures pour actualiser un autre regard sur elles, et à travers elles, sur nous. On aime cet humour fin et les danses qui ponctuent la mise en scène avec finesse, dévoilant toujours la grande fluidité des danseurs.
©JERWOOD DANCEHOUSE IPSWICH
Du 24 au 28 octobre 2026 au Théatre des Abbesses, programmation Théâtre de la Ville
Mise en scène Ben Duke
Conception Ben Duke et Solène Weinachter
Assistante à la mise en scène Raquel Meseguer Zafe
Lumières Jackie Shemesh
Décor et costumes James Perkins
Traduction Dominque Hollier
Surtitrage Katharina Bader
Avec John Kendall et Emily Terndrup
Commande du Battersea Arts Centre & The Place. Avec le soutien de Arts Council England grâce à la National Lottery, et l’aide de Dance East et de South East Dance.