Keren Ann était rayonnante lors de son concert d’hier avec ses quatre musiciens pour l’ouverture de la 4e édition du Sceaux Jazz Festival. Nous avons été « So Sceaux » conquis·e·s par sa crinière blanche, sa voix toujours plus belle et la profondeur d’un répertoire qui nous accompagne depuis maintenant plus de 20 ans.
Elle sortait tout juste de la dernière de son spectacle avec Irène Jacob et Joëlle Bouvier au Théâtre du Rond-Point (Où es-tu ?, que nous avions adoré, lire notre article). Keren Ann était sylphide et sublime derrière sa longue frange grise assumée et dans sa robe de dentelle noire transparente. Sirène mobile et diva enthousiaste, elle a partagé son répertoire avec peut-être plus d’énergie que de nostalgie.
Il y a quelque chose de rock, d’affirmé dans son attitude joyeuse et ses déplacements à la fois virevoltants et précis entre le micro, la guitare et le piano. Keren Ann est à l’aise et n’hésite pas à inviter le public à venir se réchauffer au plus près de la scène, tout près du Château du Parc de Sceaux. Elle rit, fait des blagues « So Sceaux ».
Et il y a tout ce passé ensemble dont elle ne cesse de retravailler la matière musicale, avec ses musiciens de génie, pour nous offrir mille émotions nouvelles. Il y en a tant qu’on n’a pas pu tout avoir (argh, « By the Cathedral », « Jardin d’hiver » ou « Surannée » !!!) Elle commence par les premiers titres de Paris amour, son dernier album sorti en 2025, qui revient à la chanson française pour faire une déclaration d’amour à Paris. C’est drôle, pétillant, juste aussi.
On sent qu’elle apprécie jouer avec les clichés, mais aussi très souvent avec son âge, en grossissant parfois le trait : à 52 ans, l’autrice-compositrice-multi-instrumentiste est loin d’être moins dynamique. Au contraire ! Annonçant un voyage temporel de Sceaux en 2026 vers New York en 2003, c’est une version latino mouvementée de « Que n’ai-je ? » qui nous surprend et nous sort du blizzard de Manhattan.
La chanteuse qu’on a entendue la première fois en concert il y a 25 ans, avec de la timidité et Billie Holiday dans les oreilles pour se donner du courage, est toujours autant un bourreau de travail : sa voix progresse, le son est d’une précision chirurgicale. Mais qu’elle s’est épanouie, et qu’elle a su transformer la douceur nostalgique de ses chansons en éclat de joie et de générosité !
Ce soir à Sceaux, on revisite son univers avec mille envies de rire, de danser et de vivre. « You’re Going to Get Loved » a un petit côté rockabily sympathique, « Lay Your Head Down » met le feu à la piste (enfin, à la pelouse !), « Les Désirs fatigués des navires d’argent » nous fait rire sur l’âge mais ne limite pas le temps de l’amour. La pointe de nostalgie arrive avec l’incontournable « Not Going Anywhere », mais c’est l’amitié qui l’emporte, avec une apparition surprise d’Irène Jacob présente devant la scène. Un featuring sympathique qui finit de nous convaincre que non seulement Keren Ann sait où elle va, mais qu’elle est heureuse d’y aller. La nuit vient juste de tomber et le public sort d’une heure quarante de concert simplement merveilleux.
Tant et si bien qu’on en a oublié de vous dire que le Sceaux Jazz Festival affiche une programmation de dingue, qu’il reste quelques places et que le lieu, dans l’orangerie devant le Château, est magique. Le mieux est de s’y poser avec une bière IPA et une pizza chaude, sur des transats ou des couvertures dans l’herbe, et de rêver entre deux concerts.
Ne manquez pas Gildaa ce soir, Jeanne Cherhal samedi et le duo merveilleusement jazz formé par Roberto Fonseca et Vincent Segall dimanche soir — avec des premières parties (dont certaines en accès libre), des bals pour les kids et un DJ set samedi soir. So So Sceaux !
Les Parisien·ne·s retrouveront Keren Ann au Festival Paris l’Été au mois de juillet !