Le 16 Juillet 2026, le Festival Radio France Occitanie Montpellier nous propose une soirée consacrée à la musique russe. Sous la direction de Jakub Hrusa, l’Orchestre Philharmonique de Radio France interprète Roméo et Juliette de Piotr Ilyitch Tchaïkovski et le concerto n°3 pour piano de Serge Prokofiev, avec Alexandre Kantorow au piano. Le concert se termine avec la symphonie N°1 de Dmitri Chostakovitch.
1869- 1921-1925 : ces dates de compositions pourraient marquer l’âge d’or de la musique russe. Après une soirée au cœur du romantisme allemand, le festival nous convie à un concert entièrement dédié à la musique russe. Le lyrisme de Tchaïkovski, la virtuosité de Prokofiev, l’humour caustique de Chostakovitch : les œuvres jouées ce soir confirment l’éclat de la musique russe au tournant du 19ème et 20ème siècle. Pour ce concert, le chef tchèque Jakub Hrusa retrouve l’Orchestre Philharmonique de Radio France dont il a été chef associé en 2005 et 2006. Le festival accueille également le jeune pianiste français Alexandre Kantorow. Il a débuté le piano à l’âge de 5 ans, gagné le concours Tchaïkovski de Moscou en 2019, été nommé aux Victoires de la musique l’année suivante. Il a participé à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris en 2024. Ce soir il va séduire le public par sa sensibilité et sa virtuosité.
Tchaïkovski a composé son Ouverture-fantaisie, Roméo et Juliette en 1869 mais la partition a été remaniée à plusieurs reprises et actuellement c’est la version de 1880 qui est la plus souvent jouée. Cette œuvre orchestrale relativement brève dépeint l’atmosphère tragique de la pièce de Shakespeare, elle est incroyablement expressive. Les vents débutent seuls bientôt rejoints par les cordes puis les pizzicati des contre-basses. La musique est lente, un peu solennelle, nous sommes dans l’attente du drame. L’orage éclate bientôt, les cordes se précipitent, les timbales et les cymbales se déchaînent. Toute la puissance de l’orchestre exprime la violence de la haine entre les deux familles. Le thème de l’amour apparaît, délicat, presque discret. Puis l’amour prend son envol dans un bel élan lyrique. Les deux forces s’opposent, les thèmes s’entrechoquent. Mais la fin de l’œuvre laisse peu de doute : les timbales sourdes, régulières entament une marche funèbre. C’est « le requiem de l’amour » qui se termine par un déchirant roulement de timbales qui tombe comme un couperet.
Le concerto N°3 de Prokofiev a été achevé en Bretagne à l’été 1921 et créé à Chicago le 16 décembre 1921 puis à Paris l’année suivante. L’œuvre va alors devenir célèbre. Elle est représentative de la musique des années 1920, à la fois lyrique, post romantique et moderne par le rythme, les dissonances. Très vite s’installe une ambiance sonore impressionnante presque euphorisante. L’influence américaine est notable, on pourrait évoquer Gershwin. Une cavalcade des cordes introduit le piano. Le accords se déchaînent, la virtuosité d’Alexandre Kantorow est frappante, un combat s’engage entre le piano et l’orchestre. Le piano sait aussi se faire mélodieux, mettant en valeur la sensibilité du soliste. Des moments de soulagement entre deux accélérations rythmiques ! Les variations du deuxième mouvement font alterner douceur et puissance, délicatesse et fougue. Le troisième mouvement est très rythmé, un sentiment de joie, d’enthousiasme s’empare de l’auditeur jusqu’à une fin spectaculaire, frénétique. Alexandre Kantorow a été époustouflant dans ce concerto d’une difficulté technique impressionnante et il a su nous transmettre l’optimisme de l’œuvre de Prokofiev.
Dimitri Chostakovitch n’a pas vingt ans, il est encore étudiant au conservatoire de Leningrad lorsqu’il écrit sa première symphonie. Quel talent ! La symphonie connaîtra un vif succès lors de sa création à Leningrad le 12 05 1926 et le chef Nicolaï Malko parlera d’une nouvelle page dans l’histoire de la musique. L’humour et le génie de l’orchestration de Chostakovitch sont déjà présents dans cette œuvre de jeunesse. La clarinette introduit l’allegro non troppo, soutenue par la régularité métronomique des cordes frappées des violoncelles et des violons. Le rythme est enjoué, la musique pleine de fantaisie, très plaisante à écouter. Le chef Jakub Hrusa dirige avec précision et énergie. Le deuxième mouvement est tout aussi malicieux avant un lento beaucoup plus lyrique. Le hautbois expose une très belle mélodie, relayé par les violoncelles. Nous sommes entraînés par de puissantes vagues romantiques. Les surprises abondent comme la sonnerie des trompettes, le très pur solo du violon, les roulements de timbales inattendus, le tout dans une atmosphère joyeuse, débridée. L’inventivité du compositeur, sa science de l’orchestration éclatent dans le final. L’orchestre déploie toute sa puissance, dans un quatrième mouvement très dense et très lyrique.
Le succès sera au rendez vous de ce concert symphonique dédié à la musique russe. Un succès à l’image de celui du festival qui a accueilli 871 artistes et 75000 spectateurs, un chiffre en progression de 14% par rapport à 2025. Rendez vous est pris pour l’année prochaine entre le 4 et le 17 juillet avec un thème alléchant « Monstres et merveilles ».
Visuel © : Alyssa Leroy. Festival Radio France Occitanie Montpellier