La DJ Barbara Butch, notamment très remarquées lors des Jeux olympiques de Paris 2024, est aujourd’hui au centre d’une polémique. Victime d’injures antisémites, sexistes, grossophobes et lesbophobes après sa performance aux JO, l’artiste, récemment nommée à la direction artistique de la Nuit Blanche 2026, fait aujourd’hui face à une nouvelle vague d’attaques, essentiellement antisémites.
Icône des nuits queer parisiennes et militante autoproclamée de l’amour et de nombreuses causes es valeurs de diversité et d’ouverture, Barbara Butch s’est retrouvée au cœur d’un déferlement de haine après les Jeux olympiques. Malgré cette campagne mondiale de cyberharcèlement, elle a continué à défendre ses valeurs : faire danser les gens et répondre à la violence par l’inclusion. On l’a connait notamment pour son show lors des JO mais aussi pour sa participation au Spring Party à l’Opéra de Montpellier, aux défilés de mode, aux scènes de la danse contemporaine et bien sur à We Are French Touch…
Après une période loin des médias, elle a été nominée directrice artistique de la Nuit Blanche 2026, ce qui a suscité la polémique.
Tout a commencé à sa signature, à la fin du mois de mars, d’une tribune publiée dans Le Point en faveur de la loi Yadan « visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme » qui a déclenché une nouvelle cyber-offensive. Très contesté par certains partis, ce texte a suscité l’opposition d’une partie de la gauche et des militants pro-palestiniens, qui l’accusent de pouvoir criminaliser certaines formes de soutien à la cause palestinienne.
La polémique a pris une nouvelle ampleur à Grenoble. Le 12 mai, la section locale de La France insoumise a publié sur Instagram un appel à la déprogrammation de Barbara Butch du festival Le Cabaret frappé, où elle doit se produire en juillet. Dans son message, le mouvement l’accuse de soutenir Israël ainsi qu’une loi qui, selon ses opposants, « criminaliserait le soutien au peuple palestinien ».
La campagne a été relayée sur les réseaux sociaux avec un visuel particulièrement polémique : on y voit Barbara Butch derrière ses platines, devant un drapeau LGBT+ associé à une étoile de David et à des traces de sang. À partir de là, plusieurs influenceurs LGBT+ ont dénoncé ce qu’ils considéraient comme un soutien à une loi liberticide. Mais selon Barbara Butch et ses proches, le débat politique a rapidement laissé place à une campagne de harcèlement. Sous ses publications, les attaques se sont multipliées. Un DJ concurrent est même allé jusqu’à inviter ses 145 000 abonnés à se « renseigner sur les fréquentations de sa mère ». Les insultes ont alors afflué, accompagnées de nombreuses menaces. Face à cette situation, Barbara Butch a choisi de répondre publiquement dans une vidéo publiée sur Instagram :
« J’ai signé une tribune pour dénoncer l’antisémitisme en France, que je subis au quotidien et depuis mon enfance, qui a été encore plus fort après les JO. Il y a des choses à redire sur cette loi, mais moi je ne suis pas juriste ou politologue. Mon métier, c’est de faire danser les gens. » – Barbara Butch
L’artiste est depuis accusée de fausse naïveté, de duplicité, voire de complicité avec le gouvernement israélien. Pourtant, elle déclare avoir simplement signé un texte qui promettait de lutter contre les violences antisémites dont elle est elle-même victime.
De son côté, la mairie de Grenoble renvoie à l’indépendance de l’association Retour de Scène, chargée de la programmation du festival. Elle rappelle être garante « de la liberté de création, de la liberté d’expression et de l’autonomie des programmateurs culturels », et ajoute : « Nous refusons toute confusion entre débat politique et censure préalable : une collectivité publique ne peut conditionner l’accès à la culture à la conformité idéologique des artistes accueillis. Cela ne signifie évidemment pas adhésion à l’ensemble des opinions personnelles des artistes programmés. La liberté artistique suppose précisément de préserver un espace de diversité, de pluralisme et de débat ».
Le militant de gauche et formateur à la lutte contre l’antisémitisme Jonas Pardo, quant à lui, prend également la parole et dénonce, ce mardi 19 mai, les attaques des insoumis : « Il se trouve que BDS “rejette par principe les boycotts des personnes basés sur leur identité (comme leur citoyenneté, race, sexe ou religion) ou leur opinion”. Il préconise uniquement le boycott des spectacles commandités par l’Etat ou les institutions israéliennes. » Le militant prend à nouveau la défense de Barbara Butch : « Comment Barbara Butch pourrait-elle être à la fois soutien du gouvernement d’extrême droite israélien, dont les membres ont multiplié les sorties homophobes, et animatrice de la Pride à Tel-Aviv ? ».
Barbara Butch, elle, refuse à nouveau de se laisser atteindre. « On est tellement entourés de colère, de haine de l’autre, que pour moi l’amour est synonyme d’espoir. », répond-t-elle.
Visuel : Leslie Barbara Butch, Wikimedia Commons