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Aux Folies Bergère, Sasha Colby’s Dolls Folies écrit une soirée pour l’histoire trans

par Melodie Braka
28.06.2026
Cult.news © paulineprivez_DOLLSFOLIES

Au cœur du mois des Fiertés, les Folies Bergère ont accueilli Sasha Colby’s Dolls Folies, une soirée de gala imaginée par Allanah Starr autour de Sasha Colby et de la communauté trans. Les bénéfices étaient annoncés au profit de La Maison d’Allanah, Stop Homophobie et Chems Pause. Plus qu’un spectacle, l’événement a réuni artistes, associations, institutions et public autour d’une même histoire : celle d’une communauté qui transmet sa mémoire, célèbre ses figures et poursuit, bien après le tomber de rideau, un travail de solidarité mené toute l’année. Reportage.

Sur l’affiche : Sasha Colby, Amanda Lepore, Gigi Goode, Moon, La Briochee, Mona LaDoll, Lou Trotignon, Allanah Starr et plusieurs artistes venues faire scène commune, le temps d’une soirée, pour célébrer, transmettre et soutenir.

Les icônes au plus près du public

Les détenteurs d’un billet spécifique sont d’abord invités à rencontrer les artistes. Ce format, très répandu aux États-Unis sous le nom de « meet and greet », permet quelques minutes d’échange, une photographie souvenir, parfois une dédicace. Aux Folies Bergère, il ouvre la soirée dans le décor monumental du hall.

Derrière les barrières, les premiers invités patientent en robes brillantes, maquillages travaillés, talons, strass et costumes choisis pour l’occasion. On entend parler français, anglais, espagnol, italien.

Lou regarde Amanda Lepore avec émotion. « Amanda, c’est une de mes icônes. C’est une personne qui a modelé la manière dont la culture voit les femmes trans, non plus comme forcément des objets de fétichisation, mais aussi comme des œuvres d’art vivantes. »

À côté, Noé parle d’un moment presque irréel. « C’est vraiment des icônes trans. On a vu des exemples de ce qu’on pouvait être, de comment on pouvait se comporter dans le monde. Là, ça fait vraiment très étrange d’être juste là, en mode : elles existent vraiment. »

Lou & noe au meet & greet ©hugoo_photoo

Marc, habitué des shows drag et bénévole associatif, voit aussi la portée politique de la soirée. Pour lui, dans un contexte où les droits des personnes trans sont de nouveau attaqués, « l’action communautaire et surtout l’action collective est le meilleur moyen de se défendre ». Lou résume le message autrement : « Malgré les vagues d’oppression, malgré les tentatives de suppression de notre identité, il y a quand même une existence qui ne sera jamais supprimée. On est là, on l’a toujours été et on le restera dans le futur. »

À quinze ans, trouver sa place

Quelques étages plus haut, une table d’anniversaire attend les convives.

Le gâteau est déjà entamé. Les cotillons sont encore là. Des verres vides, des feutres, des casques audio posés à disposition. On s’assoit. On écoute.

« Si j’avais pu choisir, j’aurais choisi d’être une fille… En tout cas, ça aurait été plus simple j’imagine, parce que là, tout le monde me traite de pédé, dit que je suis efféminé. Mes pensées seraient pas en train de faire des tours de terrain non-stop dans ma tête. »

Le premier temps fort prend la forme de Quart d’heure américain, fiction sonore immersive écrite et interprétée par Aurélia Gschwind, en collaboration avec Ariane Raynaud et Alexis Pivot. Lila, quinze ans, voudrait être Kurt Cobain ou Courtney Love, ou les deux. Elle voudrait être « normale », « un peu moins bancale », comprendre les autres, danser avec Théo B., éviter les vestiaires, les douches communes, les humiliations ordinaires.

Autour de la table, une femme s’installe avec ses enfants. Elle a revêtu une robe élégante, un maquillage soigné, une manucure nail art aux couleurs de l’arc-en-ciel. Les enfants n’ont pas dix ans. Ils écoutent avec elle cette histoire d’adolescence, de honte, de désir, de peur et de projection vers un avenir possible.


Nous ne savons pas ce qu’ils comprennent exactement. Nous voyons seulement la scène : une mère, ses enfants, une table d’anniversaire fictive, dans les étages des Folies Bergère, avant un gala porté par des artistes trans.

Cette scène interpelle. La transmission se joue aussi autour de cette table d’anniversaire, dans l’écoute partagée entre une mère et ses enfants, devant le récit d’une adolescente qui cherche simplement sa place.

Le Carrousel remonte sur scène

Les photographies d’archives du Carrousel de Paris nous parlent d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

bambi ©Pauline Privez
Le Carrousel ouvre en 1947, au 40 rue du Colisée. Dans les années 1950 et 1960, des artistes comme Bambi et Fétiche y travaillent, après être souvent passées par Madame Arthur. Hors scène, leur existence reste prise dans une France qui ne leur laisse presque aucune place administrative. Le changement d’état civil pour les personnes trans ne sera reconnu par la Cour de cassation qu’en 1992, après une condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme. Bambi, elle, racontera avoir obtenu le changement de son état civil en 1968, après des années de démarches.

Depuis la fin du XIXe siècle, les revues ont façonné la légende des Folies Bergère, portées notamment par Mistinguett et Joséphine Baker. Ce soir, Bambi, Fétiche et Galia Salimo y entrent à leur tour.

Allanah Starr fait le lien à voix haute.

« Ce soir, on rend hommage au Carrousel. »

fetiche ©Pauline Privez
Oui, elles sont là, les stars du Carrousel. Pour la première fois réunies sur la scène des Folies Bergère. Bambi, Fétiche et Galia Salimo se tiennent debout, fières, sous les hurlements et les applaudissements du public.

Pour beaucoup de personnes dans la salle, leur présence dit ce que les livres, les archives et les hommages peinent parfois à restituer : une histoire n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle peut encore monter sur scène, recevoir une ovation et regarder le public en face.

La standing ovation se prolonge. Ce que le Carrousel avait rendu possible dans un autre Paris, les Folies Bergère l’accueillent ce soir dans une lumière nouvelle.

Sasha Colby apparaît à son tour. Gagnante de la saison 15 de RuPaul’s Drag Race, icône trans et figure internationale de la scène drag, elle se produit pour la première fois en France. Dès son entrée, les cris partent des balcons, remontent de l’orchestre et couvrent presque la musique.

Sasha Colby ©Pauline Privez

Des maisons, des lits, des vies à protéger

Les applaudissements s’interrompent. Les prises de parole commencent.

Terrence Khatchadourian, secrétaire général de Stop Homophobie, rappelle le besoin d’hébergements d’urgence pour accueillir les victimes. Sur scène, il est question de patrimoine vacant, de logements qui pourraient être remis en usage, de solutions concrètes à inventer pour des personnes qui n’ont parfois plus d’endroit où aller. Antoine Allaire, de l’équipe VPS, résume l’idée en quelques mots : donner du sens à la vacance.

Allanah Starr évoque les personnes sénégalaises aujourd’hui menacées dans leur pays et la nécessité de leur trouver des solutions.

Allanah Starr ©Pauline Privez
Puis Laurent Vinauger prend la parole au nom du ministère de la Culture. Il remercie Allanah d’avoir rendu ce moment possible avant de replacer la soirée dans son contexte : « Après la multiplication des agressions homophobes en France ces derniers mois, ce que vous faites ce soir est encore plus important. »

Ian Brossat, sénateur de Paris, poursuit : « On voit bien le monde dans lequel on est. C’est parfois un monde inquiétant, un monde dans lequel vos droits sont remis en cause. » Il rappelle le rôle de Paris : rester une ville où l’on peut aimer sans être inquiété et accueillir celles et ceux qui n’ont pas cette chance dans leur pays d’origine.

Sur la scène des Folies Bergère se côtoient artistes, bénévoles, associations, partenaires privés, représentants de l’État et de la Ville. Personne ne prétend que tout est réglé. Les mots restent simples, parfois graves, mais ils parlent de maisons, de lits, d’accueils, de démarches et de personnes à protéger.

Plus tard, la salle se tait.

Aëla Chanel monte sur scène pour témoigner. Elle évoque le chemsex, les drogues, les corps abîmés et les morts qui restent dans la mémoire de celles et ceux qui survivent. Sans jamais chercher l’effet, elle déroule un texte d’une sobriété désarmante.

« Et toi, tu t’appelais Brian. Je ne te connaissais pas depuis longtemps, mais ton nom s’est inscrit dans ma tête pour l’éternité. Je me revois lire l’annonce de ta mort. Je m’appelle Aëla Je suis ici pour témoigner. Je suis une survivante. Je m’appelle Aëla et je refuse le silence. »

Les dolls reprennent la scène

Quand la musique reprend, elle ne sonne plus tout à fait de la même manière.
Sasha Colby impose des numéros d’une précision chirurgicale. Elle passe de l’émotion à l’héritage culturel, puis à la danse, avec une exigence et un soin du détail dignes des plus grandes productions américaines.

Amanda Lepore ©Pauline Privez
Amanda Lepore apparaît dans une robe entièrement strassée aux couleurs du soleil. L’hystérie reprend immédiatement. Moon et La Briochee lui succèdent sous une ovation comparable. Avec Drag Race France, toutes deux ont porté la représentation trans sur le service public.

MOON ©Pauline Privez
La Briochee prolonge l’hommage aux pionnières avec Chercher la femme, chanson emblématique de Coccinelle créée en 1963.

La Briochee ©Pauline Privez
Sam Buttery électrise les Folies Bergère avec Rain on My Parade, avant de terminer seins nus sous les applaudissements. India Brooks fait résonner I Will Survive dans une longue jupe aux couleurs des drapeaux arc-en-ciel et trans. Lou Trotignon n’a besoin que d’une vanne pour emporter la salle : « Si les femmes trans sont des dolls, les hommes trans sont des Polly Pockets. »

Lou Trotignon ©Pauline Privez
Giselle Palmer offre une leçon de voguing et Mona LaDoll surgit dans son immense verre de Martini, entre plumes, ballet aquatique et glamour assumé, comme un clin d’œil au grand burlesque revisité.

Giselle Palmer ©Pauline Privez
Ce show est une création de Savary & Zaffuto, les petites fées de la galaxie cabaret, qui agissent dans l’ombre depuis des dizaines d’années avec talent et font oublier la complexité de l’entreprise.

mona ladoll ©Pauline Privez
Cette fluidité doit aussi beaucoup au travail de Mimi. La chorégraphe fait virevolter danseuses et danseurs d’un tableau à l’autre et donne à l’ensemble les allures d’un show à l’américaine, malgré un budget limité et un plateau porté presque exclusivement par le bénévolat.

Tout au long du gala, Allanah Starr rappelle que les artistes présentes sont venues bénévolement. « Yes, we are poor », lance-t-elle en riant. La salle rit avec elle, avant d’applaudir les bénévoles appelés un à un sur scène. Pendant quelques minutes, les projecteurs éclairent celles et ceux qui, le reste de l’année, accueillent, orientent, relogent et accompagnent les personnes les plus vulnérables.

Le lendemain matin, la Maison d’Allanah répond aux messages, accueille, oriente, rassure, cherche des chambres, appelle des partenaires, soutient des personnes menacées ou isolées.

Le rideau est tombé. Pas le travail de la Maison d’Allanah.

Informations pratiques

Sasha Colby’s Dolls Folies a été présenté le 12 juin 2026 aux Folies Bergère, 32 rue Richer, 75009 Paris.

Crédit photos : Pauline Privez.

Sauf Meet & Greet©Hugoo_Photoo & Quart d’Heure Américain ©Mélodie Braka

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Sasha Colby ;
Amanda Lepore ;
Gigi Goode ;
Moon ;
La Briochée ;
Mona LaDoll ;
Lou Trotignon ;
Allanah Starr.

Aëla Chanel ;
Sam Buttery ;
India Brooks ;
Giselle Palmer ;
Galia Salimo.

Bambi, Marie-Pierre Pruvot ;
Fétiche, Marie-Pierre Vancallement.

Suivre l’équipe artistique et la production

Savary & Zaffuto ;
Manon Savary ;
Marc Zaffuto ;
Mimi.

La Neuvième Production ;
Big Drama.

Aurélia Gschwind ;
Ariane Raynaud ;
Alexis Pivot.