Avec une perte de 354 000 euros de subventions, le Tangram, à Évreux, voit son avenir fragilisé. Des décisions budgétaires et politiques qui font de la culture, à nouveau, la première sacrifiée.
Créé en 2016, le Tangram, en Normandie, est à la fois théâtre, palais des congrès et salle de concert. Une structure unique en son genre qui réunit la Scène nationale d’Évreux, le Kubb, une salle dédiée aux musiques actuelles, et le palais des congrès Le Cadran. Dirigé depuis 2019 par Valérie Baran qui ne verra pas son mandat renouvelé, Le Tangram s’appuie sur une équipe de 33 personnes.
Au total, le Tangram accueille 330 événements par an et 70 000 spectateurs, un nombre considérable pour une ville qui ne compte que 50 000 habitants. La programmation nous fait passer du théâtre à la danse, en passant par la musique, les marionnettes, le cirque, avec des propositions jeune public, mais aussi des créations régionales ou internationales. Le Tangram est un lieu haut en culture et création. Et son rayonnement est aujourd’hui fragilisé par les restrictions budgétaires.
La saison 2026-2027 était un parfait exemple de ce que la culture a de si riche à présenter si elle est subventionnée dans une juste mesure. La programmation promettait de faire de la scène un « lieu de rêve » autant qu’un lieu où on « regarde le réel en face » : 44 spectacles, 88 représentations ainsi qu’un important travail d’action culturelle. Le Tangram œuvre au quotidien pour apporter la culture dans le département de l’Eure : avec 850 heures de médiation, 140 structures partenaires (écoles, collèges, lycées, associations) et des milliers d’enfants accompagnés. Et les subventions sont essentielles, d’autant plus que 20% du public qui vient de là vient de milieux précaires. S’adresser à un public large et veiller à ce que la culture arrive jusque dans les zones rurales demande un soutien considérable des services publics, et leur désengagement est une menace pour un lieu de forte cohésion sociale.
Et les conséquences dépassent le secteur culturel. Environ 150 intermittents du spectacle et vacataires seraient concernés par ces restrictions, et les commerces, les hôtels et les restaurants subiront les effets d’une activité culturelle réduite.
L’espoir n’est pas perdu, puisque des démarches ont été engagées auprès de la ministre de la Culture, Catherine Pégard, et des élus locaux. Le Tangram pourrait trouver nouvelle justice lors du prochain fixé au 4 décembre. En attendant, un rassemblement de soutien est prévu le 19 novembre pour « défendre l’avenir du Tangram et l’offre culturelle du territoire ». Les mobilisations rappellent également que le maintien d’une offre culturelle aussi ambitieuse repose sur des choix collectifs. La culture doit aujourd’hui être défendue et soutenue, à plusieurs. ». Car l’accès à la culture est un droit et un levier d’émancipation plus que nécessaire.
Visuel : © Tangram