Le lundi 19 octobre 2026, des étudiant.e.s de l’Ecole du Louvre ont bloqué les accès au musée parisien pour soutenir le mouvement lycéen et dénoncer la répression policière. En élargissant leurs revendications aux conditions de travail dans le secteur culturel et à la défense des services publics, ils ont choisi un lieu hautement symbolique pour se faire entendre.
À 9 heures, le Louvre est vide. Une cinquantaine d’étudiant.e.s de l’École du Louvre bloquent les accès au musée, qui ne peut ouvrir comme prévu.
Les touristes, qui ont découvert la situation à leur arrivée, attendent la réouverture. Pendant ce temps, les étudiant.e.s leur distribuent des tracts en français et en anglais, sur lesquels on peut lire : « Nous sommes fiers de vous annoncer que nous bloquons le plus grand musée du monde ». Ils y expliquent le sens de leur combat : soutenir le mouvement lycéen, dénoncer la « répression policière » et alerter sur les services publics délaissés.
La direction du musée précise que l’action n’est pas directement liée à l’institution, mais que celle-ci est utilisée comme une « chambre d’écho ».
Le choix du Louvre est stratégique. En bloquant l’un des lieux culturels les plus emblématiques du pays, les étudiant.e.s donnent une visibilité particulière à leur mobilisation, portée par un groupe relativement restreint. Le blocage intervient également un an jour pour jour après le cambriolage du musée, survenu le 19 octobre 2025.
Dans un contexte marqué par la contestation lycéenne, engagée depuis près d’un mois, et par une journée de mobilisation contre la vie chère le 17 octobre, les étudiant.e.s inscrivent leur action dans une lutte plus large. Sans faire directement référence à ces événements, ils revendiquent « le droit d’étudier, de travailler, de vivre librement dans de bonnes conditions ».
Leurs revendications dépassent ainsi le seul soutien aux lycéen.ne.s. Elles s’étendent à la défense des services publics, aux moyens accordés à l’éducation et à la culture, ainsi qu’aux conditions de travail des professionnel.le.s du secteur culturel, notamment celles du personnel du Louvre, qui avait déjà connu un mouvement de grève entre décembre 2025 et février 2026.
Jonas, étudiant mobilisé de l’École du Louvre, explique vouloir bloquer « l’accès à un lieu de culture pour qu’on continue à avoir accès à la culture à l’avenir ». « On bloque parce que c’est le seul moyen de se faire entendre », résume Baya, une autre étudiante.
Sur les grilles du musée, un carton porte l’inscription « Culture en lutte ». Les étudiant.e.s tentent d’expliquer que le blocage n’est pas une action contre la culture, mais un moyen de défendre ses conditions d’existence et d’accès.
Deux lycéennes mobilisées, Clara et Lou, dénoncent également une réponse insuffisante de la direction du musée. Si leur action visait initialement à soutenir les lycéen.ne.s, expliquent-elles, leurs revendications se sont désormais étendues aux travailleur.euse.s de la culture. Elles affirment qu’elles auraient préféré assister à leur cours de Grèce antique ce lundi matin, mais s’interrogent sur l’utilité de leurs études si elles n’ont « aucun avenir d’assuré ».
Toujours dans l’attente de la réouverture, les réactions des visiteur.euse.s oscillent entre incompréhension et soutien.
« On trouve ça désolant », déclare Sébastien, venu de Suisse avec ses enfants, qui avait planifié sa visite depuis plus d’un mois. S’il reconnaît une part de vérité dans les revendications étudiantes, il estime qu’un lieu culturel n’est pas l’endroit idéal pour mener une action de blocage. Son épouse, elle, juge l’initiative « contre-productive » et se réjouit de repartir en Suisse le lendemain.
La fermeture a également des conséquences financières. Monique, venue des États-Unis, s’inquiète de ne pas être remboursée pour le guide qu’elle avait déjà payé. Le Louvre annonce, de son côté, que les visiteurs.euse. ayant réservé sur sa propre billetterie seront automatiquement remboursé.e.s.
D’autres touristes prennent toutefois le parti des manifestant.e.s. « Ce qu’ils défendent est beaucoup plus important que notre petite visite, donc nous les supportons », affirment Sammi et Jessica, deux amies originaires de Californie et de Philadelphie. Patricia et son fils, venus d’Australie, saluent quant à eux le calme des protestataires, qui « ne détruisent pas les magasins et les voitures ».
Face à ces différentes réactions, Clara et Lou rappellent que l’ouverture du musée repose aussi sur le travail de celles et ceux qui le font fonctionner au quotidien. « Si aujourd’hui, il est possible pour ces touristes de visiter un musée comme le Louvre, c’est grâce aux petites mains. Donc on comprend leur frustration, mais la cause dépasse leur simple plaisir », expliquent-elles.
Même si le blocage permet aux étudiant.e.s de donner une visibilité à leurs revendications, il ne s’est pas déroulé pas sans tensions. Plusieurs vidéos circulent sur les réseaux sociaux, dont l’une montre des touristes espagnols insulter les manifestant.e.s en criant « Hijo de puta ».
Alors que le Louvre aurait pu rouvrir ses portes en début d’après-midi, il restera finalement fermé toute la journée. « Les touristes ont mis trop de pression sur les manifestants, en les insultant », expliquent Clara et Lou.
Les deux lycéennes réaffirment leur volonté de défendre les travailleur.euse.s de la culture. Pour les étudiant.e.s mobilisé.e.s, l’enjeu dépasse désormais le seul soutien au mouvement lycéen : il s’agit aussi de défendre les conditions d’accès à la culture et celles et ceux qui la font vivre.
Visuel : © Musée du Louvre