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L’avocat pénaliste Emmanuel Pierrat sur le banc des accusés

par Léa Raymond
27.05.2026

Habitué des dossiers médiatisés et avocat de personnalités du monde de la culture dont Gabriel Matzneff, le pénaliste Emmanuel Pierrat sera jugé jeudi 21 mai par le tribunal correctionnel de Paris. Il est poursuivi pour pour harcèlement moral sur une quinzaine de ses collaborateurs. 

L’avocat spécialisé en propriété intellectuelle, Emmanuel Pierrat, comparaît du 21 au 29 mai pour harcèlement moral à l’encontre de 16 anciens collaborateurs lors de cinq audiences. L’affaire n’est pas nouvelle et avait été révélée par le journal Libération après une longue enquête en 2021. Son ex-associée Sophie Viaris de Lesegno est également poursuivie mais pour complicité.

 

Figure du barreau de Paris, romancier et essayiste, Emmanuel Pierrat a défendu de nombreuses personnalités du monde culturel dont les écrivains Michel Houellebecq, Édouard Louis, Gabriel Matzneff, accusé de pédocriminalité, le plasticien Claude Lévêque, soupçonné de viols sur mineurs, ou encore le journaliste Jean-Pierre Thibaudat.

 

Un renversement des rôles

 

L’avocat a d’abord contesté ces accusations de harcèlement moral lorsqu’il a été sanctionné d’un an de suspension en 2023 pour les mêmes raisons, ce qui avait mené à la liquidation judiciaire de son cabinet. L’instance disciplinaire avait  regretté « l’absence préoccupante de prise de conscience de la situation par Emmanuel Pierrat ». 

 

Lors de ce nouveau procès, il aurait montré une certaine prise de conscience. «Je reconnais la globalité des faits qui me sont reprochés. Je ne les contesterai pas. Mon associée, Sophie Viaris de Lesegno n’a rien à faire ici. Elle n’a pas commis de harcèlement moral. C’est moi qui étais le gérant.» L’avocat de 57 ans a alors utilisé sa rhétorique, acquise par son métier, pour convaincre son auditoire dès le premier jour de son procès, le 21 mai 2026. 

 

Selon lui, c’est un drame familial, datant environ de 2010, qui l’a mené à harceler moralement ses anciens collaborateurs. « J’ai un peu perdu mes moyens à ce moment-là, j’ai essayé de donner le change auprès de mes équipes » mais de manière « maladroite et inappropriée, je suis devenu très dur au cabinet, sans doute violent », explique-t-il à la présidente du tribunal correctionnel, Nathalie Gavarino à l’ouverture de son procès. 

 

Le célèbre conseil en droit d’auteur a joué le jeu de la séduction à l’égard de la juge : « J’ai une minerve madame la présidente, mais je l’ai enlevé par respect pour votre tribunal ». Néanmoins, d’après Libération, habitué du barreau mais dans une autre position, il aurait perdu de son calme pour finalement se dédouaner de toute responsabilité.

 

Des témoignages accablants

 

Lors de l’enquête préliminaire du parquet, 38 anciens salariés avaient décrit « un climat de peur », des portes claquées, des hurlements, des objets jetés, des humiliations publiques ou encore des licenciements abusifs.

 

“ Parmi les insultes, il y avait un peu tout et n’importe quoi, petit connard, la grosse, et toutes sortes de périphrases. Il était assez inventif dans sa façon de nous humilier. » – une ancienne collaboratrice anonyme de l’avocat

 

Nino Arnaud, l’un des jeunes avocats qui a pris la parole, raconte : « Il fallait mettre un terme à ces agissements, à un système qui a perduré pendant des années et qui concerne des dizaines de personnes. Il n’y a pas de raison de tolérer ce type de comportement, ce n’est pas un prérequis pour être avocat ou pour exercer dans des cabinets. ». Une autre de ses victimes, partie civile lors du procès, a déclaré que pour lui « chaque façon d’interagir illustrait une volonté d’humilier”.

 

Visuel : © Gallimard