La reine du jazz Cassandra Wilson, couronnée par la distinction « Jazz Master » du National Endowment for the Arts en 2002, « meilleure chanteuse d’Amérique » d’après le Time, est décédée à 70 ans dans sa ville natale de Jackson dans le Mississipi. Elle avait remporté deux Grammy Awards du meilleur album de jazz vocal, pour New Moon Daughter en 1997 et Loverly en 2009. Le monde du jazz perd l’une des principales chanteuses de sa génération, à la voix grave de contralto, qui avait exploré une multitude de répertoires et de genres.
Née en 1955 à Jackson dans le Mississipi, Cassandra Wilson grandit dans une maison aux accents de jazz et de blues, ses parents étant fans de Tamla Motown. Elle apprend le piano et le chant et se forme à la clarinette et la guitare en autodidacte. Alors qu’elle étudie la communication, elle commence parallèlement à se produire dans les clubs de sa ville natale. En 1981, elle s’installe à La Nouvelle-Orléans avant de poursuivre son chemin vers New York. Là-bas, elle découvre la scène de jazz et le collectif M-Base, à la recherche de nouvelles formes. Cassandra Wilson en devient l’un des membres fondateurs, y travaille avec Steve Coleman et participe à son album Motherland Pulse, sorti en 1985. Un an plus tard, elle rejoint New Air, le groupe du saxophoniste Henry Threadgill. La même année sort son premier album comme leader sur le label, Point of View. Suivent ensuite d’autres productions comme Days Aweigh en 1987, Jumpworld en 1990 et She Who Weeps en 1991. Au début des années 90, elle signe chez Blue Note et commence à travailler avec le producteur Craig Street et sort une série d’albums qui changent la scène des vocalistes du jazz. Blue Light ‘Til Dawn sort en 1993 où elle explore sa création. C’est l’album New Moon Daughter qui lui vaut son premier Grammy. L’artiste américaine alterne ensuite entre reprises et titres originaux, avec notamment Loverly et Silver Pony.
Cassandra Wilson se distingue par son timbre de contralto, grave, elle qui ne chantait pas « fort ». Elle aimait à privilégier un travail sur le rythme et les silences et cherchait à se débarrasser de ce qu’elle nommait les « frou-frou » : Cassandra Wilson préférait entrer dans le texte pour provoquer des émotions justes. Son phrasé était surprenant, essentiel à son style. Elle se considérait comme une musicienne à la recherche de sa propre voix. La chanteuse a passé sa vie à créer, chaque jour, pour libérer sa voix qu’elle a longtemps trouvée être « cachée ». Selon elle, les meilleures chansons venaient de « l’intérieur ». Une artiste généreuse qui offrait à entendre ce qui résultait, d’après ses mots, d’un travail impliquant beaucoup de d’implication, de réflexion et d’amour.
La vocaliste de jazz a transformé le genre et a su adapter les reprises à son propre univers. C’est le cas de Traveling Miles, consacré à la musique de Miles Davis ou encore Coming Forth by Day à l’occasion du centenaire de Billie Holiday en 2015, où elle se produit sur la scène de l’Apollo Theater. Le répertoire de Cassandra Wilson s’étend du jazz à la soul, mêle RnB, country et pop. Pour elle, le blues constituait le point de rencontre de la richesse de la musique américaine. « Everything is connected with the blues », déclare-t-elle. Cette conception en fait une des plus grandes figures du jazz de sa génération, provocant par l’exploration entre les genres et sa voix au timbre unique des moments suspendus et uniques d’improvisation.
Visuel : © Blue Note Records