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Jean-Paul Rappeneau, le cinéma français à toute allure

par Louna Bonnin
02.09.2026
Jean-Paul Rappeneau

Le réalisateur de Cyrano de Bergerac est mort mardi 1er septembre à Paris, à l’âge de 94 ans. En près de cinquante ans de carrière, Jean-Paul Rappeneau n’a réalisé que huit longs-métrages, mais plusieurs sont devenus des classiques du cinéma français. De la Vie de château à Cyrano, il aura amené un cinéma populaire mais surtout terriblement rythmé.

Le cinéaste qui faisait courir ses personnages

 

Jean-Paul Rappeneau c’est avant tout un cinéma qui ne tient pas en place. Les personnages courent, galopent, tombent amoureux, changent de direction. Les dialogues sont rapides, les intrigues s’emballent et les décors sont spectaculaire. Pour lui, le rythme ne se résume pas au montage, il doit être au cœur de sa mise en scène.

 

Cyrano a été un réel défi que le réalisateur a su relever, celui de donner vie aux alexandrins. Les personnages sont constamment en mouvement et la caméra suit leurs déplacements. L’œuvre qui aurait pu être du théâtre filmé est devenue une véritable expérience cinématographique.

 

C’est en effet son rythme et son amour du mouvement que le cinéaste laisse en héritage. Avec leurs histoires d’amour, leurs poursuites et leurs duels, les personnages furent toujours entraînés dans des aventures « cavalcadantes », terme forgé par Rappeneau lui-même.

 

 

Avant Depardieu, les grandes stars

 

Avant la célébrité de Cyrano, Jean-Paul Rappeneau avait déjà construit une carrière autour des grandes figures du cinéma français.

 

Dans les années 1950, il commence en tant qu’assistant réalisateur et scénariste auprès de Louis Malle et Philippe de Broca. Une partie de l’écriture des films Zazie dans le métro et L’Homme de Rio lui est également due.

 

Il passe ensuite derrière la caméra avec Catherine Deneuve et Philippe Noiret dans La Vie de château en 1966. Mais on le retrouve aussi dans Les Mariés de l’an II avec Jean-Paul Belmondo et Marlène Jobert et dans Tout feu, tout flamme avec Yves Montand et Isabelle Adjani.

 

Il s’est alors construit une filmographie très populaire, en travaillant avec les grandes stars de son époque, sans tomber dans le cinéma industriel en ne réalisant que très peu de films.

 

 

Le triomphe de Cyrano

 

En 1990, la pièce mythique d’Edmond Rostand est adaptée avec Gérard Depardieu en rôle principal. Ce sera ce film qui deviendra l’immense succès du réalisateur.

 

En 1991, Cyrano de Berger remporte dix Césars dont deux pour les prix du meilleur film et du meilleur réalisateur. Le film obtiendra également cinq nominations aux Oscars.

 

Le classique du cinéma français aura fait 4,7 millions d’entrées en France et plus de 10 millions dans le monde. Pour un budget d’environ 100 millions de francs, il était le film français le plus cher de l’époque.

 

Rappeneau a effectué une prouesse, celle de transformer une pièce de théâtre du XIXe siècle en un grand spectacle rythmé, sans laisser de côté les alexandrins de Rostand. Avec Cyrano, il n’a pas simplement adapté Edmond Rostand, il a transformé un monument du patrimoine littéraire en véritable œuvre cinématographique populaire.

 

 

Huit films en près de cinquante ans

 

« Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c’est plutôt un film tous les cinq ou six ans » déclarait le réalisateur en 2015. En effet, en près de cinquante ans, Rappeneau n’a réalisé que huit longs-métrages. Et ce n’était pas accidentel, il revendiquait explicitement sa lenteur.

 

Le paradoxe entre son cinéma de vitesse et le cinéaste de lenteur qu’il incarne témoigne de son perfectionnisme. Le mouvement de ses films est le résultat d’un travail extrêmement lent. Ses longs-métrages étaient écrits, repris et préparés longuement afin de donner l’impression d’une grande légèreté, alors que cette dernière avait pris des années.

 

 

Le dernier film et les derniers mots

 

Après Bon voyage en 2003, Rappeneau fait patienter douze ans avant de revenir en 2015 avec Belles Familles, son dernier long-métrage. Il regroupera notamment Mathieu Amalric, Marine Vacth, Gilles Lellouche et Nicole Garcia.

 

Dix ans plus tard, en 2025, il prend le rôle d’écrivain et publie Vive Allure, un livre de souvenirs dans lequel il revient sur toute sa carrière. Un titre qui pourrait résumer son cinéma, à vive allure, alors que la réalisation de ses films pouvait prendre plusieurs années.

 

Jean-Paul Rappeneau aura donc passé près d’un demi-siècle à faire courir ses personnages. Lui aura pris son temps. Avec huit films seulement, il aura créé des scènes qui, elles, n’ont jamais cessé d’aller vite. Peut-être que là-haut, il  finira son adaptation de Belle du Seigneur d’Albert Cohen abandonnée après six mois d’essai en 1991.

Visuel : ©Wikipédia