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Jessie Yang et Jonathan Dor : un film en quarante-huit heures, et un empire en construction

par David Hanau
03.05.2026

D’un côté, Jessie Yang pilote l’écosystème mondial des créateurs chez Minimax, le modèle vidéo multimodal chinois qui concurrence Sora et Veo. De l’autre, Jonathan Dor dirige Dor Brothers depuis le Portugal, un studio IA de vingt-cinq personnes qui a réalisé son film présenté à Cannes en quarante-huit heures. Deux visions complémentaires d’une même industrie en train de s’inventer.

Minimax, dont le modèle vidéo Hailuo est utilisé par des créateurs dans le monde entier, se définit comme une entreprise multimodale : vidéo, musique, voix… Jessie Yang, arrivée fin 2024, est en charge de construire la relation avec les créateurs professionnels. En face, Jonathan Dor a fondé Dor Brothers en 2023, après un parcours de musicien métal reconverti en réalisateur de clips, puis de publicités, puis de contenus viraux. Il vise maintenant le long-métrage.

Jessie, comment Minimax se différencie-t-il dans un marché aussi saturé, face à Google ou OpenAI ?

JY : Notre objectif est différent. Google a peut-être dix mille employés sur Veo. Nous, on est quelques centaines, des développeurs au marketing, mais on est spécialisés. Minimax est une entreprise multimodale : vidéo, musique, voix. La multimodalité sera le futur de l’IA. Et ce qui compte, c’est la connexion entre les modèles et l’instinct humain. On veut trouver le meilleur pont entre les deux.

Il y a une fascination à la première utilisation : les images sont spectaculaires. Mais comment vous aidez les professionnels à franchir le fossé vers un usage réel en production ?

JY : On a une communauté de créateurs en ligne, les gens les plus intéressants de l’industrie. On leur parle directement, on les soutient, on lance des programmes de récompenses. On veut faire des choses cool ensemble. C’est pour ça que je suis à Cannes.

Jonathan, votre film présenté au WAIFF a été réalisé en quarante-huit heures. Comment vous organisez la création ?

JD : J’aime dire à mon équipe : il faut d’abord souffrir, puis profiter. Au début, on crée tous les personnages, on passe du temps sur l’univers, sur tout ce qui est le plus coûteux en énergie créative. Et une fois que les fondations sont vraiment solides, on peut se lancer et jouer. Pour moi, c’est toujours l’histoire, les personnages, l’ambiance, et ensuite la production réelle.

Vous avez commencé par la musique métal, les clips, la publicité. C’est quoi la prochaine étape pour Dor Brothers ?

JD :  On a trois voies. Les clips : on veut être le Lyrical Lemonade de l’industrie du clip IA. La publicité : on veut lui redonner ses lettres de noblesse. Je dis toujours aux gens — vous souvenez-vous des pubs Old Spice, c’était agréable, on pouvait en parler à un ami ? Aujourd’hui, ce sont juste des machines à cracher du contenu. Donc on dit aux marques : on peut réaliser votre idée médiocre, ou alors vous nous écoutez et on fait quelque chose d’intéressant. Et la dernière voie, c’est le cinéma : des longs-métrages. C’est notre étoile du Nord.

Votre studio rassemble vingt-cinq personnes dans le monde entier : comment travaillez-vous ensemble ?

JD : On est partout dans le monde. Pour un film, je demande au gars de L.A. : « Est-ce que c’est fidèle à la réalité du Nevada ? » Il dit oui. Et je demande à l’artiste français, lui plus artistique : « Est-ce que c’est assez David Lynch ? » Et on mélange les cerveaux. Je crois beaucoup au dicton : le clou qui dépasse appelle le marteau. On fait de gros coups, mais dans l’ombre.

Jessie, où en est la fenêtre d’opportunité pour des studios comme Dor Brothers ?

JY : L’objectif pour nous, c’est de mettre l’humain en avant et la technologie en retrait. C’est notre prochaine étape. Et si un jour la technologie repasse au premier plan, ce sera une grande exploration, une grande expérience de voir l’esprit humain et l’esprit de l’IA se confronter ou communiquer l’un avec l’autre.

Jonathan, un dernier mot : où est la vraie compétition aujourd’hui ?

JD : L’attention est tout. L’image publique de Dor Brothers, c’est le divertissement. Mais la publicité, c’est la vie au bout du compte. Ce que je veux démontrer, c’est qu’on peut raconter quelque chose — vraiment raconter quelque chose — avec ces outils. Que ce soit pour une marque ou pour un long-métrage. La fenêtre est encore ouverte pour les une ou deux prochaines années. Après, ce sera plus difficile d’exister.

 
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