Elle a regardé cinq courts-métrages au WAIFF en tant que membre du jury, et elle en est ressortie convaincue d’une chose : ce que fait Julianne Moore dans Boogie Nights, ou Gena Rowlands dans Gloria, aucun algorithme ne pourra jamais le fabriquer… Rencontre avec Elsa Zylberstein, actrice, et défenseuse irréductible du miracle humain.
EZ : Ma première expérience n’était pas par rapport au cinéma d’abord. C’était plutôt avec ChatGPT : écrire une scène, un scénario… J’ai été assez bluffée honnêtement. La première fois, tu fais « waouh, c’est quand même dingue ». Au cinéma, pour les films à gros budget, les destructions, les décors, c’est extraordinaire. Ça coûtera moins cher de reconstituer Rome. Pour les acteurs, moi je trouve qu’il n’y a même pas de sujet. Un acteur est un acteur. C’est unique la manière qu’il a d’aborder un rôle.
EZ : Ça ne me procure aucune émotion. C’est bien fait, impressionnant, parfois beau à certains endroits… mais ça ne me touche pas.
EZ : Je le sais exactement. C’est parce qu’être actrice, c’est un truc unique, lié à l’âme. Quand vous regardez Anna Magnani, Marilyn Monroe, Julianne Moore dans Boogie Nights, personne ne peut dire « là il y a des larmes, mais en même temps de la frustration, de l’humiliation ». Vous ne pouvez pas décrire cela. Quand une actrice est grande, c’est un miracle ce qui se passe à l’écran.
EZ : Peut-être. Mais ce n’est pas ça qui me touche dans un film. J’aime Nanni Moretti sur sa mobylette dans Journal intime. C’est ça qui me touche.
EZ : Tant que je joue, moi, ça ne me gêne pas. J’irai dans l’aventure parce que je suis curieuse.
EZ : Là c’est non. Parce que je n’ai pas envie qu’on prenne de moi, qu’on analyse tout ce que je peux faire et qu’on crée une fille avec les soixante films que j’ai faits. Ça veut dire que je peux disparaître, et qu’on crée peut-être l’émotion liée à ce que moi j’ai donné. Mais ce ne sera pas moi. Ce ne sera pas « mon miracle ».
EZ : Je pense qu’il n’y a pas un acteur que je connais qui accepterait ça. Dans cent ans, peut-être dira-t-on que j’avais tort. Qu’ils ont réussi à faire quelque chose qui nous fera dire « c’est fou ». Peut-être… Mais pour l’instant, ça ne me semble pas être ça.
Notre dossier IA et Culture
Visuel : DH