Démonter les stéréotypes sur les institutions psychiatriques, la dépression, et l’autisme tout en faisant éclater de rire son public ? Mamari le réalise par son spectacle seule en scène d’1h30, après une première partie menée avec brio Crazynousse, connue notamment par son univers illustratif à l’humour incisif et au contenu militant sur l’extrême droite, l’islamophobie et le rejet du port du voile.

« Après avoir fait rire les meilleurs centres hospitaliers, ses groupes de parole et sa psy, Mamari étend sa tournée aux salles de spectacle ». Sa mission ? Briser les tabous en éclats de rire. Votre mission à vous ? Vous asseoir et vous détendre, c’est tout. On ne va pas vous en demander plus, c’est déjà beaucoup de devoir évoluer dans un monde où Darmanin, les formulaires CERFA et les collants filés existent.» Le République
Mamari Munezero a plusieurs projets ambitieux. Lever les clichés sur la folie et la dépression par un activisme comique ; tourner en dérision le système de domination patriarcale et de muselement des survivant’e’s de l’inceste ; gêner le racisme autant que son existence gêne ses victimes. C’était ce que la mère et icône de Mamari Munezero lui répétait : gêner autant que les autres nous gênent avec leurs propos discriminatoires.
Nous suivons dans la salle climatisée du théâtre Le République ses récits de thérapie, avec des professionnel’les incompétent’es sur la question de l’inceste et participant ainsi au régime de silenciation collective des survivant’es. Également sa muse de répartie ; sa mère. Ainsi, quand une de ses professeurs convoque sa mère pour évoquer ses « absences injustifiées » et son insolence, et questionne Mamari Munezero pour savoir si sa génitrice parle français, sa mère, au courant, a conclu ledit rendez-vous de convocation, après être restée muette tout du long, qu’elle sait parler français.
Ou bien encore, quand l’humoriste est une moulte fois questionnée sur ses origines, cette dernière fait croire que ses parents ont été tués durant le génocide rwandais — car Trop drôle pour mourir visibilise aussi cette tuerie, passée sous un mutisme de honte généralisée — à un conducteur Uber. Et suite à une nouvelle question intrusive (« Avez-vous encore un’e membre de votre famille ? »), Mamari Munezero rétorque que oui : il lui reste le bras de sa mère. Gêner autant qu’on nous gêne est sa devise. Après la narration de cette blague à celle-ci, elle lui aurait dit que sa vanne n’était pas complète : il aurait fallu carrément sortir le bras de son sac, dans une souffrance simulée. Tout cela, l’artiste nous le partage avec complicité en se moquant des personnes racistes au cours de son stand up.
Mamari Munezero apporte le sujet des addictions sans faire peser son auditoire. Elle raconte son hospitalisation en psychiatrie, son statut d’animatrice de vacance là-bas, ses voisin’es adelphes et ami’es zinzin’es et hors-normes. Par la déviation des normes sociales, on se rapproche de notre liberté et indépendance, explique-t-elle. Trop drôle pour mourir est une invitation à la dissidence, l’humoriste l’explique à travers ses propres expériences de la marginalisation et son érudition sur le sujet. Féminisme, queerness, antiracisme opposées au patriarcat blanc et l’hétérosexualité, militantisme contre le validisme et le sanisme, tout cela Mamari Munezero le rassemble pour faire mourir (de rire) un système d’oppression.

Mamari Munezero permet un cadre safe et de représentation pour les personnes psychiatrisées, autistes, neurodivergentes, survivantes de l’inceste, queers, racisées par un humour bienvenu et bienveillant. Sur scène, elle laisse entrer son public dans son quotidien loin de sa famille, qui lui avait par ailleurs remis la responsabilité d’un continent et des injonctions au déni de l’inceste qu’elle a subi.
Il s’agit de la première fois que nous assistons à un spectacle mentionnant des auxiliaires de vie pour pallier les difficultés de l’autisme, légitimant les personnes fols et psychiatrisées (« Ce n’est pas moi qui suis un problème »), remuant un climat de stabilité tranquille et de déni pour étouffer le scandale incestueux. Avec humour !
Nous attendons avec impatience de découvrir un autre spectacle de l’humouriste « dépressive sous BBL », qualitatif, woke, et hilarant.