Vous êtes-vous déjà arrivé·e·s de vous sentir démembré·e·s ? D’avoir envie de vous rassembler morceau par morceau ? C’est exactement ce que propose Aurélia Lüscher au Théâtre de la Bastille en réincarnant Thérèse d’Avila dans le corps d’Estelle Meyer, ici et maintenant. Drôle !
Pendant l’entrée du public, Thérèse se tient devant une petite table sur laquelle on repère déjà de kitschissimes bougies en forme de vierges phosphorescentes. Elle est en jean avec un T-shirt dont le motif semble céleste. Et puis elle attaque. Elle a l’air aussi décalée que dans son personnage dans Dix pour cent. Mi-clown mi-folle, habitée en tout cas, elle dit : « J’ai quitté la vie terrestre »
Son récit fait des allers-retours entre la vie réelle de Thérèse pas encore sainte, qui a dit non à la possession des hommes sur la vie des femmes en préférant le couvent au mariage. Mais voilà, Thérèse aime la radicalité et les sœurs sont trop libérales pour elle. Ses envies d’écriture l’amènent à être la cible des foudres de l’Inquisition.
Nous assistons donc, devant un rideau bleu en soie très mnouchkinien, cinq cents ans plus tard au retour de Thérèse, qui a parcouru le monde pour retrouver toutes les parties de son corps.
La voici SDF, pute, DJ dans une série de cérémonies désacralisées.
La pièce ne repose que sur le jeu survolté d’Estelle Meyer, parfois on l’avoue un peu trop survolté, on aimerait que les moments de pure beauté s’attardent et que le superbe texte, de Paco Bezerra publié aux Solitaires Intempestifs, soit débité avec moins d’urgence.
N’empêche que Je meurs de ne pas mourir fonctionne très bien dans son ensemble, on ne sait pas si les ratés de la première étaient des pranks ou pas, « c’est difficile le théâtre ! ». Pour le coup, nous sommes vraiment pris·e·s par cette quête encore et encore urgente et essentielle de totale libération du corps et des âmes des femmes.
Depuis le 16 jusqu’au 30 septembre
Au Théâtre de la Bastille
Visuel : ©Jean-Louis Fernandez