Le Festival d’Avignon ne s’adresse pas qu’aux adultes, les enfants ne sont pas en reste. Dans la mythique salle Benoît XII, Muriel Imbach tient à bout de corde six personnages en jupes colorées qui ont bien du mal à comprendre que, des fois, c’est en se lâchant qu’on se retrouve le mieux.
Nous découvrons un décor tout plein de lianes qui descendent des cintres. Sur le mur du fond, dans un vert-jaune, d’autres se mettent à tomber. On a la sensation immédiate d’être dans l’autre monde de Stranger Things. Mais oubliez l’horreur : tout n’est que mignonnerie ici ; Coco, Bobo, Peebs, Zig et Gus ont tous et toutes des rôles bien définis dans cette cordée. Elle porte tout, lui porte une plante, elle une carte… Et si les rôles prédéfinis, comme les places à table, pouvaient un jour, telles des cartes, être redistribués ?
Rapidement, le petit collectif se trouve tout emmêlé, les pieds pris dans un grand filet. Il faut donc s’en extraire pour s’en sortir. Mais comment ? Ce spectacle aux allures légères est en réalité un conte philosophique. Depuis 2014, Muriel Imbach questionne le temps (Tactique du tic-tac) ou le langage (Le Nom des choses). Là, c’est la famille qui est perdue dans la forêt.
Arrive une sixième comédienne, Selvi. Elle va être, comme au temps des Lumières, celle qui permet à la réponse d’advenir. Elle permet au groupe de repenser complètement leur relation interdépendante. De comprendre que loin des yeux n’est pas loin du cœur ; parfois, c’est le contraire, qu’à trop rester collés, on se perd.
Coline Bardin, Pierre-Isaïe Duc, Linna Ibrahim, Cédric Leproust, Fred Ozier et Selvi Pürro jouent toustes avec une sacrée belle dose d’espièglerie, le regard qui brille et les épaules qui se haussent parfois de surprise. Leur parcours tout à fait initiatique permet de rappeler, et c’est utile, que les liens du sang n’ont parfois aucune valeur face à d’autres humains, tellement humains.
Un spectacle absolument adorable.
Jusqu’au 12 juillet
Visuel : Nous ou le paradoxe du hérisson, Muriel Imbach, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon