L’hors-présence ou Chimères du pays de Morsan, la dernière création de Tiphaine Raffier présentée à Avignon, nous installe pendant près de 3 heures dans une grande question éthique : faut-il suivre les dernières volontés d’une malade qui n’a plus son discernement ?
Une maison nous attend, ses vitres nous reflètent. L’image est très belle, immédiatement elle nous confronte à notre existence, nous ici et maintenant. La lumière jaillit et l’on découvre une femme (Emma Bolcato) manipulant les fenêtres et un tableau. Pour l’instant il n’y a que du son, pas de parole. Et on le verra, le son, pas la musique, le son est un personnage clé de cette pièce. L’histoire nous arrive vite. Deux frères et deux sœurs, Laure, l’une des sœurs, est en train de mourir d’un cancer. Elle a tout organisé pour son départ, le 13 août à 11 h, mais voilà, en matière de maladie, on ne choisit pas et souvent elle avance plus vite que vos idées.
Soren (Thomas Gonzalez), Simon (Adrien Rouyard) et Susanne (Catherine Mestoussis) sont donc aux petits soins auprès de Laure (Édith Mérieau), que l’on découvre de dos. La maison est doublée d’un toit vidéo qui, comme chez Gosselin avec qui Raffier a travaillé, permet de poser une focale sur un détail, et là c’est une nuque donc, une nuque tendue, crispée. Et pour cause, le plus jeune frère ne sait pas que Laure a décidé de mourir par suicide assisté. Avec une extrême justesse, pour ne pas dire une littéralité au bord du documentaire, nous sommes dans l’intimité de la maladie, au moment où ça déconne à toute allure. Laure ne peut plus manger, elle s’étouffe, c’est le branle-bas de combat, et chacun·e réagit avec ses tripes.
Et pour le coup, la troupe joue à merveille. Laure est une malade hallucinante de vérité et les trois frères et sœurs excellent dans le mix d’amour, de peine et de panique. À cela s’ajoutent des personnages secondaires bien ficelés : Sharon, l’amoureux de Laure (Teddy Chawa), et une infirmière douce (Paula Luna). Raffier provoque également de très belles images, comme celle d’une maison qui se coupe en deux, réellement, à cause de la mort qui approche.
La pièce soulève, mais ce n’est pas neuf, ce grand tabou de nos mondes contemporains occidentaux. La mort est une affaire personnelle, privée, qui se gère dans la collectivité d’un Ehpad loin du centre-ville. On est loin du Ad sanctum médiéval qui plaçait les cadavres dans les églises. Là où le spectacle s’enlise, c’est, ironie du sort, quand Raffier ne parvient pas à finir. À plusieurs reprises, on s’apprête à applaudir, surtout quand Laure, dans un monologue de toute beauté, se raconte encore vivante.
Malgré un évident problème de rythme, L’hors-présence est une belle leçon de théâtre qui offre à ses interprètes une importante surface de jeu dans un décor un poil classique mais très efficace.
티펜 라피에 의 신작 연극 또는 》은 의사결정 능력을 상실한 말기 암 환자의 존엄사와 조력 자살이라는 무거운 윤리적 질문을 던집니다.
Du 4 au 10 juillet, à la fAbrica, à 11H, durée 2H30.
L’hors-présence ou Chimères du pays de Morsan, Tiphaine Raffier © Simon Gosselin