À l’occasion de Planches Contact Festival, les lauréats du Prix de la jeune création photographique s’exposent aux Franciscaines. Parmi eux, Flore Prébay, qui porte un projet joliment humain et intime : Les Présents. Elle s’intéresse aux aidants, ceux qui engagent une part d’eux-mêmes en accompagnant un proche au quotidien. En leur posant une question simple : « Si vous disposiez d’un instant rien que pour vous, quel serait votre rêve intérieur ? », Flore Prébay explore les mondes oniriques. L’exposition en rend bien compte, et il faut se déplacer devant les voilures – peintures – photographies pour ressentir les impressions mouvantes et sensibles de ce projet.
Retrouver ce qu’il reste de soi lorsqu’on aide. Retrouver une vie en suspens. À travers des fragments d’intimité, des désirs et des paysages imaginaires, Flore Prébay propose un voyage à travers les errances oniriques. Il ne s’agit pas tant d’illustrer la souffrance et de documenter la difficulté mais de les mettre entre parenthèses pour faire éclore les rêves. Et ainsi, montrer les vies intérieures de ceux qui portent les autres.
Flore Prébay a lancé un appel à témoignages dans la presse, notamment dans Ouest-France. Vingt-six personnes ont répondu. Finalement, sept familles sont retenues pour participer à cette aventure humaine. Un « panel modeste » des aidants, une situation très fréquente en France. Les histoires sont singulières : un conjoint qui accompagne sa femme après un AVC, un couple confronté à la sclérose en plaques, des parcours marqués par la maladie, la perte ou des épreuves plus intimes. Autant de réalités que la photographe accompagne, dans un projet profondément humain, d’écoute et de partage dans lequel « chaque étape de la création est partagée avec l’aidant » nous explique-t-elle. La photographie qui part définition capte l’éphémère semble ici pleinement répondre à sa promesse de mettre le temps entre parenthèses. Les couleurs atténuées semblent inscrire les rêves dans leur monde secret-sacré et protégé.
Le rêve se matérialise sur les matières : pour cela, la photographe travaille avec son oncle Frédéric Gironde, papetier. À travers des voilages, des peintures, des strates, Flore Prébay s’empare des arts plastiques et fait de la photographie un médium parmi d’autres, tous employés à illustrer les rêves singuliers de ses sujets. Son idée est celle « d’une photographie en 3D » qui montre des « éclosions » oniriques. L’idée pour elle est que le spectateur puisse entrer dans la matière : l’image bouge sur les voilages, derrière elle, la peinture se révèle. L’image s’anime, respire presque, comme pour donner corps aux rêves. Flore Prébay propose autant de façons d’entrer par la porte des rêves des aidants.
Une œuvre montre une femme dans une piscine. Le tissu ondule comme les mouvances de l’eau, le rêve du sujet fait corps avec la matière. Cela, comme une manière de montrer que la photographie offre un temps de respiration dans la vie des aidants dont elle partage un peu le chemin.
Ce travail qui mélange les arts, la photographe explique l’avoir commencé dans son précédent projet Deuil Blanc, qui porte sur sa mère, décédée un an plus tôt. À l’annonce de sa maladie, Flore Prébay part en Islande, dans un voyage introspectif pour tenter de faire le deuil avant le deuil. Elle capture l’Islande en photographies, retravaille en peinture, avec du papier des lettres de sa mère. Et c’est avec ce dossier qu’elle candidate au Prix de Jeunes créations de Planches contact.
Pour la photographe, il est important que « les protagonistes restent des humains ». Et cette relation se prolonge par une boîte aux lettres, dans laquelle les participants sont invités à déposer une lettre d’amour. Formuler ce qui nous lie les autres, « parce qu’on aime les gens », une belle manière de « boucler la boucle » de ce projet. Ces lettres ouvrent une nouvelle œuvre, car Flore Prébay les présentera à la galerie Polka, qui la représente, à partir du 10 janvier.

Flore Prébay, Les Présents © Sandrine Boyer Engel – in situ Planches Contact
Aux Franciscaines, les trois autres lauréats du Prix de la jeune création photographique de Planches Contact Festival invitent à poursuivre l’exploration de ce qui nous lie les uns aux autres, mais aussi à un espace et aux mémoires : Émeline Sauser avec Le Temps d’une nuit, Juliette Pavy et Les Eaux Noires et Mathias Benguigui avec Panser nos guerres.
Visuel : Flore Prébay, Les Présents, 2026 © Sandrine Boyer Engel – in situ Planches Contact