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Jonas Chereau diffuse sa « Joie » à la Menagerie de Verre

par Amélie Blaustein
21.10.2026
Joie #wouaj

L’heure est sombre, les lycéen·ne·s veulent des murs, des tables ou encore des chaises et voilà que tout dégénère : des flics éborgnent les ados, des casseurs pillent les commerces. Rien ne va donc. Et au milieu de ce marasme, il reste l’idée que la joie peut être accessible — ce n’est pas nous qui le disons, mais Jonas Chereau, qui, en trio, s’empare du rire pour le faire glisser jusqu’au bizarre. Joyeux, vous avez dit joyeux ?

« Si tu as de la joie au cœur »

Catherine Hershey surgit du rideau noir qui occupe le fond de la scène tel un lutin mort de rire ; arrivent très vite Emma Tricard et Jonas Chereau tout aussi hilares. Mais qu’est-ce qui les fait tant marrer alors que la ville brûle ? Leur look est résolument clownesque : par exemple, l’arrière du pantalon de Jonas est flanqué de deux grosses étoiles rouges. Leur attitude l’est tout autant, le geste allant jusqu’à la potacherie dans un plan à trois merveilleusement grotesque. Les corps sont tirés, glissés avec tout le second degré possible, le tout est accompagné de phrases, d’aphorismes plutôt pertinents sur l’idée de joie.

« Ceci est un appel à la légèreté »

Tirer, glisser, mais aussi décaler. Joie vient d’abord nous gêner gentiment en nous questionnant face à ces trois visages qui montrent les dents. Quand rions-nous ? Pourquoi ? Où, pour qui ? Rions-nous toujours avec lâcher-prise ou bien, parfois, faisons-nous semblant ? Eh bien c’est exactement ce que ce trio aux allures foutraques défend comme idée : qu’à force de faire pour de faux, tout devient vrai.

« Libérons nos endorphines »

Et pour le coup, ce qui devient vrai, c’est une plongée dans une presque parodie de l’univers de David Lynch dans Twin Peaks. L’étrange se mêle au bizarre, ce qui provoque de belles idées dans l’écriture de cette danse, comme ce jeu de tissus qui rappelle les codes des jeux du cirque au XIXᵉ siècle, faux bourreau et passe-tête. Cela permet à la danse de continuer sur son idée de tirer-glisser, permettant à Jonas Chereau des descentes de hanches totalement disco, et ça, c’est vraiment drôle !

« Soyez perméables aux variations »

Le trio multiplie les positions improbables, notamment des portés qui n’ont rien d’élégant et tiennent plus de la blague. Ils n’en restent pas moins techniques : par exemple, on verra Catherine Hershey devoir retomber, l’air de dire que c’est facile, sur ses mains plutôt que ses pieds. Joie nous met véritablement en joie, en rappelant au passage à quel point ce mot si beau est en souffrance en ce moment. On rit pas mal, on s’étonne, ce Joie est une très chouette proposition, décalée à souhait.

Du 21 au 23 octobre dans le cadre des Inaccoutumés Automne à la Ménagerie de Verre, Paris

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Visuel : ©François Ségallou