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17.10.2026 → 05.06.2027

Beate Vollack : « La danse et la musique sont avant tout des arts de l’émotion »

par Yaël Hirsch
17.10.2026
BNC_0156 bis

Du 17 au 23 octobre, le Ballet du Capitole ouvre sa saison avec un programme consacré aux maîtres américains : Les Quatre Tempéraments de George Balanchine, sur une musique de Paul Hindemith, et Fearful Symmetries de Peter Martins, sur celle de John Adams. A cette occasion, Beate Vollack, directrice de la danse à l’Opéra national du Capitole,  présente la programmation de cette saison qui revisite de grands récits par la danse, du Petit Chaperon rouge aux Trois Mousquetaires, avec aussi Don Juan et Hans van Manen. Entretien.

Cette saison, à l’Opéra national du Capitole revisite plusieurs grandes histoires de la littérature européenne par la danse : Le Petit Chaperon rouge, Les Trois Mousquetaires, Don Juan… Dans votre programmation, que disent les corps (et la musique) que les paroles ne sauraient transmettre ?

La littérature, l’écrit, à mon avis, parlent tout d’abord à l’intellect alors que la danse et la musique sont avant tout des arts de l’émotion. La danse, art de l’instant, de l’éphémère, a cette capacité de condenser, de concentrer les choses, d’aller à l’essentiel et donc, d’aller aussi à l’essentiel de l’intrigue. Pour Les Trois Mousquetaires, par exemple, en concentrant l’intrigue et la dramaturgie, on évoquera les 800 pages du roman en 1 h 30 de danse, preuve que le mouvement, le geste sont plus directs que les mots et peut‑être, parfois, plus percutants.

Tout commence du 17 au 23 octobre avec Les Maîtres américains : il s’agit aussi bien de chorégraphes que de musiciens. Pouvez‑vous nous en parler ? Peut‑on dire qu’ils sont tous devenus des « classiques » ?

Absolument ! Les chorégraphies de Peter Martins et de son grand maître George Balanchine sont des classiques mondiaux, indissociables du répertoire des grandes compagnies de ballet. La musique de Hindemith et d’Adams fait également partie des « classiques » de la musique moderne. Les Quatre Tempéraments, plus précisément, est l’un des chefs‑d’œuvre de Balanchine. Nous donnons la version de 1948, celle qu’il a revue pour le New York City Ballet, et non la première version de 1946 pour la Ballet Society, dont il n’aimait pas les costumes de Kurt Seligmann, car ils cachaient les corps. Pour la version de 1948, il décide de vêtir les danseurs d’une manière « académique ». C’est leur tenue de travail, le « bleu de travail » du danseur, comme disait Béjart. Ainsi, en voyant les lignes des interprètes, on voit aussi la partition mise en mouvements, en gestes. C’est une révolution pour l’art chorégraphique et Les Quatre Tempéraments constitue presque un manifeste du style de Balanchine, dont le maître‑mot était : « Voir la musique et écouter la danse. »

Quant à Peter Martins et sa création Fearful Symmetries, c’est du ballet et de l’énergie à l’état pur. Mais ce n’est pas « contemporain » au sens où nous l’entendons dans la danse. C’est un disciple de Balanchine et, bien qu’il ait son style à lui, il se situe dans la même veine, néoclassique.

Cette saison, vous proposez plusieurs créations chorégraphiques très contemporaines : Peter Martins, Benjamin Pech, Andreas Heise, Benoît Menut ou encore Hans van Manen… Sont‑ils et elles accessibles directement au grand public ?

Les Trois Mousquetaires de Benjamin Pech seront un ballet de cape et d’épée pour toute la famille, dans un registre également néoclassique. Le Petit Chaperon rouge d’Andreas Heise, sur une musique de Benoît Menut, enchantera tous nos spectateurs, quel que soit leur âge. Le style d’Andreas Heise se caractérise avant tout par un mélange fluide et organique entre la danse, la voix (le chant) et la musique. Sa gestuelle chorégraphique s’appuie à la fois sur la rigueur et la musicalité de la technique classique, et sur la fluidité, la liberté et l’ancrage au sol de la danse contemporaine. Hans van Manen, quant à lui, est l’un des chorégraphes majeurs du XXe siècle. Le « Mondrian de la danse », comme on l’appelle, est un adepte d’un néoclassicisme épuré d’une grande musicalité. Il est le grand maître du mouvement harmonieux et de l’esthétique élégante.

Alors oui, je suis certaine que nous avons de quoi satisfaire tous les goûts, cette saison.

Le Capitole a d’ailleurs tout un dispositif de médiation et de cours autour de la danse. Pouvez‑vous nous en parler ?

Pour la première fois, nous aurons cinq représentations du Petit Chaperon rouge pour les scolaires. Habituellement, les rendez‑vous danse qui entrent dans le cadre de la médiation culturelle sont : une conférence sur l’œuvre menée par un spécialiste, pour éclairer contexte, genèse et enjeux du ballet à l’affiche ; la répétition ouverte, qui lève le voile sur ce qui est habituellement caché. Sans costume, sans décor, en simple tenue de travail, les danseurs reprennent tantôt un bref passage, tantôt de vastes sections du ballet à venir ; c’est fonction de l’état d’avancement de l’ouvrage ; le cours public, qui montre au public l’envers du décor, ce qu’il ne voit jamais : la classe quotidienne des danseuses et danseurs. Plus qu’un échauffement, ce rituel prépare le corps et l’esprit, corrige, fait progresser, soude le collectif. Chacun bouge et respire au même rythme, porté par notre pianiste, Ayaka Uenomachi, dont les improvisations épousent le travail du moment ; un atelier de danse encadré par des étudiants de l’isdaT (institut supérieur des arts et du design de Toulouse) en dernière année de formation au Diplôme d’État. Ces ateliers invitent les enfants qui le souhaitent à s’approprier une œuvre du répertoire chorégraphique, souvent celle‑là même que le Ballet du Capitole s’apprête à donner sur scène. Après une présentation du chorégraphe et de son univers, les enfants apprennent quelques éléments de la chorégraphie. À l’issue de l’atelier, les familles sont conviées à découvrir la petite pièce inventée par les enfants. Une parenthèse joyeuse pour goûter au plaisir du geste dansé, ouverte aux filles comme aux garçons, et une passerelle précieuse entre les apprentis pédagogues et les artistes du Capitole ; « Mon métier au Ballet » : il s’agit d’un nouveau rendez‑vous mis en place cette saison. Un chorégraphe nous ouvre les portes de son métier et nous fait entrer au cœur de la création.

Pour revenir sur le spectacle de fin d’année à ne pas manquer, Les Trois Mousquetaires : comment cela se passe‑t‑il quand l’orchestre et le ballet sont au complet ?

Pour nous, c’est un processus tout à fait « normal ». Le chorégraphe choisit la musique et les enregistrements au tempo approprié. Le ballet répète ensuite pendant environ cinq à six semaines sans orchestre, à la bande ou au piano. Le chef d’orchestre vient généralement nous rejoindre la dernière semaine avant les répétitions en scène pour voir comment le ou la chorégraphe utilise les tempi et les entrées, et s’il y a des particularités à prendre en compte, comme des pauses non écrites dans la partition. Lorsque nous répétons ensuite sur scène, l’orchestre nous rejoint les trois ou quatre derniers jours avant la première. C’est toujours très excitant et c’est le dernier grand pas avant la première. En général, l’orchestre est installé dans la fosse et nous accompagne. C’est alors que le chef d’orchestre devient la personne la plus importante pour nous. Il fait le lien avec l’orchestre. Car ce sont souvent le tempo et la musique qui déterminent si la magie opère entre la musique et la danse…

visuels : Davide Herrero