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28.10.2026 → 30.10.2026

Les Primeurs de Massy : ça arrache !

par Maxime Dorian
30.10.2026
Festival Les primeurs de massy 2026

Il reste deux soirées, les 30 et 31 octobre, pour découvrir les artistes de demain. Après une première soirée riche en émotions, en surprises et en décharges d’adrénaline, une certitude : les Primeurs de Massy sont un rendez-vous à ne pas manquer.

Comment avoir pu passer à côté des Primeurs de Massy aussi longtemps ? La question s’impose après cette première soirée du 29 octobre. Du son, du très bon son, une énergie communicative et une programmation impressionnante. Les Primeurs envoient du lourd !

La particularité de ce festival ? Mettre à l’honneur des artistes qui viennent de sortir leur premier album. Des talents encore émergents, dont certains pourraient bien devenir les grandes révélations des prochaines années.

L’occasion de les découvrir dans des conditions privilégiées, avant que leur notoriété ne rende ces rencontres plus rares. Et, qui sait, de pouvoir raconter un jour à ses enfants : « J’y étais, à leurs débuts ! »

Trois concerts auront suffi pour transformer une première visite en immense coup de cœur.

Une guinguette musicale où la découverte est reine

Avant même les premiers accords, c’est l’atmosphère du festival qui séduit.

Festival les primeurs de Massy et CAstres dédié aux premiers albums7

Deux salles de concert, mais aussi un patio à ciel ouvert, au cœur du bâtiment, où l’on se retrouve autour de grandes tables pour partager un verre, déguster une crêpe, discuter entre amis ou faire de nouvelles rencontres. Un espace d’écoute équipé de fauteuils et de casques audio invite à découvrir la musique autrement. Des animations pleines d’humour complètent le tableau.

Les primeurs de massy – découvrir de nouveaux artistes

Et puis, il y a toute l’équipe du festival. Souriante, accueillante, toujours agréable, elle contribue pleinement à cette atmosphère chaleureuse. Un état d’esprit qui se ressent partout, dans les échanges comme dans les petites attentions, et qui fait des Primeurs un véritable lieu de convivialité et de vivre-ensemble.

Les Primeurs ont quelque chose d’une grande guinguette musicale. Une ambiance joyeuse et décontractée, sans prétention ni jugement, où l’on prend plaisir à s’attarder entre deux concerts. On vient pour écouter, découvrir, échanger, danser, mais aussi pour le simple plaisir d’être ensemble autour d’une passion commune.

Ici, la musique rassemble autant qu’elle se partage.

Et la curiosité est une qualité, l’éclectisme une promesse tenue. Car passer de la voix bouleversante d’une jeune artiste de jazz à la rage d’un punk irlandais, avant de se laisser emporter par l’énergie électro-rock d’un duo franco-britannique — enfin, 1,5 Français et 0,5 Britannique, mais vous comprendrez cette étrange répartition en découvrant leur prochaine interview — relève d’un grand écart musical particulièrement réjouissant.

Lila-May : une voix qui semble avoir vécu mille vies

Les primeurs de MAssy – Lila-May sur scène – une incroyable performeuse

Première découverte de la soirée, premier choc émotionnel.

Dès l’écoute de son album, la référence à l’immense Amy Winehouse s’impose. Sur scène, la filiation devient presque troublante.

Une grande silhouette brune, une robe courte, une gestuelle expressive : Lila-May évoque immédiatement l’icône britannique. Ses mains et ses bras accompagnent les mots, soulignent les émotions, prolongent les silences. Ses mouvements alternent entre une délicatesse aérienne et une intensité presque violente.

Mais la ressemblance dépasse largement l’apparence.

Il y a cette façon de poser la voix, d’articuler chaque syllabe, de ménager des pauses qui laissent le public suspendu à ses mots. Chaque inflexion semble chargée d’une émotion nouvelle. Son phrasé, d’une précision remarquable, permet même aux spectateurs qui ne maîtrisent pas parfaitement l’anglais de saisir l’intention de ses textes.

Une voix capable de faire traverser mille émotions en quelques instants.

Et puis vient la stupéfaction : Lila-May n’a que dix-huit ans.

Comment peut-on, à cet âge, donner à ses chansons une telle profondeur ? Que faut-il avoir vécu, observé ou imaginé pour transmettre autant d’émotions ?

Le contraste est d’autant plus saisissant qu’elle confie sur scène être timide. Une réserve difficile à imaginer tant sa présence captive. Il lui suffit de quelques notes pour emporter la salle. Sa voix semble prendre toute la place que sa timidité lui refuse.

Mais attention à ne pas réduire Lila-May à une nouvelle Amy Winehouse.

Sa reprise de History Repeating, le célèbre titre de Propellerheads et Shirley Bassey, en apporte la démonstration. Là où certaines reprises se contentent de modifier le tempo ou l’habillage musical d’une chanson pour lui donner une apparence de nouveauté, Lila-May se l’approprie véritablement.

Elle y imprime son phrasé, sa sensibilité et sa personnalité. Une signature qui traverse également son album, fruit d’un travail de création mené avec son frère.

Son ambition ? Donner envie à la génération Z de découvrir le jazz.

Pari réussi. Et pas seulement auprès des plus jeunes. Lila-May enthousiasme aussi les générations qui connaissent déjà ce répertoire et en apprécient toute la richesse. Elle ne cherche pas à rendre le jazz artificiellement moderne : elle lui apporte une sensibilité nouvelle, capable de toucher des publics très différents.

Autre ambition affichée : se faire connaître à l’international.

Elle y croit. Au regard de ce qu’elle déploie déjà sur scène, difficile de ne pas y croire aussi.

Une interview de Lila-May, réalisée à l’issue de son concert, sera prochainement publiée dans Cult.News.

Meryl Streek : un fauve en liberté, une colère salutaire

Après la délicatesse et les émotions de Lila-May, changement radical d’atmosphère.

Direction l’Irlande. Et cette fois, pas question de rester tranquillement installé dans son fauteuil.

Meryl Streek débarque avec une rage qui semble ne connaître aucune limite. Sa musique, à la croisée du punk, du post-punk, de l’électronique et du spoken word, ne cherche ni à séduire ni à rassurer.

Elle frappe. Elle martèle. Elle accuse.

Avant le festival, l’écoute de son album n’avait pourtant pas provoqué de véritable révélation. Sur scène, tout bascule.

Il y a des artistes dont la musique prend une tout autre dimension en concert. Meryl Streek en offre une démonstration spectaculaire.

Sa voix semble faite de colère à l’état brut. Une colère qui ne se contente pas de traverser les paroles : elle envahit son corps, ses gestes, son regard.

L’artiste descend dans la fosse, se mêle au public, la parcourt de long en large. Son regard saisit. Sa démarche évoque celle d’un animal à vif, prêt à bondir. Sur scène, il frappe le mur, lui donne des coups de pied, comme si l’espace lui-même ne suffisait plus à contenir sa rage.

À quelques centimètres de lui, l’expérience devient presque intimidante. Une question traverse fugitivement l’esprit : le public va-t-il recevoir le même traitement que le mur ?

Mais ce qui fascine, c’est précisément le contraste entre cette violence apparente et la maîtrise de sa performance.

Meryl Streek est un fauve qui semble parfaitement contrôler ses griffes.

Cette présence scénique rappelle par moments l’urgence et l’énergie désordonnée de Pete Doherty à l’époque des premiers Libertines. Mais la comparaison s’arrête là où commencent les intentions.

Chez Doherty, la rébellion s’accompagnait d’un romantisme littéraire et d’une fascination pour le désordre. Chez Meryl Streek, la colère est politique, frontale, profondément ancrée dans la réalité sociale.

Originaire de Dublin, il dénonce les injustices, les abus institutionnels et les vies abîmées par les inégalités. Derrière la brutalité de sa musique se dessine une attention constante aux plus vulnérables.

C’est toute la singularité de son univers : une rage qui ne cherche pas seulement à détruire, mais aussi à réveiller.

Le spectateur reçoit un véritable uppercut vocal. Et, aussi paradoxal que cela puisse paraître, il en ressort presque soulagé.

Comme si l’artiste avait extériorisé une colère que beaucoup portent en eux sans toujours parvenir à l’exprimer.

Une colère salutaire. Une colère qui fait du bien.

Du punk brut, rugueux, sans concession. Ce bon vieux rock punk « sale » que l’on ne croise plus si souvent avec une telle intensité.

Meryl Streek ne laisse pas indemne. Et c’est précisément ce qui rend sa performance aussi saisissante.

Pamela : danser sur un monde qui ne tourne pas rond

Festival les primeurs – Pamela – L’influence British – coup de coeur

Pour terminer la soirée, retour à une énergie radicalement différente. Mais pas question de faire redescendre l’intensité.

Avec Pamela, la salle se transforme en piste de danse.

Dès les premières notes, le public se laisse emporter. La musique est entraînante, irrésistible, portée par une électro-rock aux accents britanniques qui semble avoir été inventée pour faire bouger les corps.

Sur scène, la complicité des deux musiciens saute aux yeux. Ils se cherchent, se répondent, s’amusent. Une véritable alchimie qui donne au concert une énergie folle.

Et pourtant, une révélation rend leur performance encore plus impressionnante : c’était la première fois qu’ils jouaient ensemble sur scène ! Ils n’avaient eu que le temps des balances, quelques heures avant le concert, pour prendre leurs marques et s’approprier cet exercice inédit.

Difficile à croire tant leur complicité paraît naturelle. Pas la moindre impression d’hésitation : ils jouent, s’amusent et entraînent toute la salle dans leur folie musicale.

Ils ont assuré comme des bêtes. C’est aussi ça, le talent : donner l’impression que tout est évident alors que rien ne l’était.

Le concert est aussi fou que l’album.

Mais derrière cette euphorie musicale se cache un paradoxe particulièrement savoureux.

Car les paroles ne racontent pas un monde aussi réjouissant que les mélodies pourraient le laisser croire. Elles parlent de nos inquiétudes, de nos contradictions, d’une société dont l’état n’invite pas toujours à la fête.

Et pourtant, on danse.

On danse sur des textes qui interrogent, dénoncent et racontent les désordres du monde. Comme si les rythmes permettaient de transformer nos inquiétudes en énergie, nos désillusions en mouvement.

On danse pour exulter ce que les textes dénoncent.

C’est peut-être là que réside toute la force de Pamela : faire cohabiter une musique jubilatoire et un regard beaucoup moins optimiste sur notre époque.

Le duo revendique aussi, avec humour, ses origines géographiques. Sur scène, l’un se présente comme venant de Nantes, l’autre de quelque part au milieu de la Manche. Une façon amusante d’évoquer cette double culture franco-britannique qui irrigue leur univers.

Et quelle réussite que cette rencontre !

De Liverpool à Manchester, de Londres à Sheffield, l’Angleterre a vu naître des courants musicaux qui ont bouleversé les habitudes d’écoute et marqué des générations entières. Des Beatles à Joy Division, de The Clash à Arctic Monkeys, cette capacité à inventer, mélanger les genres et bousculer les codes semble inépuisable.

Pamela s’inscrit dans cet héritage sans chercher à le reproduire. Le duo en retient surtout cette liberté de création et cette énergie irrésistible qui font du rock britannique un formidable terrain de jeu.

Pamela s’inscrit dans cet héritage sans se contenter d’en reproduire les recettes. Le duo s’en empare pour construire une identité contemporaine, spontanée et résolument tournée vers la scène.

Un conseil, tout de même : qu’ils commencent à réfléchir à la location et à la décoration de leur futur tour-bus. Car si le public français leur réserve l’accueil qu’ils méritent, ils pourraient bien en avoir besoin plus vite que prévu.

Une interview de Pamela, réalisée à l’occasion du festival, sera prochainement publiée dans Cult.News.

Deux soirées encore pour découvrir les artistes de demain

Ce qui impressionne aux Primeurs de Massy, au-delà de la qualité individuelle des artistes, c’est l’audace d’une programmation qui assume pleinement les contrastes.

Lila-May bouleverse par la maturité de sa voix et la richesse de son interprétation. Meryl Streek transforme sa colère en décharge libératrice. Pamela fait danser sur les inquiétudes du monde.

Trois propositions artistiques radicalement différentes, mais une même capacité à provoquer une émotion immédiate.

Et surtout, trois concerts qui donnent envie d’aller plus loin, de réécouter les albums, de découvrir les parcours de ces artistes et de suivre leur évolution.

C’est toute la richesse des Primeurs : offrir la possibilité de découvrir des talents au début de leur aventure discographique, dans une atmosphère où la musique reste au centre de tout.

Pour celles et ceux qui hésitent encore, il reste deux soirées.

Vendredi 30 octobre, avec Mathis Akengin, Jean-Paul Groove, Olkan & La Vipère Rouge, chest. et Dinaa.

Samedi 31 octobre, avec Lézard, 15 15, Golimar, Suzanne Belaubre et Elf Traps.

Autant d’occasions de découvrir des univers singuliers et, peut-être, de vivre à son tour une soirée mémorable.

Alors, un conseil : allez-y !

Vous pourrez peut-être raconter un jour que vous avez vu sur scène, à leurs débuts, ceux que tout le monde s’arrachera demain.

Les Primeurs de Massy : un immense coup de cœur. Et déjà l’envie d’y retourner.

Les Primeurs de Massy

Paul B / Salle et Club – Placement libre

6 allée de Québec 91300 Massy

Ouverture des portes : 19h

Début des concerts : 20h

RER B Massy Varennes

Réserver

Crédit Photo : © Marie Britsch