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Invincibles Ensemble : la maladie avance, la fête continue

par Melodie Braka
17.10.2026
Invincibles Ensemble © Louis Comar

Les lettres d’Invincibles Ensemble sur la façade de l’Olympia ont toujours autant de gueule. Pour sa troisième édition, le concert au profit de la recherche contre la maladie de Charcot a retrouvé ses artistes, ses duos improbables et cette ambiance de franche camaraderie qui fait tout son charme. Un an plus tard, certaines carrières ont décollé, la recherche a progressé et les Invincibles continuent de se battre contre une maladie qui, elle, ne leur laisse aucun répit. Retour sur une soirée où l’on rit beaucoup, parfois de la mort, avec celles et ceux qui la regardent en face.

Les couloirs de l’Olympia ont retrouvé leur joyeuse agitation. David Hallyday et Pascal Obispo se tombent dans les bras, Ycare présente sa famille à ce dernier, tandis que les Canadiens de 2120, avec leurs looks de dandys tout droit sortis des seventies, s’envoient une balle dans les couloirs. On improvise même avec eux une session a cappella de leur morceau All the Words. Tout le monde semble heureux d’être là et, surtout, de se retrouver.

 

C’est peut-être la première chose qui n’a pas changé depuis l’an dernier. Invincibles Ensemble reste l’un de ces rares concerts caritatifs où l’ambiance des coulisses paraît aussi réjouissante que le spectacle lui-même. Artistes confirmés, nouveaux visages de la scène française, bénévoles, équipes techniques, malades et aidants se croisent avec une envie commune de faire de cette soirée une fête.

 

Des talents qui grandissent, des rencontres qui restent

 

« On a essayé de trouver un bon équilibre entre la jeune scène émergente qu’on adore, des artistes déjà établis et des artistes encore plus connus », nous explique Nicolas Santi-Weil, à l’origine du concert avec son ami Olivier Goy. Avec Manu Viro, directeur artistique de la soirée, il a une nouvelle fois réuni une affiche qui passe d’Eddy de Pretto à Zazie, de Danyl à Pascal Obispo, sans oublier Marguerite, Aliocha Schneider, Pierre de Maere ou Mosimann.

 

Difficile, d’ailleurs, de ne pas voir dans cette programmation la patte de French Parade, le label cofondé par Nicolas Santi-Weil et Marc Collin, qui accompagne de jeunes talents aux univers très différents.

Sam Sauvage © Louis Comar
L’exemple de Sam Sauvage est assez réjouissant. L’année dernière, il faisait partie de ces nouveaux visages que le public découvrait. Douze mois plus tard, le voilà auréolé de la Victoire de la musique de la révélation masculine 2026, en train de retourner l’Olympia aux côtés de Pierre de Maere avec une reprise de Je suis un homme. Dans les coulisses, Zazie, l’interprète originale, ne peut s’empêcher de courir les enlacer. Difficile de trouver meilleure illustration de ces rencontres entre générations qui font le sel d’Invincibles Ensemble.

Marguerite, Aliocha Schneider © Louis Comar
Autre moment de grâce, Marguerite et Aliocha Schneider réunis autour de L’Amour en solitaire de Juliette Armanet, dans un duo qui compte parmi les instants les plus émouvants de la soirée.

Mosimann.TeddyBear. Olivier Goy © Louis Comar
Et puis il y a Mosimann. Celui qui vient de prendre la direction de la Star Academy, après avoir longtemps évolué dans les coulisses de l’industrie musicale, prend une place de plus en plus visible dans le paysage français. Cette année, il a composé spécialement pour l’association L’Hymne des Invincibles, interprété sur scène avec TeddyBear. Une création originale pour accompagner une mobilisation qui grandit elle aussi.

 

Dans les coulisses, beaucoup de musique et quelques mauvaises interviews

 

L’ambiance se retrouve jusque dans nos échanges avec les artistes. Ycare, habitué des rendez-vous caritatifs, nous explique pourquoi il répond si volontiers présent : « Lorsqu’on te sollicite et que tu peux te rendre utile pour ces causes, tu le fais tout simplement naturellement. »

Ycare © Louis Comar
Il s’apprête à interpréter La Quête de Jacques Brel. « Moi, tu me fous à l’Olympia, je suis heureux ! », lance-t-il, avant de nous parler de son envie de partager des émotions avec le public. Puis, à la fin de notre échange, il nous assène : « C’est la pire interview que j’ai faite. » « Bah super, elle est pour nous ! », lui répond-on en rigolant. On espère tout de même qu’il plaisantait.

2120 © Louis Comar © Louis Comar
Chez 2120, la découverte de la maladie est beaucoup plus récente. « Moi, je dois admettre que je connaissais pas grand-chose à la maladie de Charcot », nous confie l’un des membres du groupe québécois, signé chez French Parade. Une prise de conscience liée à sa participation au concert : « Moi, je dois courir sur scène, je dois chanter. […] Des fois, ces gens-là, ils perdent la parole et tout, donc c’est dur. »

 

I AM ROZE, qui participe pour la deuxième année consécutive, mesure aussi le chemin parcouru depuis sa première invitation. « J’ai vu davantage de personnes défendre les droits des personnes handicapées. J’ai aussi pu échanger avec plus de monde sur les réseaux sociaux et découvrir différents parcours », nous explique l’artiste, qui insiste sur l’importance de ne pas laisser les personnes handicapées de côté.

 

La soirée permet ainsi de faire connaître la maladie bien au-delà des personnes directement concernées. Et les artistes ne sont pas les derniers à apprendre.

 

Les véritables stars de la soirée

 

Au milieu de toutes ces célébrités, les véritables stars d’Invincibles Ensemble restent pourtant Olivier Goy, Ludovic Besombes et John Scala.

Olivier Goy, Ludovic Besombes et John Scala © Louis Comar
On les avait retrouvés l’année dernière. On les retrouve cette année, et l’émotion est forcément différente. Parce que la maladie de Charcot, elle, ne fait pas de cadeaux. En un an, ses effets sont devenus plus visibles. Dans les coulisses, difficile de ne pas mesurer le chemin parcouru, tandis que leur envie de se battre, de rire et de rassembler semble intacte.

 

Sur scène, ils prennent toute la lumière. Ludovic Besombes rend hommage aux compagnons de lutte disparus depuis la précédente édition. John Scala rappelle la place essentielle des aidants, de celles et ceux qui accompagnent quotidiennement les malades. Et Olivier Goy continue de fédérer autour de lui une impressionnante communauté.

 

C’est aussi dans ces moments que le duo d’animation formé par Ophélie Meunier et Philippe Caverivière révèle tout son talent. La première pourrait charmer les morts, tandis que le second, véritable sniper de la mort, possède un sens de la formule et du rythme assez redoutable.

 

Avec son « Toujours assis, toujours là », clin d’œil au Toujours debout de Renaud, Philippe Caverivière réussit encore à faire rire là où beaucoup n’oseraient même pas s’aventurer. La mort plane sur la soirée, on lui rend hommage, on la redoute et, de temps en temps, on se permet de lui rire au nez.

 

Il y a quelque chose de rare dans cette manière de partager la fête entre malades, aidants, proches et artistes. Personne n’ignore la réalité de la maladie. Et personne ne semble avoir envie de lui laisser toute la place.

 

Pendant ce temps, la recherche avance

 

Car si les visages changent et que la maladie progresse, il y a aussi des évolutions encourageantes du côté de la recherche.

 

« Olivier et les Invincibles ont multiplié les événements, dîners de gala, concerts, levées de fonds, ventes aux enchères », explique Nicolas Santi-Weil. Une mobilisation qui vise à la fois à financer la recherche, à faire connaître la SLA et à soutenir les familles et les aidants.

 

Il précise que « l’intégralité des fonds récoltés pendant ce concert est reversée à l’Institut du Cerveau ».

 

Situé au cœur de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, cet Institut du Cerveau rassemble plus de 1 100 personnes et 29 équipes de recherche, selon sa directrice générale, la Pr Stéphanie Debette, venue présenter sur scène les avancées de ces derniers mois.

 

Parmi elles, le renforcement de la coopération scientifique européenne. En mai 2026, l’alliance CURE-ND a lancé CURE-ND4ALS, un programme associant quatre institutions en France, en Allemagne, en Belgique et au Royaume-Uni, soutenu notamment par Olivier Goy et Les Invincibles. Doté d’un budget de 2,49 millions d’euros sur cinq ans, il vise à accélérer le développement de nouvelles approches thérapeutiques contre la sclérose latérale amyotrophique (SLA).

Stéphanie Debette © Louis Comar
La Pr Stéphanie Debette souligne également la place croissante de l’intelligence artificielle, utilisée notamment pour exploiter les données des patients et identifier de nouvelles pistes de traitement.

 

Autre raison d’espérer, l’existence d’un traitement ciblant une forme génétique rare de la SLA, liée à une mutation du gène SOD1. Autorisé dans l’Union européenne depuis 2024, le tofersen ne concerne encore qu’une petite partie des patients, mais ouvre de nouvelles perspectives de recherche.

 

La maladie reste aujourd’hui incurable et les progrès scientifiques ne se traduisent pas encore par des traitements efficaces pour l’ensemble des malades. La coopération internationale, les essais cliniques et les financements privés prennent donc une importance considérable.

 

C’est là tout le sens de ces rendez-vous annuels. Entre deux éditions, les chercheurs poursuivent leurs travaux, les associations multiplient les initiatives et les Invincibles continuent de mobiliser autour d’eux.

 

Comme une évidence, le concert s’achève sur Ensemble d’Aliocha Schneider, repris par toustes les artistes et organisateurices réunis sur scène.

 

Le concert est terminé, mais le combat contre la maladie de Charcot continue.

 

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Informations pratiques

 

Invincibles Ensemble, 3e édition, mardi 13 octobre 2026 à l’Olympia, Paris.

 

Pour soutenir la recherche contre la maladie de Charcot :

 

Faire un don à l’association Les Invincibles – All United

 

Faire un don à l’Institut du Cerveau pour soutenir la recherche contre la SLA

 

Retrouver les actions et les événements de l’association Les Invincibles

 

Crédit photo : Louis Comar

 

Propos recueillis par Mélodie Braka