Dans le cadre de son exposition Semons nos résistances, le MAIF Social Club accueille (lire notre interview des commissaires) La Vue de ma mère, un projet initié par Féris Barkat, fondateur de Banlieues Climat, le jour de la fête des Mères 2025 à Strasbourg. Dans des voitures installées place d’Austerlitz, des témoignages de mères issues des quartiers populaires et de l’immigration font entendre des voix trop rarement écoutées. Après Strasbourg et Laval, le projet poursuit son chemin à Paris. Venue de Strasbourg avec deux autres ambassadrices du collectif Hasnya, Faiza raconte comment elle a rejoint cette aventure et pourquoi elle tient à la faire circuler.
Je suis née en Seine-Saint-Denis, j’ai grandi en cité et, par choix, mais aussi à la suite de moments de vie plus difficiles, je me suis installée à Strasbourg. Les débuts ont été compliqués. C’est la mère de Féris Barkat qui m’a trouvé l’appartement dans lequel j’ai pu vivre avec mon fils. Nous n’étions pas amies, à proprement parler, mais je suis toujours restée proche d’elle et je lui en suis reconnaissante. J’ai évolué dans la vie : je suis aujourd’hui cadre et je ne vis plus en quartier, mais au coeur de Strasbourg. Et c’est un hasard de la vie qui a mis l’association sur mon chemin.
Je sortais de l’hôpital après une blessure et je voulais me remettre au sport. Ils proposaient des balades dans les Vosges, avec des jeunes qui encadraient les « mamans », de tous âges et de tous niveaux. Ils nous avaient même préparé les sandwichs ! C’est extraordinaire, ces jeunes qui veulent rendre hommage aux mères, et toute cette énergie.
Alors, un jour, ils nous ont réunies dans un fast-food pour nous parler de La Vue de ma mère. Je n’ai pas pu dire non. J’y suis allée. Au début, cela me semblait un peu trop rapide. Comment demander l’autorisation de se garer place d’Austerlitz ? Eh bien, toutes les autorisations ont été obtenues ! Ce jour de la fête des Mères, en mai 2025, a été incroyable. Les jeunes ont aussi demandé aux voisins de mettre en place des banderoles. Les touristes, tout le monde s’est installé dans les voitures. Il y a eu un monde fou, et il faisait tellement beau !
Vous savez, je me suis rappelé que j’avais adoré grandir dans mon quartier et que j’étais devenue cette personne qui n’avait plus aucun lien avec lui, dont la seule connexion avec cet univers était ce qu’on en disait à la télévision, et qui est souvent faux. Et puis, c’est très délicat, ces témoignages, ces voix qui ne s’expriment que dans l’espace intime des voitures. J’ai appris des choses sur certaines femmes que je connaissais : des choses joyeuses, mais des choses dures aussi. J’ai été très émue d’entendre le témoignage de ma témoin de mariage, qui a confié dans le cadre de ce projet des choses que je ne savais pas du tout !
Oui, il y a une version à Laval, avec huit mères du quartier d’Hilard. C’est souvent délicat de demander à ces mères de témoigner, comme cela, en public. Mais quelque chose se passe. Et si cela prend une ampleur nationale, c’est à la fois de l’art, avec ces belles portes artistiques, et c’est aussi de la thérapie, une manière de rendre leur image à ces mères, à ces femmes et à leur culture.
On me dit que je parle bien. Je ne parle pas mieux que certaines de mes collègues, mais si cela aide, je le fais avec joie. Je suis tellement heureuse d’être en contact avec ces jeunes énergiques. Et si aujourd’hui, avec mon temps et mes moyens, je peux prendre le train et venir à Paris pour aider le projet à circuler, c’est vraiment bien, d’autant plus que les projets autour de Hasnya se multiplient !
Entrée libre
visuel : YH
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