La canicule estivale 2026 a eu des effets indésirables sur de nombreux festivals dont les concerts se déroulaient en extérieur. Ainsi, à Rocamadour, les trois concerts prévus dans la vallée de l’Alzou, située aux pieds de la cité médiévale, ont dû être reportés dans la ville « neuve » de Rocamadour. Cet état de fait a aussi impacté l’Orchestre Consuelo, fondé et dirigé par Victor Julien Laferrière, qui a vu sa venue annulée alors qu’il devait accompagner la très belle pianiste Lise de la Salle.
Les responsables du festival de Rocamadour ont installé Lise de la Salle dans la basilique du Saint Sauveur trop petite pour accueillir aussi un orchestre. C’est donc à un récital de piano que nous avons assisté dans ce lieu chargé d’histoire et de foi intense. L’absence de l’orchestre a poussé Lise de la Salle à changer son programme en dernière minute et nous avons le privilège d’avoir des œuvres de quatre compositeurs qui n’ont plus grand-chose à voir avec le programme original : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Maurice Ravel (1875-1937), Gabriel Fauré (1845-1924) et Frédéric Chopin (1810-1849). Le festival de Rocamadour inspirant les artistes présents on apprécie de voir Lise de la Salle présenter elle même les œuvres qu’elle interprète ; on regrettera seulement que la mauvaise acoustique ne nous permette pas de comprendre tout ce qu’elle raconte au sujet des œuvres.
Lise de la Salle commence la soirée avec trois œuvres de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Dès les premières notes du rondo en ré majeur K 485, on est séduits par la fluidité des doigts qui courent sur le clavier ; la jeune femme fait corps avec son instrument avec une aisance confondante. La technique impeccable, l’utilisation de la pédale parfaite de Lise de la Salle lui permettent d’aborder des répertoires variés sans efforts. Si on apprécie la belle interprétation de la fantaisie en ré mineur N°3 de Mozart, c’est la lecture quasi parfaite de « Ah vous dirais je maman » et de ses variations qui emporte les suffrages tant la jeune femme prend un plaisir non dissimulé à jouer ces variations d’une rare difficulté (mais c’est là une « spécialité » du divin salzbourgeois). Après Mozart, c’est à deux œuvres de Maurice Ravel (1875-1937) que Lise de la Salle s’attaque. La sonatine est fort joliment interprétée, mais c’est Miroirs qui retient l’attention. Les nuances et les tempos sont impeccables et le chef d’œuvre de Ravel trouve la l’une de ses plus belles interprètes.
Au retour de la pause, Lise de la Salle interprète des œuvres de Gabriel Fauré (1845-1924) et de Frédéric Chopin (1810-1849). Là encore, la pianiste séduit par un jeu parfait : nuances, tempos, pédales idéaux. Les mains volant sur le clavier avec une précision remarquable. Qu’il s’agisse des deux barcarolles de Fauré (la N°4 et la N°5) ou des ballades de Chopin (la N°1 en sol mineur et la N°4 en fa mineur), elle nous livre une lecture exceptionnelle des chefs d’œuvre de Fauré et de Chopin. Lecture que les deux hommes n’auraient certainement pas reniée tant elle les défend avec une détermination et une rigueur inégalable.
Si on peut regretter que la venue de l’Orchestre Consuelo ait été annulée pour cause de canicule, on ne peut que saluer la superbe performance de Lise de la Salle qui a enchanté le public avec un programme, certes monté à la hâte, mais tout aussi passionnant que celui prévu au départ.
Visuel : François Le Guen