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Les concerts à ne pas louper : Samara Joy à La Seine Musicale

par Maxime Dorian
04.09.2026
Samara Joy

Elle n’a que 26 ans et déjà six Grammy Awards. Le 10 novembre 2026, Samara Joy sera sur la scène de La Seine Musicale avec Portrait. Une voix exceptionnelle, une technique renversante et un jazz profondément ancré dans la grande tradition américaine. Peut-être un peu trop, parfois. Mais une chose est certaine : pour les amateurs de jazz vocal, ce concert fait partie des rendez-vous à ne pas louper.

Samara Joy, la nouvelle grande voix du jazz américain

26 ans. Six Grammy Awards. Et déjà des comparaisons avec Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan ou Betty Carter. Il y a pire pour commencer une carrière.

Samara Joy est née dans le Bronx, à New York, en 1999. Et la musique est une histoire de famille.

Ses grands-parents dirigeaient un groupe de gospel à Philadelphie. Son père, Antonio McLendon, est lui-même musicien, compositeur et arrangeur. Avant le jazz, il y aura donc le gospel. Samara chante à l’église et grandit avec cette musique.

Le jazz viendra plus tard. Presque par accident.

De Sarah Vaughan aux Grammy Awards

C’est notamment en découvrant Sarah Vaughan que quelque chose se produit. Samara Joy se plonge alors véritablement dans le jazz et l’étudie à SUNY Purchase.

En 2019, elle remporte le prestigieux Sarah Vaughan International Jazz Vocal Competition. Elle a 19 ans. Tout va ensuite aller très vite. Les clubs mythiques. Les festivals. Le Village Vanguard. Le Blue Note. Newport. Montreux. Et les Grammy Awards.

En 2023, elle réalise un doublé spectaculaire avec le Grammy du meilleur album de jazz vocal pour Linger Awhile et, surtout, celui du meilleur nouvel artiste. Une récompense suffisamment rare pour une artiste de jazz pour être soulignée.

Depuis, la collection s’est encore agrandie. Six Grammy Awards au total. Dont, en 2026, celui du meilleur album de jazz vocal pour Portrait. À 26 ans, le CV commence à devenir impressionnant. Très impressionnant.

Portrait, Samara Joy commence à s’émanciper

Mais il reste évidemment la musique. Et cette voix. Profonde. Ronde. D’une justesse assez sidérante. Une voix qui semble parfois surgir directement d’un club de jazz new-yorkais des années 50. C’est à la fois la grande force de Samara Joy. Et, à mon sens, sa limite actuelle. Car soyons clairs : il n’y a rien de véritablement révolutionnaire dans ce qu’elle propose.

Son jazz reste très classique. Parfois même un peu vieillot. Les références sont tellement présentes que l’on pense inévitablement aux grandes voix qui l’ont précédée. Sarah Vaughan. Ella Fitzgerald. Betty Carter. Difficile d’y échapper.

À 26 ans, on aimerait parfois un peu plus de fougue. Un peu plus de risque. Un peu plus d’audace. Quelque chose qui vienne bousculer cette perfection.

Une voix exceptionnelle qui cherche désormais sa propre voie

Mais ce serait injuste de s’arrêter là. Car Portrait montre justement une Samara Joy qui commence à s’affranchir de ses modèles. Elle ne se contente plus d’interpréter. Elle arrange. Elle écrit. Elle dirige son groupe. Elle se considère elle-même comme une musicienne au milieu des autres musiciens, sa voix devenant parfois un instrument supplémentaire au sein de l’ensemble. Et le répertoire s’ouvre.

Aux côtés des standards apparaissent des compositions liées à Charles Mingus ou Sun Ra. Une manière de sortir progressivement du confortable costume de « nouvelle grande voix du jazz classique » que l’on s’est peut-être empressé de lui faire porter.

Quand Samara Joy chante a cappella

Et puis il y a ces moments où toutes les réserves disparaissent. Il suffit parfois d’une voix. Sans rien autour.

L’introduction de Reincarnation Of A Lovebird en est une magnifique illustration. Plus de deux minutes pratiquement seule avec sa voix. Et quelle voix. La technique est impressionnante. La maîtrise aussi.

Mais surtout cette facilité apparente à se déplacer dans la mélodie, à jouer avec les notes, à utiliser sa voix comme un instrument. C’est probablement là que Samara Joy devient la plus fascinante. Lorsque la technique cesse de se montrer. Et qu’il ne reste que la musique.

Portrait, entre standards de jazz et nouvelles libertés

Portrait porte bien son nom. Parce qu’il donne probablement une image plus personnelle de celle que Samara Joy est en train de devenir.

L’album mélange standards et textes originaux, avec des arrangements particulièrement soignés. Le jazz vintage est toujours là. Impossible de le manquer. Mais quelques fenêtres commencent à s’ouvrir. Et c’est peut-être cela qu’il faudra particulièrement observer sur scène.

Cette jeune femme peut-elle conserver cet héritage immense tout en s’en libérant ? Peut-elle passer du statut d’héritière exceptionnelle à celui d’artiste véritablement singulière ? À 26 ans, elle a évidemment tout le temps pour répondre.

Samara Joy à La Seine Musicale le 10 novembre 2026

Car il y a une chose que le disque ne permet jamais complètement de mesurer. La scène. Et Samara Joy s’y est déjà forgé une sérieuse réputation.

Cette voix, ce phrasé, cette maîtrise prennent nécessairement une autre dimension lorsque les musiciens sont là et que l’improvisation peut reprendre ses droits. C’est aussi là que l’on espère la voir sortir davantage du cadre.

Lâcher prise. Prendre des risques. Nous surprendre. La perfection, c’est impressionnant. La faille peut être plus belle encore.

Le 10 novembre prochain, Samara Joy sera à La Seine Musicale avec Portrait et cette voix qui, à seulement 26 ans, l’a déjà installée parmi les figures majeures du jazz vocal contemporain.

Pour les amateurs de jazz, c’est un concert à ne pas louper. Pour les autres ? Ce sera peut-être l’occasion de découvrir qu’en 2026, une jeune femme du Bronx peut encore remplir une salle en chantant une musique vieille de près d’un siècle. Sans chercher à la rendre artificiellement moderne. Et rien que pour cela, Samara Joy mérite d’être entendue.

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Visuel : Affiche de l’évènement