Un nom emprunté à une grand-mère, des synthétiseurs d’un autre âge, des mélodies irrésistiblement dansantes et des textes traversés par les inquiétudes du monde contemporain. Le duo franco-britannique Pamela cultive les contrastes. Quelques minutes avant leur entrée sur scène aux Primeurs de Massy, Samuel Sprent et Simon Quénéa se confient sur leur complicité, leurs désaccords créatifs, la colère qui nourrit leur premier album et cette conviction : la musique peut encore nous rassembler.
À quelques minutes de leur entrée sur scène, les deux membres de Pamela ont une énergie communicative. Les plaisanteries fusent, les réponses se croisent, les souvenirs s’entremêlent. L’un commence une phrase, l’autre la complète ou la contredit. Leur complicité ne ressemble pas à une entente soigneusement mise en scène : elle est vivante, parfois désordonnée, toujours réjouissante.
Leur musique fonctionne sur le même principe. Des rythmes électro-rock qui donnent immédiatement envie de danser, des sonorités analogiques qui évoquent plusieurs décennies de musique britannique et, derrière cette apparente légèreté, des paroles autrement plus sombres. Crise climatique, montée de l’autoritarisme, inquiétude face à l’avenir : Pamela fait de la fête un espace où la colère et l’espoir peuvent cohabiter.
L’entretien commence dans la bonne humeur. Il se poursuit sur des questions plus intimes, notamment la paternité et la difficulté de trouver sa place dans un monde qui semble perdre ses repères. Puis vient le moment de rejoindre la scène. Quelques instants plus tard, les basses prendront le relais des mots.
« Pamela, c’est le prénom de ma grand-mère »
Samuel Sprent — Pour être honnête, je ne connaissais pas le festival ! Pourtant, cela fait longtemps que je fais de la musique. Avec mes précédents groupes, je n’avais jamais eu la chance d’y être invité.
Simon Quénéa : Moi, si ! J’ai déjà eu cette chance.
Samuel Sprent : Oui, mais tu as fait plein d’autres choses que je n’ai pas faites ! En tout cas, je suis très heureux d’être ici. Et puis, le nom « Primeurs » me fait forcément penser au marché, aux légumes…
Simon Quénéa : Pourtant, il y a un lien ! Les légumes me font penser à ceux que mes grands-parents m’apportaient chaque semaine.
Samuel Sprent : Et Pamela, c’est justement le prénom de ma grand-mère.
« Ce n’est pas de savoir qui a le dernier mot, mais comment avancer ensemble »
Samuel Sprent : Personne ! Parfois, c’est l’un, parfois, c’est l’autre.
Simon Quénéa : Après avoir connu des groupes à six, on se rend compte qu’à deux, certaines choses sont plus simples. Mais cela reste une histoire humaine. Il faut faire attention à l’autre.
Samuel Sprent : Finalement, c’est un peu comme dans un couple ou dans une amitié. Il y a des désaccords, des moments où l’on se trompe, où l’on met du temps à reconnaître qu’on a peut-être eu tort.
Simon Quénéa : Ce qui compte, c’est d’essayer de trouver des solutions plutôt que de tout casser. La vraie question n’est pas de savoir qui a le dernier mot, mais comment on fait pour avancer ensemble.
Samuel Sprent : Moi, je pense que oui. À trop réfléchir, on finit par perdre quelque chose. Je suis plutôt dans l’instantanéité.
Simon Quénéa : Moi, je ne suis pas d’accord. Je suis un besogneux. J’ai besoin de travailler, travailler, travailler. Certains morceaux peuvent prendre trois heures, d’autres soixante jours. Réussir quelque chose demande du temps, de l’énergie et de l’amour.
Même dans l’art, je pense qu’il y a un besoin de réflexion important. J’ai besoin de me demander pourquoi je fais les choses. Je ne fais pas de la musique simplement pour faire de la musique. Je fais de l’art pour me questionner.
Je recherche constamment une forme de perfection que je sais impossible à atteindre. C’est difficile pour moi d’être satisfait.
Et puis, je finis par embêter Samuel, qui me demande : « Mais pourquoi tu touches encore à ça ? » Parce que je ne suis pas encore sûr !
« On adore la musique actuelle »
Simon Quénéa : Pas du tout ! J’adore la musique actuelle. Il y a des albums incroyables qui sortent aujourd’hui, notamment ceux de Fontaines D.C., de Shame ou de Gwendoline. Il se passe énormément de choses intéressantes. Quand on fait de la musique, c’est avant tout parce qu’on a envie de faire sa propre musique.
C’est amusant que vous évoquiez les années 1980, parce que mes influences viennent beaucoup des années 1970, 1990 et 2010. Il y a évidemment des groupes comme Joy Division, mais ce n’est pas la seule période qui nous inspire.
Simon Quénéa : Oui, bien sûr. Nous avons beaucoup de synthétiseurs qui datent de la fin des années 1970 et du début des années 1980.
On a la chance de travailler avec des instruments analogiques. C’est merveilleux parce qu’il y a de gros boutons qu’on peut tourner, manipuler. Il y a un véritable aspect ludique, quelque chose de très physique.
Plutôt que de rester derrière un ordinateur, on touche les instruments, on joue avec les sons. On sent presque l’électricité passer. C’est quelque chose de très organique que j’adore.
Samuel Sprent : Oui, l’anglais est naturel pour moi puisque je suis anglais ! On ne s’est pas vraiment posé la question. C’est aussi une question de culture : on aime beaucoup la musique anglo-saxonne. Et puis, chanter en anglais permet aussi de voyager un peu plus, de franchir les frontières.
« Faire la fête, c’est aussi une manière d’échapper à ce qui nous angoisse »
Samuel Sprent : Oui, complètement. Pendant longtemps, j’ai eu tendance à me perdre un peu dans la fête, avec des années d’addiction et tout ça. Aujourd’hui, je suis sorti de cette période.
Et puis, avec tout ce qui se passe autour de nous, de près ou de loin, sur le plan politique ou climatique, et le fait d’accueillir un enfant dans ce monde, ça soulève énormément de questions. Forcément, les thèmes de l’album sont devenus assez anxiogènes.
Simon Quénéa : Mais au fond, on reste quand même des gens assez positifs ! Là, on donne l’impression d’être très dépressifs, mais ce n’est pas vraiment le cas ! (Rires.)
Samuel Sprent : Il y a beaucoup de colère dans cet album. La montée de l’autoritarisme, le retour de discours qu’on pensait appartenir au passé, certaines formes de racisme qui semblent aujourd’hui s’exprimer beaucoup plus ouvertement… Tout cela nous révolte.
Simon Quénéa : Quand on était plus jeunes, on avait appris à l’école comment fonctionnaient les propagandes, les mécanismes de manipulation. On avait parfois l’impression que ces choses appartenaient à l’histoire.
Aujourd’hui, on les retrouve dans le débat public, dans les médias. C’est inquiétant.
Je suis très en colère contre beaucoup de choses. Mais cette colère vient aussi de l’amour : de ce qui nous tient à cœur, de ce qu’on voudrait préserver.
« On voulait un album qui s’écoute comme un DJ set »
Samuel Sprent : Simon avait vraiment envie de construire l’album comme un DJ set, avec des morceaux qui s’enchaînent du début à la fin. On a travaillé sur les sons, les textures, les transitions. On a eu la chance de pouvoir prendre le temps de le faire.
On voulait aussi un album très humain, avec quelque chose d’organique, de fait à la main.
« Si le succès arrive, toute la famille montera dans le tour bus »
Samuel Sprent : Merci ! Oui, j’ai un petit garçon.
Pour l’instant, j’arrive plutôt bien à trouver un équilibre. Les concerts ont souvent lieu le week-end, ce qui peut être compliqué pour la vie de famille, mais je suis présent le reste de la semaine.
Je n’ai pas envie d’arrêter la musique pour autant.
C’est l’idée ! Si le succès arrive, toute la famille montera dans le tour bus !
Simon Quénéa : Ça ne me fait pas peur. Si j’ai un enfant un jour, je ne pense pas que cela changerait mon envie de faire de la musique. C’est tellement ancré en nous que je ne me vois pas faire autre chose.
Et puis, pourquoi ne pas imaginer toute la famille réunie dans le même tour bus ?
« On voudrait que le public reparte avec le sentiment de ne pas être seul »
Samuel Sprent : Qu’ils aient passé un moment un peu hors du temps, quelque chose qui leur fasse du bien.
Simon Quénéa : Moi, j’aime beaucoup l’idée de s’évader. De pouvoir chanter ensemble, de se dire qu’on n’est pas tout seul. Parce qu’on peut être seul, même au milieu d’une foule. L’idée, c’est de se dire qu’on est ensemble.
PAMELA
1er Album, Dancing on the Edge, sortie le 20 novembre 2026
La maroquinerie – 2 Février 2027
Dates de tournée à venir
Crédit Photo : © Guillaume Menard