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Lila-May : 18 ans, une voix qui semble avoir vécu mille vies

par Maxime Dorian
03.11.2026
LILA MAY – Bring it back – Les Primeurs de MAssy

À seulement 18 ans, Lila-May possède une voix et une présence scénique qui semblent raconter bien davantage que son jeune âge. Rencontrée à l’issue de son concert aux Primeurs de Massy, la chanteuse se livre avec une spontanéité désarmante sur ses premières amours, la solitude, la peur de grandir, son admiration pour Amy Winehouse et son ambition de faire découvrir le jazz à sa génération. Une artiste à suivre de très près.

Il y a des voix qui séduisent. D’autres qui impressionnent. Et puis il y a celles qui bouleversent, presque inexplicablement. Celle de Lila-May appartient à cette dernière catégorie.

Sur la scène des Primeurs de Massy, la jeune chanteuse déploie une étonnante palette d’émotions. Son phrasé, ses silences, son articulation et cette manière si particulière de laisser les mots suspendus dans l’air évoquent irrésistiblement Amy Winehouse. La gestuelle aussi, habitée, parfois presque théâtrale. Mais derrière cette filiation assumée se dessine déjà une personnalité singulière.

À 18 ans, Lila-May vient de quitter le lycée et a choisi de consacrer toute son énergie à la musique. Elle compose avec son frère, Milo Cintas, chante ses blessures autant que ses espoirs et rêve de réconcilier la génération Z avec le jazz. La timidité qu’elle confesse sur scène contraste avec l’étonnante assurance dont elle fait preuve dès qu’elle se met à chanter.

Quelques minutes après son concert, elle se prête au jeu de l’interview. Avec une franchise et une maturité qui prolongent l’émotion ressentie dans la salle.

« Avec mon frère, on construit les chansons ensemble »

Cult.News : Vous êtes actuellement en tournée. Les musiciens qui vous accompagnent ce soir sont-ils ceux avec lesquels vous travaillez habituellement ?

Lila-May : Oui, ce sont les musiciens qui m’accompagnent sur toutes les dates de la tournée. Et parmi eux, il y a mon frère !

Vous composez justement ensemble. Comment fonctionne cette collaboration ? Qui a le dernier mot ?

Franchement, on s’entend tellement bien ! On habite dans la même maison, donc on peut faire de la musique tout le temps. C’est une chance, mais parfois aussi un piège : on peut facilement s’éparpiller, puisqu’il n’y a pas vraiment d’horaires.

Pour la composition, c’est un échange permanent. On ajoute des idées aux idées, jusqu’à ce qu’un morceau prenne forme. J’ai parfois tendance à dire : « Non, je ne veux pas ça ! » Mon frère est très à l’écoute, donc je dirais que c’est peut-être moi qui ai le dernier mot. Mais il n’y a pas vraiment de chef. On fait aussi écouter nos morceaux à beaucoup de monde pour recueillir des avis.

Vous revendiquez de nombreuses influences, notamment soul et jazz. Comment éviter qu’elles ne prennent le dessus sur votre propre identité musicale ?

Au début, c’était justement notre piège. On se disait : « On va faire un morceau comme Aretha Franklin », par exemple. Mais à force de vouloir ressembler à un artiste, on finissait par se perdre.

Aujourd’hui, on écoute toujours énormément de musique pour trouver une ambiance, une couleur, une inspiration. Mais avec l’habitude, on arrive davantage à retrouver notre propre univers. Moi, j’apporte ma voix, ma manière d’interpréter, et mon frère a développé sa propre identité dans la composition.

On sent maintenant assez vite si un morceau nous ressemble ou non. Quand ce n’est pas le cas, j’ai même du mal à chanter dessus. Il faut que la musique me touche. Sinon, elle ne me représente pas.

« Je découvre la liberté de pouvoir faire ce que j’aime »

Vous venez de terminer le lycée. Après le baccalauréat, avez-vous envisagé de poursuivre des études ou avez-vous décidé de vous consacrer entièrement à la musique ?

Je ne veux pas faire d’études ! Passer le bac, c’était déjà une étape importante pour moi.

J’ai publié ma première chanson il y a deux ans. Quand j’ai commencé à voir qu’elle plaisait, j’ai compris à quel point je voulais faire de la musique. Mais il me restait encore deux années de lycée. Je me suis dit que j’allais les terminer et qu’ensuite, je pourrais enfin me consacrer à ce que j’aime.

Aujourd’hui, je découvre cette liberté et la chance de pouvoir faire de la musique tous les jours. Je donne tout : la composition, les concerts, les projets. Mon objectif, c’est d’aller le plus loin possible.

« C’est plus facile de chanter devant 7 000 personnes que de déclarer ses sentiments à une seule »

Sur scène, vous racontez avoir eu du mal à avouer vos sentiments à un garçon. Est-ce finalement plus facile de chanter devant une salle entière que de dire à une seule personne qu’on l’aime ?

Oui, je crois ! C’est assez drôle, d’ailleurs.

Je n’ai jamais vraiment été gênée devant les gens. Chanter devant 500 ou 7 000 personnes, pour moi, c’est génial. Mais il est beaucoup plus facile de s’adresser à une foule qu’à une seule personne.

J’ai toujours su que je voulais faire ce métier. Raconter ce que j’ai vécu devant un public ne m’intimide pas, parce que je sais que d’autres personnes peuvent se reconnaître dans mes chansons. Si mon histoire peut les aider, c’est formidable.

Ce qui est amusant, c’est que je peux raconter cette histoire à des milliers de personnes alors que le garçon concerné, lui, n’a jamais su ce que je ressentais !

La solitude revient souvent dans vos chansons. Est-ce un sentiment qui a particulièrement marqué votre adolescence ?

Oui, je me suis beaucoup sentie seule, même si j’ai toujours eu des amis. On peut être entouré et avoir malgré tout le sentiment de ne pas être tout à fait à sa place.

Les choses se sont un peu améliorées au lycée. Mais je me sentais surtout seule sur le plan amoureux. Je n’avais jamais eu de relation et aucun garçon ne m’avait vraiment fait comprendre qu’il s’intéressait à moi.

À cet âge-là, on a l’impression que tout le monde vit ses premières histoires d’amour. Je me demandais : « Pourquoi pas moi ? Pourquoi est-ce que ça ne m’arrive pas ? »

Je pense être très loin d’être la seule adolescente à avoir ressenti cela. Et ce sentiment peut aussi exister à l’âge adulte.

« Grandir, c’est aussi voir ceux qu’on aime vieillir »

Vous dites être nostalgique, tout en ayant peur de grandir. N’est-ce pas paradoxal d’être déjà nostalgique d’une jeunesse que vous êtes encore en train de vivre ?

C’est exactement ça !

Ma nostalgie concerne d’abord mon enfance, qui est déjà derrière moi. Mais j’ai aussi tendance à être nostalgique de beaucoup de choses. Et ce n’est pas forcément une bonne chose, parce qu’on peut finir par vivre un peu trop dans le passé.

Ce qui est difficile, c’est surtout d’accepter de grandir. Ce n’est pas seulement mon propre âge qui me fait peur. Si je grandis, cela signifie aussi que les personnes que j’aime grandissent et vieillissent.

Je vois mes proches vieillir, je vois le temps passer. C’est quelque chose qui me touche énormément.

« Amy Winehouse m’a beaucoup inspirée, mais je veux être moi-même »

Vous n’avez que 18 ans, et pourtant votre voix semble porter une expérience de vie considérable. Ce qui frappe, au-delà du timbre, c’est votre articulation, votre façon de ménager les silences, de faire vivre chaque mot. Et sur scène, votre gestuelle rappelle parfois Amy Winehouse. Est-ce une influence consciente ?

Amy Winehouse est une immense inspiration pour moi depuis que je suis très jeune. J’écoute énormément ses chansons et j’ai regardé beaucoup de ses prestations sur scène.

Avant de commencer à donner des concerts, je regardais justement des vidéos d’artistes pour comprendre leur manière d’occuper la scène. Amy Winehouse en faisait évidemment partie.

Je pense donc qu’elle m’a influencée, même si, une fois sur scène, je ne me dis jamais que je veux faire comme elle. Je veux rester moi-même.

Ce qui impressionne surtout, c’est cette capacité à transmettre une émotion presque physique. Comment faites-vous pour retrouver cette intensité à chaque interprétation ?

Toutes mes chansons correspondent à des moments de ma vie.

Quand je les chante, je me replonge dans ce que je vivais au moment où je les ai écrites. Je retrouve l’état émotionnel dans lequel j’étais. D’une certaine manière, je revis ces moments à chaque concert.

J’écris parce que j’en ai besoin. J’ai tendance à énormément réfléchir, à laisser les pensées tourner dans ma tête. Les mettre en mots me permet de m’en libérer.

Ensuite, quand je chante, j’essaie de retrouver ce que je ressentais, mais aussi de transmettre cette émotion au public. Certaines chansons sont joyeuses, d’autres plus tristes. Dans les deux cas, l’émotion permet de faire passer un message.

Vos chansons vous permettent-elles aussi de dire des choses que vous n’oseriez pas exprimer dans la vie quotidienne ?

Oui, il y a de ça.

Mais la musique est aussi un formidable moyen de communiquer. Elle permet de toucher des personnes qui n’auraient peut-être jamais entendu certains messages autrement.

Parfois, on écoute une chanson sans même prendre conscience de ce que racontent les paroles. Pourtant, elles peuvent porter des idées importantes. Je trouve essentiel d’utiliser l’art pour transmettre quelque chose.

« On a besoin d’espoir dans un monde qui fait de plus en plus peur »

Sur scène, vous avez également beaucoup parlé d’espoir. Est-ce un besoin personnel ou quelque chose que vous ressentez plus largement chez votre génération ?

J’essaie d’avoir de l’espoir pour le monde dans lequel on vit.

Dans Bring It Back, notamment, je parle de cette impression que nous entrons dans un monde qui fait de plus en plus peur.

Je pense que nous avons besoin d’espérer que les choses vont s’arranger, que l’avenir sera meilleur.

C’est une chanson importante pour moi parce qu’elle me donne de l’espoir. Et c’est aussi ce que j’aimerais transmettre à travers ma musique.

« Réconcilier la génération Z avec le jazz »

Vous avez repris History Repeating, le morceau des Propellerheads avec Shirley Bassey. Un choix étonnant pour une artiste de 18 ans ! Comment l’avez-vous découvert ?

Je ne connaissais pas cette chanson !

C’est mon producteur qui me l’a fait découvrir dès notre première rencontre. Il m’a proposé l’idée d’une reprise.

Avec mon frère, on a tout de suite adoré le morceau et on a commencé à imaginer comment le transformer pour qu’il nous ressemble. On a travaillé dessus jusqu’à trouver notre propre version.

Vous conservez l’énergie rythmique du morceau, tout en lui apportant votre signature. Ce soir, le public semblait particulièrement réceptif. Vous avez aussi évoqué votre envie de réconcilier la génération Z avec le jazz. Aux Primeurs de Massy, avez-vous le sentiment que ce pari commence à être gagné ?

Oui, complètement !

Je vois chaque jour que les choses avancent. Il y a de plus en plus de personnes qui me suivent sur les réseaux sociaux et, sur scène, je constate que ma musique plaît.

C’est merveilleux. Et si elle plaît ici aujourd’hui, j’espère qu’elle pourra plaire un jour dans le monde entier !

« Les réseaux sociaux sont un outil, pas une fin en soi »

Vos chansons prennent le temps de raconter des histoires et de développer des émotions. N’est-ce pas presque à contre-courant d’une génération habituée aux formats très courts, aux vidéos qui défilent et à la consommation permanente de contenus ?

Il y a effectivement cette tendance à toujours consommer davantage, à passer très vite d’une chose à l’autre.

Mais je pense que les réseaux sociaux doivent être utilisés comme des outils. Ils offrent une visibilité incroyable. Aujourd’hui, quelqu’un de ma génération peut se faire connaître beaucoup plus facilement qu’avant.

C’est une chance immense pour les artistes. En revanche, dans ce monde où tout défile, il faut réussir à se démarquer et à proposer quelque chose qui nous ressemble vraiment.

Vous chantez exclusivement en anglais. Est-ce un choix artistique ou une manière d’envisager dès maintenant une carrière internationale ?

Les deux.

D’abord, je m’exprime beaucoup plus facilement en anglais. C’est la langue dans laquelle je me sens le plus moi-même artistiquement.

Et puis je ne veux pas rester uniquement en France. J’ai envie de voyager, de faire découvrir ma musique partout dans le monde.

Même si certains ne comprennent pas immédiatement les paroles, ils peuvent les traduire. Cela peut aussi leur permettre de découvrir la langue.

« J’aimerais raconter une véritable histoire à travers un album »

Dans votre premier album, avez-vous cherché à construire un parcours narratif, une histoire qui relierait les chansons entre elles ?

Pas complètement.

J’ai surtout réfléchi à la dynamique de l’album, à la manière d’enchaîner les morceaux pour que l’écoute soit agréable. J’ai placé certaines chansons à des endroits précis parce que je trouvais que cela fonctionnait musicalement.

Mais je n’ai pas construit un récit linéaire, avec un message qui se développerait du début à la fin.

C’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire dans un prochain projet.

Après les Primeurs de Massy, quelle sera la suite ?

Il y a déjà d’autres concerts prévus, notamment des premières parties. Nous allons également annoncer de nouvelles dates dans les prochains mois, avec un concert parisien en préparation.

J’espère que toutes ces scènes nous permettront de continuer à grandir et que d’autres occasions se présenteront.

Ce n’est que le début !

Lila-May poursuivra sa tournée dans plusieurs villes françaises, avant de retrouver le public parisien le 24 février 2027 au Café de la Danse. Une occasion de découvrir sur scène cette jeune voix qui pourrait bien compter parmi les révélations du jazz de demain.

LILA-MAY

Album Before I Blink

sorti le 26 juin 2026