Le vendredi 23 octobre signe la fin imminente de Cinemed, du fait des manifestations dans la journée de samedi qui ne permettent que quelques projections le matin. Quelques courts-métrages pour finir, et un très bon film roumain clôt la journée.
4 derniers courts métrages sont projetés aujourd’hui.
Deux plutôt contemplatifs. D’abord, Mambo Kids : le récit suit deux jeunes italiens, sous le soleil d’été, entre anecdotes amoureuses et balade forestière. Emanuela Tresca, réalisateur, met en scène l’ennui d’été, où la jeunesse laisse le temps filer sans s’en rendre compte. Ensuite, Ningú Borda (Personne n’aboie) de la réalisatrice espagnol Júlia Coldwell Serra est présenté. L’œuvre aborde la question du deuil enfantin – ici précisément deuil de l’animal de compagnie – et le droit à rêver. Aux couleurs claires et douces, la relation qui émane entre une tante et son neveu, absolument adorable, fini dans une tendre poésie.
Les deux autres courts de la sélection sont plus engagés. Voisin, film serbe de Dan Grabnar, aborde la répression des manifestations par l’angle d’un policier ; thème on ne peut plus actuel. L’engagement politique fait face à la violence, et la tension se maintient durant les 16 minutes de la projection. Enfin, Le Téléphone de Damas de Chérine Yazbeck illustre le deuil, dont on ne peut parfois jamais se défaire. Après la chute du régime de Bachar el-Assad, 150 000 disparus restent dans le cœur de la population, et les milliers de morts ne peuvent être ramenés. L’œuvre questionne profondément sur la reconstruction d’une société après une expérience dictatoriale. Une citation marquante se dégage : « Comment vivre dans un pays qui a une odeur de sang ? ».
I matter est le premier film réalisé par la roumaine Alina Șerban, 38 ans. Diplômée de la NYU Tisch School of the Arts et de la Royal Academy of Dramatic Art à Londres, elle a reçu de multiples prix en tant qu’actrice pour ses rôles dans Seule à mon mariage (2018) et Gipsy Queen (2019).
Dans son film, on suit Rebeca, superbement interprétée par Denisa Farcaș, vivant dans un foyer d’accueil. Bientôt 18 ans, elle risque d’être contrainte du foyer, devenu sa maison. Les conditions de vie sont dures, entre contraintes budgétaires et parcours de vie compliqués de tous les jeunes du foyer. Toutefois, le film n’est pas larmoyant, il représente une réalité abrupte. De multiples scènes des enfants téléphonant à leurs parents, tous visiblement manquant à leur rôle de figure éducative, sont parsemées subtilement.
Les personnages sont complexes, et pas idéalisés. Le récit montre une certaine agressivité des jeunes du foyer, inhérente à leur situation. Des scènes utilisant le rap actuel roumain intègrent ces jeunes au monde contemporain, où l’espoir de réussite est avant tout matériel. Cet espoir est également symbolisé par les couleurs vives du film, prenantes et rayonnantes.
Très jolie proposition, ce film semble tout à fait personnel au vu de la trajectoire de la protagoniste, liée à la réalisatrice avec qui elle partage l’amour du jeu dramatique et des origines roms, toujours signe de stigmatisation.