Trois récits brefs, cruels et parfaitement maîtrisés, où la violence masculine finit par rencontrer autre chose que le silence.
Trois femmes, trois histoires, trois façons d’être prises dans des rapports de domination qui les dépassent d’abord. Marie Pavlenko construit son livre comme un triptyque : chaque texte possède son rythme, sa logique, sa menace propre, mais tous avancent vers le même point de tension. Jusqu’où supporter ? À quel moment la peur change-t-elle de camp ?
Le dispositif pourrait sembler démonstratif. Il ne l’est jamais. Pavlenko préfère le déplacement, le trouble, l’irruption d’un détail qui fait soudain vaciller ce que l’on croyait avoir compris. La violence est là, frontale parfois, mais le livre ne se contente pas de la montrer. Il travaille surtout le moment où quelque chose se retourne.
L’écriture est sèche, précise, sans graisse. Elle installe très vite une atmosphère, puis la dérègle. Le réalisme se fissure, l’inquiétude gagne, et l’on comprend que la logique ordinaire ne suffira peut-être pas à régler ce qui se joue. Cette part d’étrangeté donne au livre toute sa force : la riposte n’a pas besoin d’être réaliste pour être juste.
La deuxième nouvelle m’a particulièrement saisie par sa chute, aussi nette qu’imprévisible. Mais l’ensemble impressionne par sa cohérence et sa maîtrise. Et nue, je suis entrée dans l’eau est un livre court, tendu, presque sans temps mort, qui fait de la justice poétique non pas une consolation, mais une manière de rendre enfin aux femmes une puissance d’action. Une lecture dérangeante, féroce, et très réjouissante dans ce qu’elle refuse de laisser impuni.
Marie Pavlenko, Et nue, je suis entrée dans l’eau, sortie le 16 septembre 2026, Payot et Rivages, 96 p., 14 euros.
Visuel : @ Couverture du livre