Dans son dernier ouvrage à la langue claire et aux propos passionnants, le directeur de recherche au CNRS s’inscrit contre le constructivisme et un certain relativisme.
Pourquoi comprenons-nous le monde ? s’inscrit dans la lignée des trois livres précédents de Bernard Lahire : Les Structures fondamentales des sociétés humaines (La Découverte, 2023), Vers une science sociale du vivant (La Découverte, 2025) et Savoir ou périr (Seuil, 2025). Le chercheur continue d’y déployer une vaste réflexion sur les sciences, convoquant la sociologie comme les mathématiques, l’anthropologie, l’éthologie ou la généalogie. Cette réflexion épistémologique se révèle passionnante grâce à la pédagogie de Bernard Lahire.
Au départ du livre, il y a cette opposition entre le réalisme et le constructivisme. « Pour les tenants du réalisme, non seulement le réel existe indépendamment des observateurs et ne disparaît pas quand ceux-ci cessent de l’observer ou de l’étudier, mais il est objectivement structuré par des processus, des mécanismes ou des lois que la connaissance scientifique s’emploie à mettre au jour. En revanche, pour les défenseurs les plus radiaux du constructivisme, le statut du réel est beaucoup plus incertain. Il dépend des constructions culturelles à partir desquelles nous l’interrogeons, et il n’a pas de véritable existence en dehors d’elles. » Chapitre par chapitre, Bernard Lahire démontre que la science, si elle veut progresser, ne peut qu’accepter le principe de réalité. En s’inscrivant notamment contre les théories farfelues de Bruno Latour, Bernard Lahire attaque le constructivisme.
Les chapitres sur les convergences, le biomimétisme, le techno-inspirationnisme scientifique, le réalisme involontaire des théories pures, les consiliences de théories empiriques ou de classes de faits et les analogies et ponts au sein de la mathématique se révèlent passionnants. Convoquant Grothendieck, Einstein, Bourdieu, Durkheim, etc., Bernard Lahire note que « la réalité […] est structurée objectivement par des propriétés invariantes et des lois générales, et que l’humain n’a fait tout au long de son histoire, avec ses propres moyens (symboliques et artéfactuels), que traduire pratiquement, techniquement, ou mettre au jour et nommer théoriquement ces propriétés et ces lois silencieuses. »
Pourquoi comprenons-nous le monde ?, Bernard LAHIRE, Editions La Découverte, Sciences humaines / Sciences sociales du vivant, 200 pages, 20 €
Visuel : © Couverture du livre