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La réalisatrice Milena-Maria Smaczny : « Un projet de film est toujours un compromis entre notre imagination et la réalité »

par Hannah Starman
19.05.2026

La réalisatrice allemande Milena-Marie Smaczny a réalisé, avec Magdalena Zięba-Schwind, l’épisode des Famous Orchestras consacré à l’Orchestre national de France. Nous nous sommes entretenus avec elle autour de la musique, de la captation et de la transmission à l’occasion de la sortie du documentaire sur Arte, qui sera disponible en replay jusqu’au 9 octobre 2026.

Vous venez de signer avec Magdalena Zięba-Schwind le documentaire consacré à l’Orchestre national de France. Comment est né ce projet ?

 

La série Famous Orchestras, qui inclut l’Orchestre National de France, l’Orchestre philharmonique de Berlin, l’Orchestre philharmonique de Vienne et le Concertgebouw Orchestra, a été créée à l’initiative des chaînes de télévision allemandes WDR et Bayerischer Rundfunk, conjointement avec Arte. L’approche d’Arte consistait à mettre en valeur la spécificité de chaque orchestre : les différentes cultures de jeu, ainsi que l’influence de la ville ou des paysages où ils se trouvent. Accentus Music, la société de production pour laquelle je travaille, en a produit deux : l’un sur l’ONF et l’autre sur le Concertgebouw, mais chaque film a été réalisé par des réalisateurs et des réalisatrices différents. C’est mon premier long-métrage documentaire. Avant Famous Orchestra, j’ai réalisé la captation d’un concert de musique de chambre avec Elena Bashkirova & Friends, certains chapitres d’un documentaire consacré à Arnold Schoenberg, ainsi que d’autres petits reportages.

 

Vous n’avez que 30 ans et déjà quelques beaux projets à votre actif. Comment avez-vous commencé à travailler dans ce métier ?

 

Je suis née à Leipzig, la ville de la musique. J.S. Bach, Felix Mendelssohn, Clara et Robert Schumann ont tous vécu à Leipzig. Ma mère était harpiste à l’Orchestre Gewandhaus et mon grand-père y jouait le premier violon pendant quelque temps. J’ai grandi avec la musique et les orchestres. Ma mère m’a expliqué le fonctionnement d’un orchestre et nous avons vu beaucoup de concerts ensemble. J’ai fait mes études de théâtre et de musique et j’ai commencé à travailler dans l’opéra. J’ai travaillé comme assistante de mise en scène au Staatsoper de Berlin, puis j’ai rejoint mon père – directeur d’Accentus Music – dans le film. J’ai dû avoir dix-neuf, vingt ans quand j’ai commencé à faire des captations de concerts et de ballets avec mon père et cela m’a plu, donc j’ai continué. J’adore travailler avec la musique.

 

Quelles connaissances nécessite ce métier ? Faut-il être musicien ? Pouvoir lire une partition ? Suffit-il d’être un bon réalisateur ?

 

Lorsqu’on travaille sur de grandes captations de concerts ou d’opéras en tant qu’assistante à la réalisation, savoir lire une partition est essentiel. Sans cela, il serait pratiquement impossible de suivre le travail musical et de préparer la réalisation. Mais plus généralement, je pense qu’il faut avoir de l’admiration pour la musique classique. Parce que c’est l’admiration pour la musique que nous cherchons à transmettre au public. On voit qu’il y a beaucoup moins de jeunes qui assistent aux concerts. Pour les intéresser à la musique classique, il faut une certaine connaissance musicale et, surtout, l’amour de la musique qu’on transmet au public. Pendant le montage, c’est très utile d’avoir un sens du rythme. Mais au-delà de ça, il faut aussi savoir raconter des histoires, créer une narration qui permette au public d’entrer émotionnellement dans cet univers.

 

Pensez-vous qu’on peut utiliser le film pour attirer les jeunes ?

 

Le jeune public est plutôt présent sur les réseaux sociaux, comme Instagram, TikTok, etc. De nombreux influenceurs réalisent de très courts métrages à partir de pièces classiques. Personnellement, je trouve que des clips d’une minute ou même de 30 secondes ne suffisent pas pour se familiariser avec la musique. J’aimerais développer un format captivant et amusant pour les jeunes, afin qu’ils consacrent davantage de temps à la découverte des pièces. On ne peut pas comprimer le temps et pour apprendre à aimer la musique classique, il faut prendre le temps. Mais je pense surtout qu’on peut toucher des personnes de tous les âges grâce à des histoires personnelles et émouvantes, et leur faire découvrir la musique classique d’une manière plus intime et plus accessible. J’espère que nous avons réussi à transmettre cela avec le film.

 

Quels projets avez-vous déjà réalisés ? Lesquels vous ont le plus marqué ?

 

Le premier projet transformateur a été ma première assistance au Staatsoper de Berlin. J’ai assisté Jürgen Flimm dans sa mise en scène des Noces de Figaro. C’était la première fois que j’ai travaillé en coulisses, et j’ai suivi toutes les étapes de la production. C’était une expérience très précieuse. Après, j’ai travaillé avec d’autres metteurs en scène pour les captations des concerts, par exemple, avec Michael Beyer. C’est le metteur en scène du Concert de Nouvel An de Vienne et il m’a beaucoup appris. J’ai aussi réalisé de très beaux projets de captation avec Ute Feudel qui m’ont beaucoup marquée. Il y a deux ans, j’ai participé à la captation du Ring de Wagner ; avant ça, à celle du Festival Mahler ; l’année dernière, nous avons capté le Festival Chostakovitch à Leipzig. J’ai aussi assisté Jan Schmidt-Garre sur plusieurs de ses films, notamment lors de la captation d’un extrait des Noces de Figaro, réalisée en studio avec une caméra à 360 degrés.

 

Est-ce que votre travail vous a permis de rencontrer des musiciens que vous admirez ?

 

Oui, bien sûr. Je me souviens de rencontres quand j’étais toute petite. Mon père produisait presque toutes les captations de concerts de Claudio Abbado, et nous l’avons rencontré à plusieurs reprises, notamment au Festival de Lucerne. Nous lui avons aussi rendu visite chez lui, en Suisse. Une autre fois, j’étais encore enfant ; ma mère et moi avons accompagné mon père à une captation avec Daniel Barenboim. Après le concert, nous étions au restaurant et j’ai dansé. Quinze ans plus tard, quand j’ai fait de l’assistance au Staatsoper de Berlin, j’ai croisé Barenboim un jour et il m’a demandé : « Tu danses toujours dans les restaurants ? » Il y a aussi eu des rencontres avec Herbert Blomstedt et Martha Argerich. À l’époque, cela me semblait tout à fait normal et ce n’est que plus tard que j’ai compris à quel point ces moments étaient exceptionnels. Plus tard, j’ai rencontré de jeunes solistes, par exemple Alexandre Malofeev ou Beatrice Rana, lors de la captation de leurs concerts de Rachmaninov au Festival de Lucerne. J’ai adoré leur approche musicale. Ou encore Riccardo Chailly, un très grand chef originaire de Milan, qui a été directeur musical du Gewandhausorchester pendant une dizaine d’années.

 

Comment avez-vous abordé le projet du documentaire sur l’ONF ?

 

On savait d’emblée qu’on n’avait que quelques mois pour accompagner l’orchestre. Au début, nous avons mené des recherches et rédigé notre scénario. Nous avons vu les captations de France Musique ; l’archive est impressionnante. Et bien sûr, nous avons lu tout ce qui existait sur l’histoire de l’orchestre et parlé avec les musiciennes et musiciens et écouté le podcast sur l’histoire de l’orchestre, réalisé pour le 90e anniversaire de l’Orchestre national de France en 2024. François Arveiller, notre contact presse de l’orchestre, ainsi que les merveilleuses équipes des archives de Radio France, nous ont beaucoup aidés à découvrir des éléments qui n’avaient encore jamais été documentés. Nous avons commencé à tourner les répétitions du concert du 14 juillet l’année dernière, et notre dernier tournage a eu lieu début janvier. En tout, nous avons tourné pendant une dizaine de jours. Il a fallu aligner nos agendas, décider quels concerts nous voulions capter et, très vite, identifier les musiciens que nous allions interroger. Un projet de film est toujours un compromis entre notre imagination et la réalité.

 

Y a-t-il des prises que vous avez regretté de ne pas avoir pu réaliser ?

 

Nous n’avons pas pu accompagner des musiciens dans les classes, ce qui aurait été intéressant. Beaucoup de musiciens de l’orchestre sont également professeurs au conservatoire, et on voulait montrer leur approche pédagogique. Nous avons pu intégrer Viva l’Orchestra au film et j’en suis très contente. Et puis, nous n’avons pas pu intégrer la musique de chambre non plus. On ne peut pas tout faire en 60 minutes.

 

Vous rappelez-vous combien d’heures de captation vous avez été obligé de réduire à 60 minutes ?

 

C’est une question très intéressante. Nous avions une dizaine de jours de tournage et chaque jour, nous avons filmé environ deux ou trois téraoctets de matériel. À la fin, nous avions environ quarante heures de matériel, ce qui est beaucoup. Magdalena et moi-même avons visionné toutes les interviews, et notre éditrice Nina Mühlenkamp a aussi vu des rushes. Elle trouvait parfois des images qu’on ne pensait pas avoir. C’était un vrai travail d’équipe. Ensuite, le montage et la postproduction ont pris environ un mois, ce qui n’est pas très long pour un film de cette durée.

 

Quel dispositif technique aviez-vous utilisé pour réaliser vos prises ? Combien de micros et de caméras aviez-vous à votre disposition ?

 

Cela dépendait des scènes. On a eu une captation très fournie en matériel au concert au Théâtre des Champs-Élysées. On a eu huit caméras, sur scène et dans la salle, et beaucoup de micros. Chaque concert de l’ONF est capté par la radio, ce qui nous a beaucoup aidés, car nous avons pu utiliser le son de la radio, toujours excellent. Puis, pour les autres captations, par exemple au concert d’Anne-Sophie Mutter ou celui à Saint-Jean-de-Luz, au Festival Ravel, on a eu quatre caméras : deux fixes et deux avec des cadreurs. Les scènes documentaires du film, ainsi que les interviews, ont été tournées avec une ou deux caméras. Nous avons aussi eu la chance de travailler avec des cadreurs très expérimentés, ce qui a naturellement constitué un atout majeur pour le projet.

 

Anne-Sophie Mutter est l’une des stars qui apparaissent dans le film. Comment l’avez-vous attirée à votre projet ?

 

Nous avons déjà travaillé avec elle pour d’autres productions, par exemple pour la captation du concert de gala qui a couronné le festival anniversaire des 80 ans de Krzysztof Penderecki, ainsi que lors du Lucerne Festival 2022, où elle interprétait le Concerto pour violon de Joseph Bologne. Nous nous connaissons depuis longtemps. C’est un plaisir de travailler avec elle et nous avons pu l’accompagner aux répétitions et au concert. Elle est très professionnelle et connaît l’Orchestre national de France depuis plus de quarante ans. Elle a beaucoup d’anecdotes à partager et chaque phrase de son interview était parfaite pour le film.

 

Cristian Măcelaru, le directeur musical de l’ONF, a formulé une belle définition de la différence entre la musique allemande et la musique française.

 

J’adore sa métaphore ! Il compare le son des orchestres allemands au verre et celui des orchestres français au miel. D’après ce que j’ai entendu, je pense que la comparaison est très juste. Le Berliner Philharmoniker, le Wiener Philharmoniker et le Gewandhausorchester ont toujours un son lumineux et brillant. On l’entend aussi sur les enregistrements. En revanche, les orchestres français se distinguent par une spontanéité et une flexibilité qu’on ne retrouve pas chez les orchestres allemands, beaucoup plus carrés. Mais la musique française est aussi très différente. Ravel, Debussy, c’est toujours un mélange de mélodies et d’instruments un peu dansants et je trouve que c’est plus fluide. J’ai beaucoup apprécié la réflexion de Bertrand Chamayou qui explique comment la langue française a influencé la musique française.

 

Pensez-vous que tous les orchestres ont un son propre, auquel cas on se demande à quel point un chef peut imposer sa vision ?

 

Je pense que le chef peut imposer une vision, mais de la manière dont il le fera dépendra de la tradition de l’orchestre et des individus. Par exemple, l’Orchestre National de France est une vraie famille : ses membres se connaissent, ils ont commencé à jouer ensemble, et si un chef vient diriger un concert — comme le dit le premier violon, Sarah Nemtanu, dans le film — le chef d’orchestre s’adapte comme on s’intègre à une famille. Le chef influence l’orchestre, mais l’inverse est vrai aussi. Un bon chef travaille avec de nombreux orchestres et se laisse inspirer par eux. L’orchestre aura forcément sa propre vision de certaines pièces, par exemple du répertoire français dans le cas de l’ONF. Et inversement, quand Kurt Masur dirigeait l’ONF dans le répertoire allemand, l’orchestre a pu bénéficier de ses connaissances et de son expérience.

 

Quelle musique aimez-vous ?

 

Ça va vraiment dépendre du jour, de mon humeur, mais j’aime beaucoup l’impressionnisme, Ravel, Debussy, etc. J’adore Mahler et le romantisme – j’ai beaucoup joué la musique de Frédéric Chopin au piano – mais aussi les compositeurs scandinaves, comme Sibelius, par exemple. En général, j’apprécie la musique qui exprime ce qu’on ne peut ni exprimer ni manifester ni par les mots ni par les gestes. La musique de Bach me permet de faire un reset. Un peu comme quand on essaie plusieurs parfums et qu’il faut sentir autre chose, par exemple, le café, entre chaque parfum.

 

Avez-vous déjà un projet en préparation ou en cours ?

 

Oui. Je suis assistante dans le projet d’un documentaire sur l’Anneau du Nibelung de Richard Wagner que nous sommes en train de finaliser. Et après, je vais réaliser un film sur la Passion selon saint Matthieu de Bach. L’année prochaine, on fêtera le 300e anniversaire de sa composition.

 

 

Visuel : © Olena Tokar