Composée et créée en 1864 par Jacques Offenbach (1819-1880), l’opéra bouffe La belle Hélène est une critique virulente et déguisée du second empire. Le metteur en scène Olivier Desbordes, qui est aussi le directeur général de la compagnie Opéra Éclaté, en a fait une parodie totalement déjantée et hilarante du mouvement MeToo (MiTou) lancé et animé par le syndicat FO (Femmes Oubliées).
Cette version satirique de La belle Hélène a été créée en 2024 à l’Opéra de Massy et a tourné avec succès depuis cette date. Elle a été programmée pour deux représentations les 24 et 26 juillet à l’Opéra des Landes avec Ahlima Mhamdi qui reprend le rôle titre entre deux répétitions de la flûte enchantée programmée elle aux Soirées lyriques de Sanxay.

Olivier Desbordes monte régulièrement des mises en scène originales et celle de la Belle Hélène n’en manque pas. Outres quelques piques bien senties sur le mouvement MeToo (rebaptisé ici MiTou) défendu par un syndicat totalement inattendu : FO pour Femmes Oubliées dont la « patronne » est Hélène en personne, on découvre une famille royale qui tente de « jouer » à la bonne famille bourgeoise sans vraiment y parvenir. Ajoutons à ce tableau rocambolesque une direction d’acteur ciselée avec un art consommé, des costumes (conçus par une Stella Croce très inspirée) qui renforcent le comique des différentes situations, des lumières parfaites et des décors, créés par Clément Chébli qui gère aussi toutes les vidéos qui enfoncent un peu plus le clou de la dérision. Les artistes invités usent et abusent sans efforts de tout leur talent de comédiens et on se régale à les regarder jouer, chanter, s’éclater sur scène comme des gamins à qui on donne un jouet neuf.

A tout seigneur tout honneur. Ahlima Mhamdi campe une Hélène pétillante et très engagée dans . Son entrée en grande patronne du syndicat Femmes Oubliées fait son petit effet ; toute de vert vêtue elle prend un malin plaisir à martyriser Ménélas et à faire tourner Pâris en bourrique. La mezzo soprano franco marocaine ne fait qu’une bouchée du rôle d’Hélène ; des graves aux aigus, la tessiture correspond parfaitement à celle du personnage. Chaque air, qu’il s’agisse de la prière à Vénus « Ecoute nous Vénus la blonde » ou de « On m’appelle Hélène la blonde » les nuances et les tempos sont parfaitement maîtrisés, la diction est parfaite et la jeune femme prend visiblement un malin plaisir à en rajouter dans le comique. Alfred Bironien est un Ménélas de très belle tenue ; comédien et chanteur chevronné il fait du roi de Sparte un homme quelque peu dépassé par une situation qu’il ne contrôle pas, quoi qu’il veuille bien dire. Le ténor qui a aussi une formation de comédien s’amuse beaucoup dans la mise en scène très dynamique et ébouriffante d’Olivier Desbordes. Thibaut de Damas est un très bel Agamemnon tant scéniquement que vocalement et on prend plaisir à le voir endosser le rôle de roi des rois dans un registre totalement inattendu. C’est le jeune et séduisant Blaise Rantoanina qui incarne Pâris et on prend plaisir à l’écouter. Le quatuor formé par Nathalie Schaff (princesse du Pirée), Flore Boixel (Bacchis), Aviva Manenti (Partenis) et Marie-Andréa Cinquin (Léaena) est parfaitement à sa place. Analia Téléga est parfaite en Oreste devenu un rappeur déjanté. Fabio Sitzia (Achille), Alexis Brison (Achille 1) et Clément Godard (Achille 2) complètent la distribution avec bonheur.

C’est un petit ensemble de sept musiciens qui accompagne les solistes qui chantent aussi l’intégralité des parties chorales. Gaspard Brécourt dirige les musiciens depuis le piano ou il est installé et il le fait de main de maître. Les tempos et les nuances sont parfaits, les artistes présents sur le plateau ne sont jamais couverts et l’on ne peut que saluer la performance du « mini » orchestre qui est installé derrière les décors et non dans la fosse comme de coutume. Le public venu nombreux a réservé un accueil très enthousiaste à l’ensemble des artistes et musiciens qui ont donné vie aux personnages de Jacques Offenbach. Si chacun a reçu une ovation grandement méritée, c’est Ahlima Mhamdi qui se taille la part du lion à l’applaudimètre.
Visuels : © Yann Cabello pour Clermont Auvergne Opéra